Filmo Express : Christopher Smith

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Christopher Smith fait partie de la nouvelle génération de cinéastes de genre britannique ayant émergés dans le milieu des années 2000, comme Neil Marshall, David Slade, ou encore Edgar Wright. Un peu touche à tout, il aime alterner les genres et ne s’en prive pas tout au long de sa filmographie. Du fantastique à la comédie, en passant par l’horreur, le thriller (avec son prochain film Detour) et même le conte de Noël (Get Santa, toujours pas disponible dans notre cher pays), Smith surprend souvent là où on ne l’attend pas. Petit tour d’horizon de ce « petit » cinéaste qui, on l’espère, aura un jour le succès qu’il mérite.

 

Creep (2004) Rating: ★★★★☆

creep

Dans les couloirs morbides du métro londonien, une jeune femme s’endort en attendant son train. Pas de bol, elle se réveille trop tard et se retrouve enfermée avant d’être prise en chasse par une mystérieuse créature dans les sombres sous-sols.

Premier long métrage écrit et réalisé par Christopher Smith, Creep a su renouer les peurs primales et l’angoisse avec le cinéma d’horreur ; chose qui semblait s’être perdue durant la vague creuse observée dans le genre au début des années 2000. Tout comme le très bon The Descent de Neil Marshall, Smith utilise trois principaux ingrédients comme mécanique de peur : la claustrophobie, la solitude, et la peur du noir (des ténèbres). Injectant une légère dimension sociale à son script, faisant de son héroïne une vraie peau de vache devant faire face à toute la « merde » de son monde civilisé (pas seulement symbolisée par le monstre, mais littéralement, puisqu’elle passera le plus clair de son temps à quatre pattes dans les égouts), le réalisateur arrive de cette manière à donner un petit plus à son film pourtant déjà formellement robuste. La diatribe reste facile et finalement assez inoffensive, mais c’est une pratique que l’on retrouvera aussi dans son prochain film Severance et surtout, dans Black Death.

 Survival rondement mené et particulièrement bien maîtrisé pour un premier effort, Creep annonce qu’il faudra désormais compter sur un nouveau talent dans la cour de récré. Bourré d’idées et n’oubliant jamais son concept en essayant toujours d’en tirer meilleur parti, le premier film de Christopher Smith est une totale réussite.

 

Severance (2006) Rating: ★★★★☆

Severance

Pour renforcer leur esprit d’équipe, sept employés d’une grande société de vente d’armes partent en séminaire quelques jours à la campagne. Seuls en pleine forêt, ils seront vite pris pour cible par une troupe de mystérieux hommes armés. Entourés de piège et livrés à eux même, les malheureux devront tenter d’échapper à une menace organisée et très adroite.

Suite au cultissime Shaun of the Dead d’Edgar Wright, la comédie horrifique a le vent en poupe à partir du milieu des années 2000. Tout comme le film sus-cité, Severance ne parodie jamais le genre, ni même ne le détourne. La comédie et l’horreur (le survival, pour être plus précis) ne se mélangent pas mais cohabitent. C’est grâce au jeu d’équilibriste de Christopher Smith, tant au niveau de la mise en scène qu’au scénario, que le concept ô combien casse gueule tient la route. Le dosage millimétré dans les ruptures de tons peut vous faire passer du rire aux larmes en l’espace d’une scène. Le comique découle de l’horreur, mais ne rit pas de l’horreur. La violence crue inhérente au genre n’a donc pas pour but de vous faire marrer ; toute la force du film repose sur le fait que vous ne pouvez pas vous empêcher de rire, tout en ayant peur pour les personnages.

Beaucoup plus qu’un simple film surfant sur la comédie horrifique, Severance tend plus vers un exercice de style mené de main de maître par Smith. Jouant avec les codes du genre en enquillant les clins d’œil, le cinéaste confirme après Creep toute l’étendue de son potentiel, ainsi que son talent de scénariste et de metteur en scène.

 

Triangle (2009) Rating: ★★★★☆

Triangle
Une jeune mère célibataire rejoint un groupe d’amis sur un voilier, pour une balade en mer. Pris dans une tempête et malgré les efforts du groupe, le bateau chavire. Les rescapés voient un immense paquebot un peu plus loin et décident de monter à bord, après avoir vu une étrange silhouette sur le pont. Ils devront alors faire face à un tueur masqué tout en essayant de résoudre plusieurs mystères.

Triangle n’est pas sorti en salle par chez nous, il ne connaîtra qu’une sortie vidéo tardive deux ans après son exploitation en Angleterre. Il débarquera même après Black Death, le film suivant de Smith, paradoxe temporel inside, ce qui tombe bien au vu du sujet. Il est difficile de parler de Triangle sans dévoiler une partie de son intrigue, je vous invite à regarder le film avant d’en lire davantage, histoire de ne pas vous gâcher le plaisir (mais vraiment, ça va spoiler là, allez de suite à la conclusion). Triangle superpose plusieurs boucles temporelles (trois, précisément, d’où le titre Triangle) en s’inspirant de la mythologie grecque. Le nom du paquebot, Aeolus, fait directement référence au dieu du vent, en plus d’être le père de Sisyphe. Dans la mythologie grecque, Sisyphe fût condamné par les Dieux à faire rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, et à recommencer sa tâche éternellement à chaque fois que ce dernier retombait au pied de la colline. On peut mettre ce récit en parallèle avec les actions de Jess, l’héroïne, condamnée à les répéter en boucle après avoir trompé Charon, le passeur du Styx, symbolisé par le taxi à la fin du film. Autant de figures mythologiques avec lesquelles Smith construit son récit. Le récit du déni, d’une mère incapable d’accepter l’inacceptable tragédie de la mort de son enfant. Le réalisateur opte pour une approche visuelle chirurgicale, avec beaucoup de blancs éclatants qui donnent un aspect « cotonneux » à l’image.

Une histoire sans fin, qui monte, descend, puis remonte et redescend à la cadence de la houle. Une expérience ludique aux multiples interprétations qui se contrediront tout en se complétant les unes les autres. Un scénario de petit malin, encore une fois signé par Smith, qui vous torturera le cerveau.

 

Black Death (2010) Rating: ★★★★★

 

Black Death
La peste ronge les terres d’Angleterre. Toutes les terres ? Non, il reste un petit village peuplé d’irréductibles qui semble être immunisé contre le fléau. Dans son infinie sagesse et dans toute son intelligence, le clergé argue que cette histoire pue forcément la sorcellerie. Il décide donc d’envoyer un groupe de braves gars, avec de saines intentions, aller voir de plus près ce qu’il se passe en ces lieux.

Lute idéologique dans un monde où règne l’obscurantisme, cette œuvre iconoclaste fait écho aux problèmes actuels ; comme le triste constat d’un éternel recommencement où les Hommes amalgament identité et croyance. Le film commence comme un récit d’aventure médiéval classique, avec tous les archétypes qui s’imposent : jeune moine répondant à l’appel de l’aventure, vieux mentor, groupe d’aventuriers/chevaliers, ou encore méchante nécromancienne. Sauf que Smith se joue des attentes du spectateur en quittant très tôt les sentiers battus. Le jeune moine se révèle subitement être en plein questionnement de sa foi, ayant succombé aux pêchés de la chair en tombant amoureux (je ne vous dirai pas de quelle manière Christopher Smith tord les autres figures pour ne rien vous dévoiler de l’intrigue). De cette façon, le réalisateur fait un contre pied au spectateur pour servir son propos, donnant presque un côté métaphysique à la démarche. A l’image de ses personnages, ne doit-on pas garder l’esprit ouvert et savoir accepter qu’il existe d’autres chemins ?

Cet excellent film ne connaîtra pas d’exploitation en salles dans nos contrées. Il est pourtant à ce jour, et de l’aveu même de Smith, le meilleur film de son réalisateur. Filmé à l’épaule, l’image quasi monochrome, Black Death dépeint un univers sale et nauséabond, nihiliste et profondément pessimiste. Du cinéma qui frappe les tripes.

Gutbuster

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About Gutbuster

Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !