Critique: Le mystérieux Docteur Cornélius

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Le mystérieux Docteur Cornélius

de Jean-Pierre Petrolacci

avec Gérard Desarthe, Jean Bouise, Hugues Quester, Maurice Vaudaux, Caroline Sihol, Anne Fontaine, Jacques François, Georges Géret, Renzo Palmer

France/ Italie/ Portugal– 1984 – 6 épisodes de 55mn

Rating: ★★★★☆

cornélius (bandeau)

La République bananière du Xampana en Amérique du Sud devient le terrain d’affrontements financiers et politico-occultes entre deux familles de milliardaires rivales qui finissent néanmoins par s’unir afin de contrer une mystérieuse organisation, la Main Rouge, qui compte non seulement s’accaparer le pouvoir sur l’île, mais aussi étendre son emprise sur le monde entier (bruit de coup de tonnerre pré-enregistré).

Adapté d’un feuilleton littéraire écrit par Gustave LeRouge en 1912 (qui fascina absolument le poète Blaise Cendrars), Le mystérieux Docteur Cornélius fît sa première apparition sur les écrans télévisés durant le créneau des émissions de Jacques Martin du dimanche matin dans les années 80 et rassemblait absolument la fine fleur de l’actorat français de l’époque, mais son intrigue à base de bourreaux encapuchonnés conspirant à la domination totale du globe par des moyens éminemment concrets ne lui valût que très peu de rediffusions. L’intrigue est riche en péripéties et en aventures les plus diverses, joyeusement mâtinées de science-fiction, et n’est pas sans rappeler l’atmosphère des œuvres de Jules Verne ; mais ne vous laissez pas flouer pour autant par son générique un brin primesautier – dont vous remarquerez bien vite qu’il comporte par ailleurs beaucoup de rimes en « iques » – le personnage créé par LeRouge est un digne successeur du Docteur Moreau de H.G Wells et certaines de ses théories ne sont pas sans anticiper les pires dérives entrevues bien plus tard par Aldeous Huxley dans son Meilleur des Mondes.

dr cornélius 2Quelques personnages un peu abracadabrants, accompagnés bien sûr d’inventions un peu délirantes, viennent en effet temporiser par petites touches de comédie les arcanes d’un récit à l’atmosphère sombre, foncièrement ténébreuse, peuplé de société secrètes infiltrées dans toutes les strates de la société, aussi bien les bas-fonds que la sphère politique, et de machinations diaboliques assez surprenantes, que ce soit l’arme qui sert à griller les cerveaux dans le premier épisode (voir couverture) ou encore l’ignoble stratagème qui permettra aux frères Kramm d’échanger les traits du sociopathe et fourbe Barruch Jorgell à ceux du méritant et altruiste Joe Dorgan – qui permettra aux comédiens Hugues Quester et Maurice Vaudaux de montrer toute l’étendue de leur maîtrise au travers de très belles double-performances. LeRouge était un auteur prolifique que l’on aurait tort d’enfermer dans le divertissement un peu picaresque, à la différence d’un Jules Verne dont il revendique cependant l’influence, son œuvre fictionnelle est toujours accompagnée d’un sous-texte bien ancré dans les pré-occupations de son époque (« La conspiration des milliardaires » ; « Nos gosses et la guerre ») ainsi les manigances de l’organisation des Frères Kramm mettent à jour de façon absolument limpide les mécanismes de la corruption et font de son adaptation télévisuelle une œuvre bien plus subversive qu’il n’y paraît, et plutôt audacieuse pour son époque. Suffisamment en tout cas pour qu’il n’y aie d’ailleurs plus jamais aucune autre tentative de cet ordre dans notre panorama télévisuel bien-aimé.

dr cornélius 3Nonobstant2000

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