Critique: Le Pont des espions

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Bridge of Spies

De Steven Sîelberg

Avec Tom Hanks, Sebastian Koch, Scott Shepherd, Joshua Harto, Alan Alda

Etats-Unis – 2015 – 2h12

Au cinéma le 2 décembre

Rating: ★★★★☆

Pont des Espions

Un film d’espionnage avec Tom Hanks, écrit par les frères Coen et réalisé par Steven Spielberg se passant pendant la Guerre Froide, c’est le genre de truc sur lequel je fantasmerais bourré avec des copains, un mash-up improbable du genre « mec, imagine un film écrit par Kevin Smith et réalisé par Tarantino », ou que sais je. Sauf que ce premier film existe et s’appelle Le Pont des Espions, et c’est un excellent film d’une densité et d’une richesse folle.

Mais contrairement à ce que son titre indique, le film n’est pas vraiment un film d’espionnage, ce n’est pas La Taupe, ce n’est pas James Bond, ce n’est pas Le Troisième Homme. Pour décrire cette histoire d’espions qu’on s’échange à Berlin en pleine Guerre Froide, le réalisateur comme les scénaristes choisissent comme à leur habitude de mettre l’humain au centre, je dirais même l’humanisme au centre. On se rapproche ainsi beaucoup plus du cinéma d’un Capra dans le ton ou d’un Marathon Man dans la manière. Mais c’est pas exactement ça non plus. Pareil, ça emprunte beaucoup chez Hitchcock qui dans ses films comme La Mort aux Trousses ou encore L’Homme qui en Savait Trop sortait l’homme ordinaire de son habitat et le balançait violemment contre les murs d’une réalité dont il ne connait pas les codes.

Malgré le côté international du film, j’ai été impressionné de voir à quel point c’est un « petit film », dans le sens où c’est hyper intime. Dès son premier plan muet, Spielberg nous montre qu’il va explorer différentes facettes de l’humanité: un visage, son reflet, et la peinture faite à partir de ce dernier. Un espion qui peint son autoportrait.

Très vite, dès l’introduction du personnage de Tom Hanks, avocat d’assurances et personnage évoluant dans un univers typiquement Coen-ien, nous reconnaissons l’écriture des frères ainsi que la réalisation parfaite de Spielberg. Je pensais, à tort, que le film serait hyper bavard, mais il n y a que très peu de dialogues en vrai, et les meilleures scènes sont muettes ou incompréhensibles au niveau de ce qui est dit, montrant encore une fois que Spielberg maitrise la narration visuelle mieux que quiconque.

Le film, dans ses thématiques comme dans sa réalisation rappelle pas mal d’œuvres précédentes de Spielberg, de la Liste de Schindler pour le côté sauveur qu’a Donovan à Munich en passant par Lincoln ou Empire du Soleil, on est clairement en terrain connu mais métamorphosé par un humour omniprésent et pas du tout étouffant, j’ai passé une bonne partie du film à sourire ou laisser un rire m’échapper. Et comme à son habitude, c’est à travers la petite histoire que Spielberg raconte la grande. Il nous parle de la Guerre Froide, de ses tenants et aboutissants sans jamais quitter le point de vue de son protagoniste afin de nous donner son point de vue sur l’absurdité de cette guerre, montrant les deux côtés, parlant de la notion de pays, de nation, d’appartenance avec brio.

Ce qu’il nous montre aussi, c’est le fait que ce qui était considéré comme de l’espionnage à l’époque est totalement accepté par tous aujourd’hui de manière bien plus invasive. Les moyens mis en œuvre pour surveiller n’importe qui n’importe quand sont absolument dingues et d’après les critères de l’époque, rien que d’aller voir la page Facebook d’un civil russe aurait été suffisant pour vous faire enfermer.

J’essaie de ne rien vous dire afin de ne pas vous gâcher la surprise en fait, il se passe plein de choses dans ce film, et je ne vous parle que de choses qui sont dans la première afin de ne pas spoiler, mais aussi parce que cette deuxième partie est celle qui malheureusement montre une ou deux failles dans son rythme et dans un anti-climatisme voulu mais qui n’a pas réussi à me transporter comme le reste du film. Rien de honteux, ça reste HYPER bien foutu, mais j’attends de revoir le film et voir si je pourrai apprivoiser ce dernier acte qui malgré les enjeux comporte très peu de conflit.

Autre chose qui pêche aussi pour moi, c’est l’absence de John Williams à la musique.

Enfin bref, assez parlé du Pont des Espions, j’espère vous avoir donné envie de vous faire votre idée par vous même, parce que c’est un film humain, humaniste, politisé et passionant dans son fond comme dans sa forme.

Comme d’hab, si vous voulez parler de points plus spécifiques du film, n’hésitez pas à poster des commentaires, j’y répondrai, parce que ce que j’ai à dire dessus n’est pas fini et ce que je propose ici ne sont finalement que des pistes de lecture à développer.

Skreemer

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About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.