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De Barbet Schroeder

Avec Mimsy Farmer, Klaus Grünberg

Allemagne, France, Luxembourg – 1969 – 1h51

Rating: ★★★★★

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Stefan, jeune « Kerouac » de son époque (hippie, beatnik, peu importe le nom), quitte l’Allemagne pour vadrouiller en Europe et arrive par hasard à Paris. Lors d’une soirée, il rencontre Estelle, une américaine, qui lui propose de passer des vacances à Ibiza. Intrigué, il lui promet de la rejoindre…

Les premières images du film mettent en place la fable ou le conte du « Culte du Soleil », cité par le protagoniste principal : des gens ont décidé d’adorer le soleil en le fixant constamment, assis en tailleur presque nus. Mais au fur et à mesure ils devinrent aveugles et moururent de dessèchement. Ceci est loin de l’installation d’ambiance hippie du début du film ou même les bonnes se défoncent avec les invités, musique rock et pas vraiment de boulot, vie communautaire et petits larcins… Cette génération de « mai 68 », du « summer of love », ne voulait pas devenir des salariés de bureau. De plus, cette génération est celle d’après la Seconde Guerre mondiale, le nazisme est évoqué d’ailleurs en filigrane avec le personnage du Docteur Wolf. De ce postulat, le récit filmique est une initiation aux drogues par une femme fatale, de la marijuana à l’héroïne en passant par les acides. Chaque étape de confection d’un joint ou d’un fix sera filmée. Mais on peut comprendre que c’est surtout un récit d’apprentissage, celui de la vie, ce moment où l’on décide de ce que l’on veut être ou de ce que l’on ne veut pas. La drogue est alors objet de contestation et objet politique. Est-ce le début de la démocratisation de la drogue ? On peut dire qu’elle vit maintenant sa troisième vague (de la cocaïne des années 80 et 90 aux joints fumés et permis dans les concerts de rap ou visibles dans les clips depuis 2010). Revenons à cette femme fatale hallucinante et halluciné, Estelle. D’une attitude mutique, chancelante ou carrément hystérique à avoir des allures de sorcière, elle se montre femme libérée par ses nombreuses séquences de nudité naturelle, comprenez que c’est en rapport avec son mode de vie. Chevelure blonde illuminée, beauté diaphane, l’actrice Mimsy Farmer joue avec brio la femme changeante de son époque dans cet essai de vivre en hippie, amour (libre) eau fraîche et poissons. Elle s’essaie bien sûr à être artiste tout en brûlant la vie par les deux bouts dans cette fuite ou escapade à la Bonnie & Clyde. Et « Stefan » Klaus Grünberg, sosie de Daniel Brühl, s’en sort aussi bien dans son jeu d’acteur, empêtré dans sa spirale cérébrale.

Par la suite on peut se demander s’il y a triangle amoureux avec la personne de Dr Wolf (quoiqu’on ait une illustration avec Cathy l’amie d’Estelle) ou si c’est la drogue qui joue ce rôle… Car sexe et drogue deviennent indissociables. D’ailleurs du décorum parisien, le décorum station balnéaire espagnol est plus propice au psychédélique et à l’hallucinogène, entre vielles habitations de pierre, nature sauvage et le rivage… Comme à San Francisco ! Puis la musique espagnole, du moins le flamenco et le style andalou ont influencé le rock anglo-saxon des années 60, Love avec l’album Forever Changes ou le style du guitariste des Doors Robby Krieger en sont les meilleurs exemples. Avant de continuer, il faut comprendre qu’il est stipulé deux types de drogués : ceux qui prennent des drogues comme la marijuana ou les acides, drogues hallucinogènes, « permettent de vivre plus intensément, cela rend tout beau et vivant ». Et ceux qui prennent des drogues comme l’héroïne, drogues hédonistes, « permettent d’échapper à la vie et à la réalité, car il n’y a plus rien à découvrir de ce monde ». Cela fait donc deux façons différentes de vivre : à New York avec les junkies et le Velvet Underground ou à San Francisco avec les planants et le Jefferson Airplane. Le film amènera donc le mélange des genres…Qui prophétisera les deux phases du Nouvel Hollywood, la première partie de 1967 (avec justement Bonnie & Clyde) à 1972 où se développe l’alternative à la société de consommation capitaliste, avec au summum le festival de Woodstock de 1969. La seconde partie, de 1972, début du Watergate, à 1980 (avec La Porte du Paradis, épopée néo-marxiste réfléchissant sur la spéculation boursière et le droit des migrants et immigrés…)  est plus dans une critique véhémente et virulente du modèle sociétal démocratique et républicain occidental, sans de proposition de changement réel car on attend une réaction civile et populaire…

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L’expérience des prises de substances est magnifiée par une mise en scène particulière. En effet, on peut remarquer un travail de gros plans du végétal, du rocailleux, du granulé et de l’aquatique, souligné par une lumière naturelle. Certains plans d’ensemble de nature ou de ciel seront aussi mis en forme pour évoquer les trips. Ajoutons la force de la musique de Pink Floyd – les membres vivent une période de transition avec le départ de Syd Barrett , vivant d’ailleurs entre Ibiza et Saint-Tropez. Pour l’instant chaque membre apporte sa pierre à l’édifice, avant la mainmise de Roger Waters – dont l’enregistrement a duré huit jours, oscillant entre un psychédélisme blues, rock voire hard rock . Elle amplifie le fait que le réalisateur capte la folie, la frénésie, la passion, « le pouvoir à l’imagination » (un des slogans de cette époque) avec le remake des moulins à vent de Don Quichotte, l’absence de peur du lendemain, la foi et l’espoir dans l’avenir via le couple anti-héros, ils ne vivent que pour  eux-mêmes. Et c’est aussi filmer le manque accompagnant l’anxiété et l’angoisse et le bad trip est aussi évoqué (les passages des gifles) ainsi que la paranoïa. Ajoutons qu’il y a une similitude avec le film Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni sortant un an après : la musique du Pink Floyd est aussi à l’œuvre dans ce constat de révolte de la jeunesse, avec un couple au centre (la chanson cultissime Be careful with that axe Eugene). Finissons par noter qu’il y aura une nouvelle collaboration entre le réalisateur franco-suisso-allemand et le groupe de rock anglais psychédélique devenant progressif pour le film La Vallée, l’album Obscured by clouds (tiré d’un poème papou: « Vallée obscurcie par les nuages, mais accessible aux esprits téméraires…« 

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Sans plaisir, où est la tragédie ? Chaque chose a son prix. Plus haute est la valeur, plus cher il faut payer. Ah, on ne comprendra jamais le tempérament germanique.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…