Critique: Aaaaaaaah ! [L’Etrange Festival 2015]

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Aaaaaaaah!

De Steve Oram

Avec Steve Oram, Lucy Honigman et Toyah Willcox

Royaume-Uni – 2015 – 1h40

Rating: ★★★★☆

AAAAAAAAH

Imaginons notre monde consumériste débarrassé de toute contrainte morale, c’est à dire délesté du vernis sociétal qui ne fait que refouler la nature primaire de l’humain dont les besoins restent en définitif calqués sur les mêmes que l’ensemble des êtres vivants : se nourrir, se développer, se reproduire. Qu’importe le langage ici : que l’on s’exprime par des grognements, par des coups de queue ou des déjections, l’important est de se faire comprendre et d’arriver à ses fins.

Premier long-métrage de Steve Oram, que l’on avait pu voir en flic à moto extraterrestre dans Le Dernier pub avant la fin du monde et surtout en vacancier psychopathe dans Touristes, Aaaaaaaah! se débarrasse de tout dialogue, transformant ses protagonistes au pire comme des primates au mieux comme des hommes préhistoriques. La forme est directe et moche, succession de scènes en apparence absurdes et provocantes qui dépasse rapidement son humour vieil anar‘ pour dresser un constat aussi lucide que Orange mécanique sur notre société contemporaine. Pour bien tracer le parallèle avec le chef-d’œuvre de Kubrick, Aaaaaaaah! s’approprie quelques partitions du groupe prog King Crimson avec le même post-modernisme que Wendy Carlos avec Beethoven.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Humanité n’évolue ni ne dévolue. La technologie évolue mais pas l’humain, toujours soumis à ses besoins primordiaux. La carte de crédit a remplacé les armes de chasse, le béton a remplacé la grotte qui abrite la tribu, les téléviseurs ont remplacé le feu autour duquel on se retrouve la nuit mais, en soi, rien n’a évolué pour l’homme schizoïde du XXIe siècle qui n’est qu’un homme des cavernes bénéficiaire d’un confort dernier cri. Tiens, moi-même je me suis récemment surpris à ricaner comme un chimpazé sur mon canapé à la vision d’un montage inutile mettant bout à bout tous les euh et autres moments de silence d’une interview visiblement importante de Michel Houellebecq… A partir de borborygmes et liquides corporels, Aaaaaaaah! nous décrit tout cela avec une désinvolture guère éloignée des œuvres de Quentin Dupieux.

Formant un trait d’union entre le singulier Themroc et les derniers chapitres de IGH de Ballard (bientôt adapté par Ben Wheatley, également producteur de ce Aaaaaaaah!), cette inclassable œuvre de Steve Oram marque les esprits en dépit de sa dégueulasserie constante et de son anticonformiste hérité des années 70, prolongeant de manière encore plus radicale le retour à l’humain primitif de Touristes.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».