Critique: Knock Knock – Pour

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Knock Knock

d’Eli Roth

avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas

Etats-Unis / Chili – 2015 – 1h39

Rating: ★★★★☆

KNOCK KNOCK 2

Curiosité fébrile à l’imminence toujours un peu plus proche de la sortie en salles de Knock-Knock, puisque j’étais tombé par hasard et avec bonheur sur le film original dont il est tiré, et que j’avais apprécié ce dernier au-delà de toute décence énonçable, y compris ses défauts de production, y compris son hystérie..Je me disais bien que ce serait difficile pour Roth de rivaliser sur le même terrain, mais c’est quand-même le type qui a réalisé Hostel, on est donc pas à l’abri de beaux pétages de plombs bien free-stylés. Et bien non, il ne s’y risque même pas. Foin de comparaison inutile avec un matériau pré-existant (et pour cause), l’adaptation de Roth se veut de son temps, en témoigne sa pirouette finale (la dichotomie existentielle mais bien contemporaine du « like »/ »delete ») qui fait carrément assez pâle figure au regard du final absurde de The Seducers ; même s’il cherche à nous dire quelque chose sur notre époque (et je crois qu’il y parvient) cet élément à lui seul stigmatiserait presque l’ensemble du projet au point de le reléguer au niveau d’ une comédie française pour les dimanches après-midi.

Mais peut-on cependant en vouloir au réalisateur de vouloir faire œuvre de cinéma et d’avoir opté pour une mise-en-scène bien proprette et presque classique, avec tout le savoir-faire que cela implique toutefois ? Car avec ceci on est dans la transparence, on est dans la lisibilité et il semble bien, malgré ce qu’on a pu dire, que l’intérêt de Roth se situe purement (je sais, le mot est fort) du côté des enjeux. Il n’ajoute rien au niveau des motivations des personnages, simplement il les déroule un peu plus, il en éclaircit les mécanismes – et à moins d’avoir un réel propos, ça risquait d’être un peu limite sur la durée et c’est pourquoi on a le collègue de travail qui vient servir de victime sacrificielle et hop, toc-toc-badaboum, on grapille une demi-heure ni vu ni connu. Soit, ça n’apporte rien non plus mais c’est encore légal. Le propos donc, c’est là où ça coince, c’est là où ça n’a pas plu. C’est là où on a un peu de place pour barboter car il y aurait comme un grand vide. Et bien non, objection, c’est là où je m’insurge et où j’interviens – enfin j’essaie.

Car il m’est difficile de trancher sur un point à vrai dire, la confusion entre le pathos et la morale. D’un côté la thématique « Le bûcher des vanités », de l’autre « La bonté des femmes ». Le point focale où la victime se fait bourreau, justifiant ses actes par le fait d’avoir été victime, justement. On ne sait plus très bien où ça commence et où ça s’arrête. En terme de caractérisation concernant nos deux séductrices vénales, on est dans le règlement de comptes et évidemment tout ce qui renvoie aux notions d’abus est montré sans ambages et c’est glauquissime. Mais une vague d’infantilisme surnageant sur un peu tout, le doute s’installe et on se demande si cette détresse est vraiment bien la leur, après tout les deux actrices ressemblent genre à Mila Kunis et à Madonna, peut-être y-a-t-il une réflexion, un écho vaguement méta, au chapitre l’ascension des ingénues à Hollywood. Il y en a certainement un avec l’affaire Polanski en tout cas.

Au risque de sonner comme Christine Lagarde dans ses fabuleuses conférences de numérologie au FMI, j’ai pu évoquer (dans le titre) une certaine parité papale, aussi serait-il peut-être temps d’en évoquer une autre, un peu plus mamale donc. En tout cas nos deux cyclones n’ont aucune velléités carriéristes, seul leur importe la destruction, et cette douleur que nous pouvons bien supposer comme ré-appropriée s’avère en effet le point d’orgue d’une démonstration : vous les mecs, vous êtes rien d’autre que des queutards, oui mais voilà ça marche pas comme ça « transgressif un jour, transgressif toujours », si on veut la gaudriole y faut l’assumer etc.. Ici, la tentation de créer la polémique est très forte, je ne sais pas si je pourrais résister très longtemps (« loin d’être un film puritain, Knock-Knock ne serait-il pas tout simplement un film matriarcal ? ») mais bon, je le fais pas – en plus ce serait juste que pour pécho, c’est nul ça se voit trop. Non, pour vous dire si je suis sincère, je passe sur l’énumération des briseuses de ménages au cinéma, de Glenn Close à Sharon Stone, tellement devenues des sujets de société qu’on relègue maintenant la femme fatale au rang de simple ingrédient d’une intrigue plutôt que de se risquer à en refaire un thème à part entière. Car pour un peu, Roth renouerait presque avec le débat lancé par LVT et son Anté-Christ mais puisqu’il dépeint des femmes libérées alors non, là c’est limite dans l’air du temps et on ne fera donc que très peu de cas de sa démarche – car il y en a une, j’y arrive.

N’y-a-t-il pas non plus quelque chose d’assez effrayant, et qui mériterait d’être souligné, dans la monstration de ce conflit d’apparence sexiste mais peut-être davantage générationnel plutôt qu’autre chose ? Un manquement au regard d’un rôle déterminé, et c’est la toute liberté pour détruire absolument tout ce qui constitue un univers ? Dès lors plus rien n’est sacré, entâché par cette notion de péché originel et qui permet l’annihilation d’une génération par celle qui la suit ? Ou bien faut-il au contraire voir ici l’avènement d’une moralité salvatrice (« l’ultra-moralité de l’artiste » chère à Georges Bataille) où ce qui est traqué au fond est le fake, l’imposture. On ne donne des leçons que si on est impeccable et sans failles .. et quel artiste (ou bien quel politique, c’est encore plus drôle) peut bien se targuer d’un tel prestige aujourd’hui ? A travers la question de la monogamie transparaît celle de l’engagement (big-up tout de même pour la série The Affair, qui elle brasse le sujet dans toutes ses largeurs et ses moindres recoins), où peut-être Roth met les pieds dans le plat comme personne d’autre (tout comme dans The Green Inferno où il s’attaque au militantisme de façade) dans sa façon de questionner nos modèles. Et c’est là, Mesdames et Messieurs les Jurés, où je voulais simplement en venir.

Nonobstant2000

Retrouvez la critique CONTRE d’Evilhost ici

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nonobstant2000

Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!