Critique: Dope

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Dope

De Rick Famuyiwa

Avec Shameik Moore, Kiersey Clemons, Tony Revolori, Zoë Kravitz, A$AP Rocky

Etats-Unis – 2015 – 1h43

Rating: ★★★★★

dope

Malcom est un geek du ghetto. Vivant à Inglewood, autre quartier chaud de Los Angeles avec Compton, il partage sa vie avec ses deux meilleurs amis Diggy et Jib entre le lycée, leur groupe de punk, leur adoration du hip hop des années 90, le rétrogaming et leur future entrée à l’université. Mais d’une soirée euphorique dans une boîte de nuit en l’honneur du dealer du coin, Dom, une fusillade éclate…

Au même titre que Dear White People, voire un peu Straight Outta Compton, Dope participe à la réflexion de l’identité noire sous les mandats de Barack Obama, voire à l’identité noire occidentale actuellement en 2015. Pour cela, c’est la culture hip hop qui est mis en avant, Barack lui-même peut en parler dans ses discours tandis que Michelle danse le dougie… En effet, les années 90 sont souvent pensées et présentées comme l’âge d’or du hip hop, avant les années 2000 et sa popularisation mal gérée, en plus de sa qualité déclinante et son déferlement d’opportunistes (50 Cents en première ligne). Pourtant, une mutation a commencé en 2010, malgré les croisements malheureusement ratés d’Outkast (le psychédélisme), de Pharell Williams producteur du film (l’alternatif aux inspirations rock), de Kanye West (le mainstream de luxe à tendance pop, épique voire mégalomaniaque) et de l’éternel électron libre Tricky (le bizarre et le travail visuel). Mais la décennie actuelle, ou celle précédente, n’est pas tant évoqué (on reste focalisé sur les années 90) hormis les rappeurs de maintenant A$AP Rocky, Tyga et Vince Staples présents dans le casting, en plus d’une prestation live de Casey Veggies.

C’est alors que les codes et le style vestimentaires font le relais, notamment sur les sneakers « baskets de luxe » ou la coupe de cheveux (celle de Malcolm en particulier), les casquettes, le walkman ou le générique de fin avec tout l’abécédaire de danse hip hop fun. Le film rend compte aussi de la démocratisation du hip hop, grâce au public blanc, qui semble être en proie au doute existentialiste pour ce qui est la démarche de rapper (oui pour rapper quoi ?) tout en voulant avoir la possibilité de dire le mot negro. Et ajoutons en dernier lieu la similarité physique frappante entre le personnage de Diggy et la chanteuse Syd Tha Kid du groupe r’n’b The Internet, appartenant au collectif Odd Future, sans parler que le personnage de Nakia jouée par Zoë (fille de Lenny) Kravitz est le sosie parfait d’une icône des années 90, Lisa Bonet (Cosby ShowAngel Heart). Attendez, en fait, Lisa est la mère de Zoë donc c’est normal en fait.

Voilà pour le hip hop car Dope est aussi un teen movie. De là, sa première partie de film, toute l’exposition du récit, rappelle à la fois The We & The I (film génial méconnu de Michel Gondry) mais surtout le fun et ludique Detention de Joseph Kahn, qui proclame que les années 2010 sont les nouvelles années 90. On y remarque les mêmes tics visuels comme les répliques face caméra, les intertitres ou cartons. On y remarque aussi le même débit de référence fashion underground (la musique ou les séries branchouilles de blancs), l’importance des réseaux sociaux ou le défi du bal de promo. D’ailleurs, qui dit teen movie dit romance, et la belle Nakia petite copine officieuse du dealer Dom, devient la princesse impossible à séduire malgré les rapprochements et bien sûr un dérapage de la part du héros…Quant à l’autre belle du film, Lily, qui se retrouve seul avec le héros, cela me rappelle une autre scène d’un autre film de ghetto : la perte de virginité du personnage Tre joué par Cuba Gooding Jr dans Boyz N the Hood. Dans le film critiqué en question, cela tourne à la séquence humoristique. Sinon, il y a une façon assez originale d’évoquer le port d’armes aux Etats-Unis ainsi que la consommation de drogues chez les jeunes, tout ceci s’est démocratisé !

Car le récit – malgré ces répliques à la Tarantino ou une discussion lambda sur la géopolitique faite par des dealers – reste ancré dans ce qu’il y a de plus triste et désolant dans le ghetto et notamment sa spirale de violence. En effet l’écriture, au fur et à mesure du film, s’ancre de plus en plus dans la violence morale ou physique du lieu du film (la pression sociale), au point de faire modifier le personnage principal : dans le ghetto, grandir dans un endroit sans père c’est devenir adulte bien plus rapidement et s’en sortir c’est savoir gagner et faire de l’argent. Cela fait résonner le glas de la fin de l’enfance du héros où il comprend aussi intelligent et original qu’il soit, il reste un gars du ghetto et les gars comme lui on ne les attend pas, d’ailleurs on attend rien d’eux alors pourquoi veut-il faire Harvard ? Mais savons-nous vraiment qui sont ces gens ? Pouvons-nous les voir autrement que par les yeux de la pensée dominante ? De la pensée occidentale ethnocentrée ? Ou voulons-nous, pouvons-nous voir le monde à travers leurs yeux ? Il le faudrait car eux aussi participent au futur, ils sont le futur, comme les marginalisés d’ici dans les cités dortoirs ou les villes des zones périphériques. À force de ne pas les entendre, de ne pas les comprendre, est-ce si étonnant de voir autant de colère ou une certaine méfiance voire une certaine violence ? Dernière chose, distinguer le vrai du faux, c’est selon la personne…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…