Critique: N.W.A – Straight Outta Compton

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Straight Outta Compton

De F. Gary Gray

Avec O’Shea Jackson Jr., Corey Hawkins, Jason Mitchell, Neil Brown Jr, Aldis Hodge

Etats-Unis – 2015 – 2h27

Rating: ★★★★★

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Dans le ghetto de Los Angeles, le quartier de Compton, à la fin des années 80, des jeunes survivent en dealant de la drogue, faisant les dj de boîte de nuit ou simplement en finissant le lycée. Car l’endroit est morose entre les flics un peu trop agressifs et la violence quotidienne des gangs Bloods et Crips. Pourtant une bande d’amis décide de se lancer dans la musique rap avec un style un peu hard, reflétant le quotidien des environs : Eazy-E, Dr Dre, Ice Cube, Dj Yella et Mc Ren forment dorénavant N.W.A…

Il faut l’avouer, après la déception de la biopic Notorious B.I.G, il y a raison de venir à reculons voir une nouvelle biopic sur le rap. Mais de l’étonnante et surprenante durée de près de 2h30, le récit prend son temps et arrive à décrire cette époque où le rap west coast n’existe pas (pour l’instant le hip hop c’est surtout New York et un peu Chicago et Detroit) mais dont le style et le genre se retrouvent en matrice dans N.W.A. De plus, c’est la première grande histoire du rap, et sa première tragédie aussi (qui en entraînera d’autres avec le conflit Tupac/Biggie…), dans l’industrie de la musique occidentale. Et c’est bien défini, où Ice Cube est le parolier et le rappeur avec MC Ren, Yella et Dr Dre en dj et beatmakers (avec le premières Machine Pad Computer et Machine Pad Drum) enfin Eazy-E en leader et producteur qui apprend à rapper sur le coup. Leur premier titre est nommé The Boyz N the hood, qui donnera son nom au premier « Hood Movie » de l’histoire, réalisé par John Singleton, avec Ice Cube. Leur premier album, Straight Outta Compton amènera au protocole Parental Advisory Explicit Lyrics, le petit autocollant noir sur les albums hip hop. De là, naît le gangsta rap : entre paroles violentes et crus – les sujets de prédilections sont les femmes, la drogue, les armes et la police – sur fond de samples soul et funk des sixties et des seventies rappelant le soleil californien avec un style vestimentaire tout en noir, casquettes t-shirts et blousons à l’effigie du club de football américain des Raiders d’Oakland (nord de la Californie), complétés par un jean et des baskets. Sans oublier les Cadillacq qui rebondissent.

Mais dès la première tournée, les querelles commencent, ce n’est pas l’apanage des groupes de rock. Eazy-E devient peu à peu le dépressif du groupe (tout en restant le leader à la manière de Syd Barrett ou Brian Jones) quand le plus jeune Ice Cube bouillonne de prendre de plus en plus de place. Il sera mis en avant de façon intéressante sur le fait de signifier un juif comme juif dans une chanson, leur manager Jerry Heller (impeccablement joué par Paul Giamatti qui semble se bonifier avec l’âge), à quelqu’un d’antisémite (décidément les amalgames de haine envers cette population sont légions en Occident et n’ont malheureusement pas le même traitement que pour les minorités opprimés…). Et bien sûr le sulfureux Sage Knight sera évoqué, le vrai « thug » de cette épopée, dans toute sa splendeur et pour le pire… Qui amène aux problèmes de droit, qui sont un des problèmes récurrents des groupes de musique voire le premier problème, ajouté à la folie de la tournée (groupies ou police, le plaisir ou l’oppression) cultivant leur mode de vie gangsta rap. Pour tout cela, la mise en scène reste classique mais appuie surtout sur les scènes d’humiliation faite par les policiers où même devenus des stars, les N.W.A se font arrêter et insulter par les forces de l’ordre. L’autre force filmique, est le fil rouge de l’affaire Rodney King, suivi à la télévision par les membres du groupe, seuls ou ensemble, l’affaire dure un peu plus d’un an. De là, les rappeurs reconnaissent leur impuissance tout en ayant chanté ce genre d’incidents pour que cela n’arrive plus. Du résultat du procès que nous connaissons, la relaxe pour tous les policiers ayant battu Rodney King, suivent les émeutes où on scande le tube « Fuck the police », tout en montrant à l’image la trêve entre les gangs Bloods et Crips, la première de l’histoire. Car la seconde paix, c’est maintenant avec toutes les histoires de bavure policière (Ferguson) et les échauffourées qui ont suivi. En clair le film sort au bon moment pour faire résonner la pression sociale et la discrimination aux Etats-Unis d’il y a 20 ans à maintenant. Sauf que les manifestants ne chantent plus N.W.A mais « Alright » de Kendrick Lamar, un autre rappeur originaire de Compton… Mais je tiens à signaler un bémol : les premiers rappeurs entendus, après toutes les affaires de Trayvon Martin à Eric Gardner, n’étaient pas les membres de N.W.A, ni Nas, ni Jay-Z ou encore le prolixe Kanye West, c’étaient le blanc El-P et le noir Killer Mike alias le duo Run The Jewels. Le film participe aussi la question de la place des noirs dans la société occidentale, telle que nous l’avons analysé dans notre dossier Esclavage et ségrégation: la mémoire par le cinéma actuel.

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Alors si comme moi, vous avez écouté à l’usure Straight Outta Compton, AmeriKKKa’s Most Wanted Death Certificate et Predator d’Ice Cube, The Chronic de Dr Dre, Doggystyle de Snoop Dogg, Regulate… G Funk Era (car du gangsta rap naît le gangsta funk) de Warren G, Faces of death et E. 1999 Eternal de Bone Thugs-N-Harmony, Me against the World et All eyez on me de 2Pac; au point que cela fait partie de votre vie, partie de vous et que maintenant vous vous enthousiasmez pour les nouveaux N.W.A qui sont aussi les nouveaux Beatles (Kendrick « Paul McCartney/Ice Cube » Lamar, Schoolboy « John Lennon/Dr Dre » Q, Ab « George Harrison/Eazy-E » Soul et Jay « Ringo Starr/MC Ren » Rock, alias Black Hippy), essayez cette biopic. Si non essayez-la quand même. Thug Life.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…