Chips-Movie: My Little Eye

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My Little Eye

De Marc Evans

Avec Sean Cw Johnson, Kris Lemche, Stephen O’Reilly, Laura Regan, Jenifer Sky et Bradley Cooper

Royaume-Uni – 2002 – 1h35

Rating: ★★★★★

MLE

Cinq candidats participent à une émission de web-réalité dans l’espoir de rafler le million de dollars à la clé.

Voici un petit film datant de 2002 que j’ai découvert plutôt tardivement mais qui occupe une place assez privilégiée dans mon petit panthéon personnel et privé. Réalisé par Marc Evans à qui on devait le tout à fait respectable Resurrection Man (1998), celui-ci se dégage de certaines influences pour délivrer ici une réflexion sur les versants malsains de la télé-réalité et ses mécanismes de représentation, doublée d’une ode véritable au langage-cinéma tout entier. Porté par le postulat de la retransmission le film s’ouvre sur un emploi à plein régime du point de vue du dispositif de surveillance et de l’image médiatisée avec une intelligence et une virtuosité rare pour poser rapidement mais efficacement tous les paramètres du récit : recrutement des candidats, premiers mois dans la maison – certes, suivront également par la suite quelques passages obligés en vision nocturne avec pupilles fluorescentes, mais pas plus que le bord j’ai envie de dire, et elles seront compensées par d’autres séquences , tout aussi élégantes, éclairées à la lampe de poche, ce qui pour moi est toujours un gage de qualité et le signe d’une mise-en-scène un tant soit peu réfléchie – et oui, une sorte de plaisir coupable également, d’ailleurs je m’en cache pas.

A côté de ça, et c’est pourquoi je révère absolument ce film, c’est qu’ il assoie ni plus ni moins et de façon imparable la supériorité de l’homme sur la machine (kaw, et-j’ai-pas-peur-de-le dire) en effet le dit-dispositif continue donc d’être employé ponctuellement au fil du récit, le minimum syndical concernant tout mécanisme de surveillance qui se respecte (plongées, vues de couloir) ainsi que quelques autres figures imposées inhérentes au sujet (apartés face-caméra ; images arrêtées par débranchements), et c’est sympathique et visuellement toujours très généreux, mais dans les intervalles Evans et son équipe technique déploient DES TRESORS de compositions de plans à décrocher la mâchoire et te faire, toi jeune aspirant réalisateur sur ton temps libre ou dans tes rêves les plus fous, ramper péniblement au sol pour te réfugier derrière ton canapé et y pleurer en silence. Séquences de caméra portée toujours lisibles, séquences éclairées à la lampe de poche (je sais je l’ai déjà dit), cadrages et recadrages à l’intérieur du plan, un vrai festival. Pour ceux qui par exemple auraient été déçus (sur la forme, en plus du reste probablement) par un film comme Open Windows, n’ayons pas peur des mots  ici je crois qu’ils auront leur fix; ça regorge de maîtrise et de pertinence à chaque seconde, dans une orchestration parfaite de points de vues fixes opposés à d’autres en mouvements, un juste milieu sur lequel l’essentiel des productions found-footages n’en finissent pas de se casser les dents encore de nos jours (David Ayer et ton End of Watch, c’est aussi à toi que je parle).

Ajoutons à cela une belle progression du suspens et de l’intrigue (qui égratigne sans trop s’appesantir non plus les dérives déjà connues pour l’époque, ainsi que celles à venir, de la télé-réalité et qui se conclue très bien avec un petit final nihiliste juste ce qu’il faut, mais très concret aussi) et un casting tout à fait impeccable (on y croise Bradley Cooper dans un petit rôle, mais impérial tout de même), aussi sans insister davantage je vous recommanderais juste une VOSTFR plutôt qu’une version doublée. Toutefois (toutefois) je parlais un peu plus haut de minimum syndical, cela me paraît un point important à soulever à une époque où sévit dans un certain cinéma de genre assez proche de nous « l’école du plan-serré » ainsi que celle de « la caméra-pas-très-bien-portée », faisant office de cache-misère à la fois narratif et formel et servis qui plus est la plupart du temps par toute une clique d’arrivistes se roulant sans vergogne dans la lessive sale de Lars Von Trier -sans jamais oser l’avouer vraiment- , et bien de ce seul point de vue, le film de Marc Evans a toutes les raisons d’être bien plus que  « redécouvert ».

                                                                                                                                                                                                                                 Nonobstant2000

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