Critique: Sicario

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Sicario

De Denis Villeneuve

Avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Daniel Kaluuya

Etats-Unis – 2015 – 2h02

Rating: ★★★★☆

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Dans une zone pavillonnaire d’Arizona près de la frontière mexicaine, un groupe armé du FBI essaie d’entrer dans une maison pour sauver des personnes kidnappées. Kate Macer, chef opérante, lance l’assaut, mais ne trouve personne. À la place, ce sont près d’une quarantaine de corps violentés cachés dans les murs que retrouve la jeune femme…

Le titre de la critique fait référence au précédent film du canadien que j’avais critiqué, Prisoners. En effet, Denis Villeneuve quitte le froid urbain du nord de l’Amérique pour une ruralité (pour ne pas dire désert) solaire du sud des Etats-Unis et du Mexique. En fait des Etats-Unis, on ne verra que des bureaux et quelques patelins, du Mexique, on verra seulement Juarez. D’ailleurs, voir Juarez et mourir aurait pu être un titre pour ce film. En lieu et place de Mexico, une des villes les plus densément peuplés de la planète et bon exemple de ville-monde (ou ville mondialisée au choix) ; ce sera la ville-frontalière Juarez qui sera filmée avec son haut taux de criminalité, ses cartels de drogues et ses gangs. Une ville champignon, un « joyeux bordel » comme diront certains personnages, dont un montrera à la protagoniste principale un feu d’artifice qui est en fait des explosions et des coups de feu doublés des gyrophares bruyants de la police mexicaine.

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Juarez symbolise donc à la fois la violence du Mexique (rappelez-vous les 43 étudiants disparus il y a un an) avec ses expositions de corps meurtris et amputés, mais aussi le désespoir car cette ville est souvent le point de départ de la route des clandestins allant vers les Etats-Unis. Et ces différents espaces évoqués, surtout Juarez, permettent d’installer la mise en scène si particulière de Denis Villeneuve, servant à exprimer principalement, le mystère, l’énigme et la paranoïa. À nouveau, nous retrouvons le point de vue omniscient (celui du Diable remplacé par celui de Dieu ?),  ces plans en mouvement très lents, que ce soient des travellings ou des panoramiques de paysages de nature (hostile ou désertique) ou de ville,  ces gros plans sur les parties de corps des personnages (souvent la tête de dos ou de trois quart) et  ce travail de son amplifiant les situations (sound design comme disent les branchés).

Concernant les personnages, on remarque d’emblée qu’il n’y a ni héros ni anti-héros, il y a les loups et les autres. Kate incarne parfaitement ce constat. Même si la prestation d’Emily Blunt n’arrive pas à me décider si oui ou non elle est une bonne actrice, son personnage via les situations, ne la décrient ni en femme forte (une chef d’escadrille du FBI quand même) ni en femme faible (un flirt qui tourne mal…) mais plutôt en idéaliste qui se heurte à la réalité, quand son collègue Reggie veut qu’elle se montre plus forte et plus ferme… Ce qui est à l’opposé d’Alejandro, obscur latin dont le seul moment de faiblesse est lorsqu’on le voit dormir. À l’attitude froide mais sereine, au regard profond mais indéchiffrable, il est une ombre sans lumière étrangement complémenté par l’officier de C.I.A Matt, un peu débonnaire, évasif et plus relax. Ils ont cette attitude de personnes qui savent vraiment comment le monde tourne, et ce monde selon eux, aurait besoin de temps à autre d’un mal nécessaire, surtout dans cette lutte qui semblait être la plus importante aux Etats-Unis jusqu’au 11 septembre 2001 : la guerre menée contre la drogue. Elle dure encore avec des lois de plus en plus dures et intransigeantes et avec comme conséquences des créations de prisons à cause des peines de plus en longues sur le domaine. Malheureusement on se rend compte aussi que cette guerre contre la drogue s’est mué en guerre contre la pauvreté et de là apparaît l’hypocrisie américaine : premier consommateur de cocaïne au monde, tant que le pays a affaire à un unique baron de la poudre, qui ne règle pas ses comptes sur le territoire ça va, sinon…

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Denis Villeneuve, après Prisoners, réalise un anti-film d’action et un anti-film de guerre (civile) avec Sicario. En effet, du jeu des supports d’images du film (vidéosurveillance, images de drône, images infrarouge ou photocapture), on a l’impression de moments de jeux vidéo, entre GTA et Counter Strike voire Metal Gear Solid pour la fin… Je sais vaguement que la culture d’Amérique du Sud a des fêtes baroques en l’honneur des morts ou des démons (vous avez sûrement vu ces fêtes où des gens se baladent avec des crânes humains, ce maquillage à la mode de tête de mort ou le cas du  chupacabra…), mais on peut aussi suggérer que le Diable a de temps à autre des passe-droits pour passer la frontière…

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…