Critique: Der Nachtmahr [PIFFF 2015]

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Der Nachtmahr

D’Akiz

Avec Carolyn Genzkow, Sina Tkotsch, Wilson Gonzales Ochsenknecht, Kim Gordon (dans une apparition pour les inconsolables de Sonic Youth !)

Rating: ★★★★☆

Selection en compétition au PIFFF 2015.

DER NACHTMAHR

Antonia, une adolescente allemande, se rend à un teuf. Consécutivement à la prise de substances chimiques et au visionnage de vidéos chocs sur smartphone, elle tape littéralement un gros bad trip. Son quotidien est alors perturbé par l’apparition d’une étrange créature qu’elle est la seule à voir. Alors que pour son entourage, elle sombre peu à peu dans la folie, Antonia va devoir apprendre à apprivoiser son monstre…

Akiz, peintre et sculpteur allemand très en vue, effectue son passage au long-métrage avec ce Nachtmahr et on sent bien l’approche d’un plasticien, que ce soit au niveau de son écriture, de la réalisation, de la musique mais surtout de son montage et de ses effets spéciaux (tout ce qui a été cité est signé Akiz !). Un vrai film d’auteur en somme doublé d’un hommage à Cronenberg, Polanski et bien entendu au E.T. de Spielberg…

Au début du film, Antonia et ces amies s’amuse avec une application qui crée un morphing entre leurs photos et celle d’une créature fœtale répugnante. Peu après et également via un smartphone, elle regarde la vidéo choc d’un accident de voiture. Si ce dernier trouvera par la suite une résonnance très particulière, c’est bien le monstre de l’application qui sera l’élément central du film. Il est difficile de ne pas penser à Videodrome via l’apparition de l’horreur par le média (rappelons que le film de Cronenberg parlait déjà d’internet et des réseaux sociaux dès les années 80 !). Il faut noter que ces éléments, qui n’auront cesse de nous interroger tout le reste du film, nous sont livrés sans détour par Akiz qui nous plonge alors dans le cauchemar de son héroïne, très kafkaïen (est-il utile de rappeler Cronenberg doit aussi beaucoup à cet auteur ?), sauf que la métamorphose est ici remplacée par l’incarnation d’une créature issu des médias.

Tandis que ce montre, semblant surgir d’une vidéo virale, a tout de la cristallisation des angoisses du personnage, Der Nachtmahr opte logiquement pour le thriller paranoïaque à la Polanski. Le film joue sur la question de l’existence du monstre et nous fait sombrer dans la folie avec son héroïne, nous plongeant dans sa subjectivité (notamment via la mise en scène aussi agressive qu’immersive des teufs) en brouillant notamment les frontières entre le trip, le rêve et la réalité. Cette approche très psychologique du genre conduit le personnage à affronter ses propres démons, cette folie ordinaire qu’est l’adolescence, avec les conflits parentaux et l’affirmation de soi qu’elle induit. Antonia devra apprendre, plus que de l’affronter, à accepter son monstre.

En effet, le monstre est toujours au centre du processus. Outre toutes les métaphores qui semble l’habiter, il existe bel et bien par lui-même et s’avère des plus fascinants. Cousin maladif et pitoyable de E .T., il apparaîtra tour à tour effrayant, repoussant, intriguant et attachant tandis qu’un lien se créé entre lui et l’adolescente (à la manière du jeune Elliott et de sa cacaouette parlante de l’espace dans le classique de Spielberg). A mi chemin entre le fœtus et le vieillard, son apparence même résonne avec les thématiques mises en place. Logique, puisque ce design singulier reprend une sculpture d’Akiz qui lui a carrément inspiré ce film. Le travail remarquable sur l’animatronique et les bruitages achève de faire de ce monstre l’âme du film (et quel âme).

Malgré son approche arty, Der Nachtmahr reste donc un pur film de monstre doublé d’un portrait de l’adolescence. S’il ne s’aventure pas non plus si loin des sentiers battus, Akiz s’impose comme un artiste complet, œuvrant ainsi à tous les niveaux de son film, et on attend que sa vision s’affirme encore davantage pour son deuxième long, vraisemblablement le second volet d’une trilogie entamée par Der Nachtmahr.

HollyShit

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About HollyShit

C’est un endroit extraordinaire dont le nom s’affiche fièrement à front de colline (le « O » est à Alice Cooper et le « Y » à Hugh Hefner !) : cité des anges où tout le monde a un sexe, Mecque où les juifs sont bienvenus, usine à rêve désormais spécialisée dans le recyclage … Les étoiles tapissent ses trottoirs à défaut de pouvoir percer les nuages de pollution. Sous son soleil paradisiaque, la neige y tombe pourtant toute l’année, importée directement de Colombie. Là-bas, les nourrissons tètent du lait au silicone et les mexicains rêvent d’avoir des guatémaltèques pour récurer leurs toilettes. Ce pays sera ici représenté par un émissaire qui n’y a jamais foutu un pied et qui signe « Clém’ » à la pointe du stylet de sa palette graphique.