Critique: Sorcerer-Le Convoi de la peur

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Sorcerer

De William Friedkin

Avec Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal et Amidou

Etats-Unis – 1977 – 2h01

Rating: ★★★★★

SORCERER

Il y a des séances de ciné dont on se rappellera toute sa vie. Tiens, moi qui suis d’une intelligence, d’une beauté et d’une modestie bien supérieures à la moyenne, je serai bien tenté de me la péter humblement en parlant de cette séance de Sorcerer aka Le Convoi de la peur en compagnie de son réalisateur, la légende vivante William Friedkin, venu répondre à toutes les questions d’un auditoire composé de blogueuses et blogueurs triés sur le volet.

William Friedkin, il est aussi sympa et drôle que ses films sont âpres et violents. Et une session de questions-réponses se transforme avec lui en one-man-show. Il taquine des mecs aux premiers rangs, il jauge notre culture ciné, il nous invite à le rejoindre sur les réseaux sociaux… Mais surtout, il est intarissable sur le cinéma, nous offrant des réponses très fournies comme sur la différence de jeu d’acteurs entre un Tommy Lee Jones et un Benicio Del Toro ou ce qui l’a amené à réaliser ce remake du chef-d’œuvre de H.G. Clouzot, Le Salaire de la peur, qui voyait Yves Montand et Charles Vanel s’engager sur des routes impraticables d’Amérique du sud avec des camions remplis de nitroglycérine. Un modèle de suspense à la française récompensée par une Palme et un Ours d’Or auquel s’attaque Friedkin à la fin des années 70 après avoir rencontré le grand Clouzot.

Là où le film de Clouzot démarrait directement au cœur d’un bidonville sud-américain perdu dans une nature hostile, le réalisateur de L’Exorciste nous propose un de ces préludes globe-trotter qu’il affectionne tant en nous exposant le passif de chacun de ces quatre personnages en fuite :  un gangster américain, un escroc français, un terroriste palestinien et un tueur à gage se retrouvent derrière les volants des camions de la mort, contraint d’accepter les conditions précaires de ce contrat quasi-suicidaire pour éponger leurs dettes et mettre fin à leur exil forcé.

Pour Friedkin, l’objectif de ce remake était de mettre à jour la capacité des hommes à passer outre leurs différences et à s’unir afin de surmonter l’impossible. Le Convoi de la peur figure ainsi comme le film préféré de son réalisateur, proposant une vision très humaniste dans une filmographie où le nihilisme est souvent roi (Cruising, Killer Joe…). Si la version de Friedkin reste finalement très proche de ce qu’avait pu faire Clouzot vingt-cinq  ans avant lui, elle se démarque surtout par un petit détail d’importance : un pipeline va accompagner nos têtes brûlées durant leur dangereux périple, insidieusement installé en bord de route, témoignant d’un ultra-libéralisme qui a déjà posé ses guêtres dans une nature quasi-virginale et où les hommes sont déjà sacrifiés au nom du grand capital. Au final, les fautes que nos héros doivent expier (hold-up, arnaque, attentat…) ne sont que des versions bien dérisoires des exactions commises par les multinationales sur l’Humanité et son patrimoine (surexploitation aveugle des ressources naturelles et des hommes au nom du seul profit). Près de trente ans plus tard, le constat reste toujours d’actualité.  Et c’est là la marque des grandes œuvres.

 

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».