Critique: Wild Palms

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Wild Palms

De Bruce Wagner et Oliver Stone

Avec James Belushi, Kim Cattrall, Bebe Neuwirth, Robert Loggia, Dana Delany, Nick Mancuso, Angie Dickinson et Brad Dourif

Etats-Unis – 1993 – 5 épisodes d’environ 1h

Rating: ★★★★☆

WP 1

Harry Wycoff est un homme comblé, sur le point de devenir partenaire financier de la grosse boîte pour laquelle il officie en qualité d’avocats en brevets, son fils est en passe de devenir un enfant-star de la télévision et il très amoureux de sa femme Grace. Tout va très bien si ce n’est qu’il n’en finit pas d’être témoin d’actes de répression quotidiens à tous les coins de rue, perpétrés par une police de plus en plus secrète que personne n’ose pointer du doigt. Ah oui, et il n’arrête pas de voir apparaître un rhinocéros dans sa piscine, dans des cauchemars de plus en plus récurrents, au point de miner proprement sa vie de couple. L’irruption de son ancien amour, Paige Katz, qui lui demande tout d’abord de l’aider à propos de la disparition de son fils, va entraîner Wycoff au centre d’un conflit sans merci entre deux cultes religieux, The Fathers and The Friends, qui se disputent ni plus ni moins la main-mise sur.. et bien, la réalité telle que nous la connaissons.

Tout d’abord intéressé par le roman Force Majeure de Bruce Wagner, Oliver Stone finit par se rabattre sur une autre des œuvres de celui-ci, un comics en l’occurrence, fasciné par la richesse de son intrigue. Nous ne sommes alors qu’en 1993 mais le spectateur ne manquera pas de reconnaître dans Wild Palms un brûlot adressé à l’encontre de l’Eglise de la Scientologie, à l’époque en plein essor dans sa main-mise sur le star-système et les médias à travers le personnage du Sénateur Tony Kreutzer, chantre du « Nouveau Réalisme » par le biais de sa chaîne télévisée, pionnière dans le domaine des programmes holographiques. Divertissement au premier abord, si ce n’est que cette petite avancée technologique n’est en fait la couverture  d’un vaste schème visant à littéralement asservir l’humanité par le biais de l’image. Ajoutée à la consommation d’une drogue de synthèse, l’hologramme franchit en effet le pas du simple visuel à la totale sensitive. Le but ultime de Kreutzer étant de plus de se coupler lui-même avec une nouvelle technologie afin d’infiltrer et de contrôler toutes les consciences. La métaphore est ce qu’elle est, mais elle dit aussi ce qu’elle a à dire, on est loin de la doucereuse hypothèse comme quoi « les médias façonneraient les opinions »: sous couvert d’un surplus de réalité, on finit par amputer l’individu de celle-ci, qu’il délaissera de bon gré, la laissant aux mains d’élites pas forcément bien attentionnés d’une part, mais qui surtout lui en feront payer les substituts, les miettes et les résidus toujours un peu plus chers, puisqu’ils en auront le monopole. Une thèse tristement célèbre, qui a déjà bien fait ses preuves, et que la série s’échine à décortiquer avec brio, l’asservissement des masses par le divertissement. Si à tout hasard vous avez apprécié le Southland Tales de Richard Kelly, alors vous retrouverez dans Wild Palms à la fois la même fibre chorale, avec une foule de personnages tout aussi fascinants, ainsi qu’une déclinaison similaire des affrontements entre institutions et groupuscules clandestins se disputant l’appropriation de figures médiatiques comme porte-paroles (vitrines, marionnettes) de leurs causes.

 

La série déborde absolument de références, que ce soit un titre emprunté à William Faulkner, des citations de Shakespeare (Hamlet), T.S Eliot (The Hollow Men, le poème que récite Brando dans Apocalypse Now) ou encore Walt Withman (O Captain ! My Captain ! – que l’on entend beaucoup dans Le cercle des poètes disparus) ainsi que Lewis Carroll, Sun-Tzu et Jimi Hendrix, jusqu’à convoquer le créateur du terme « cyberspace » lui-même, William Gibson, l’auteur de Neuromancer ,faisant une courte apparition dans son propre rôle, le temps de serrer quelques mains et de laisser simplement entendre à qui veut bien qu’on a jamais cessé de lui faire payer la paternité du concept. Gibson qui, tout comme Oliver Stone, ne manque pas d’insister sur le fait que la véritable force créative derrière Wild Palms demeure absolument Bruce Wagner, une figure qui gagnerait absolument à être connue, ayant été entre-autre un ami proche de Carlos Castaneda, et ré-apparu sur le devant de la scène il y a peu grâce à  Maps to the Stars de  David Cronenberg dont il a écrit le script. Le titre est d’ailleurs présent dans Wild Palms , de même que ses enjeux, mais à l’état embryonnaire : le culte The Fathers avait en effet coutume d’enlever les nouveaux-nés de leurs ennemis pour leur substituer ceux de leurs membres, afin de détruire leurs opposants de l’intérieur dans une ou deux décennies, et l’on retrouve effectivement ce motif de cartographie des constellations tatoué sur la poitrine de Peter, l’enfant mystérieux, permettant par son biais à la série de bien montrer à quel point le culte la célébrité est un véritable système d’endoctrinement, conçu sciemment à l’intention des nouvelles générations exclusivement, notamment dans ses échanges avec Coty, le fils de Harry, l’incarnation parfaite de cette nouvelle génération de bébés-tueurs-despotes, complètement déshumanisés à la racine et éduqués à la lumière des spot-lights pour ne pas faire autre chose que régner sur la caste de zombies-junkies que leurs géniteurs sont occupés à leur aménager. Le comédien James Belushi n’a d’ailleurs pas manqué de rapprocher Wild Palms de la série culte créée par Patrick McGoohan, Le Prisonnier, car toutes deux jouent sur les mêmes notions d’ apparence : illusions de cellule familiale, illusions de démocratie, mais fallait-il le préciser lorsqu’une des emblèmes de la série n’est autre que – et là spéciale dédicace à mon buddy Eugène Ionesco – le rhinocéros  ?

Oliver Stone ici producteur, s’octroie un caméo sympa et puisque personne ne lui a dit qu’il avait raison à propos de JFK, alors il se le fait dire à lui-même, il me semble que c’est plutôt de bonne guerre. Les cinq épisodes ont étés réalisés par Keith Gordon, Peter Hewitt, Phil Joanou et Kathryn Bigelow, qui par ailleurs joue également un petit rôle, non-crédité. Hormis tout ceci, n’allez surtout pas croire que j’essaie de vous influencer.

                                                                                                                                                                                                                                                    Nonobstant2000

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