Max Versus Furiosa

.

.

MAD-MAX-FURY-ROAD-1

Mad Max: Fury Road est sorti après une attente de plusieurs années durant lesquelles ce sont succédés artworks, news en pagaille (merci à Seri Zed pour le taf accompli), et trailers vrombissants. Instantanément, à peine sur les écrans, certains points de vue discutables ont commencés à apparaître  L’un de ceux qui semble le plus revenir concerne le personnage de Furiosa, interprété par Charlize Theron, qui au-delà d’empoigner le rôle le plus emblématique du film, et mettre un peu Max sur le bord de la route, serait pour certains l’évocation d’un film profondément féministe au travers d’elle et de ses protégées. Peut-être le devient-il vraiment quand les extrapolations se font sans réflexion, mais il est fort probable que cette illusion provienne aussi du fait qu’un blockbuster parvienne à s’extirper des carcans habituellement appliqués à l’écran, ceux dont nous sommes spectateurs, et surtout consommateurs, depuis bon nombre d’années.

Il semble présomptueux de définir une œuvre comme féministe, c’est à dire défendant avant toute autre chose une idéologie, là où celle-ci nous présente des êtres humains en pleine survie, hommes ou femmes, et où le questionnement des sexes ne semble jamais fondamental ou vital dans l’action elle-même. Cette conception est présente via certaines précisions comme le rôle de ces femmes en fuite dans un système dirigé par Immortan Joe ou ces réserves de lait maternel destinées aux nouveaux nés. Cependant, ces données suffisent-elles à définir et ainsi cataloguer aussi facilement le long-métrage ? Pourquoi un tel traitement cinématographique crée-t-il dès sa sortie un tel questionnement ? Peut-être le refus de la perte d’une figure sempiternelle et idéalisée là où Furiosa n’est rien d’autre que la création d’un nouveau mythe, d’un nouveau caractère qui offre de nouveaux enjeux, George Miller se refusant à toute facilité qui le soumettrait à reprendre l’icone de Max version Mel Gibson qui perdure depuis la fin de ses aventures passées il y a déjà trente ans, ou plus subjectivement depuis le plan final de The Road Warrior il y a trente quatre ans.

MAD-MAX-FURY-ROAD-3

Fort heureusement, ces avis tranchés ne proviennent pas dans leur globalité de points de vue purement cinématographiques puisque en grande partie proclamés par des personnes se réclamant ouvertement anti-féministes comme le prouve la réaction de Aaron Clarey, blogueur américain, qui écrit ceci uniquement au sujet de la bande-annonce : « Charlize Theron était très présente dans la bande-annonce, alors que Tom Hardy ne faisait que des apparitions. Elle parle vraiment beaucoup et je ne crois pas qu’il dise un mot. A la fin, elle aboie des ordres sur Mad Max. Personne n’aboie sur Mad Max. » Aaron Clarey n’a pas vu le film, et refuse de le voir, mais son avis semble ferme. Pour Seri Zed, passionné de Mad Max, « les gens sont prêts à tout pour faire le buzz », une raison certaine bien en lien avec une certaine frange de la critique de tous bords. Il serait intéressant pour les avis fermés, et pour qui le débat semble stérile, de revoir les trois premiers films de la franchise afin de constater l’importance déjà fortement décelable de personnages féminins. Pour les plus catégoriques la filmographie de GeOrge Miller est conseillée.

Néanmoins, cette approche, ainsi que ce lien constant avec des questions actuelles de société, peut aussi être le signe d’un formatage des identifications pour le spectateur, une forme de rejet des nouvelles propositions créées par de véritables auteurs. La mise en avant de personnages féminins symboliserait-elle prioritairement la défense d’un point de vue féministe plutôt que d’être avant toute autre chose un choix de narration ? Le discours de Fury Road est-il seulement écologique ou aussi contextuel ? Et si finalement la question n’était pas de savoir si Mad Max : Fury Road est féministe mais plutôt de savoir s’il est encore possible de propulser son imaginaire au-delà de certaines balises.

A ce titre ce nouveau volet parvient très bien à offrir cette richesse en détaillant un univers qui possède sa propre mythologie, avec ses codes bien précis et une foultitude d’idées. Le visionnage du film avec une vision étriquée biaise justement l’ouverture vers toutes ces richesses puisqu’elles ne sont qu’esquissées. Là est la grande force de Miller, et apparemment aussi son défaut aux yeux d’un certain public, de parvenir à faire travailler notre imagination à travers son propre imaginaire plutôt que de simplifier cela à un simple acte d’uniformisation plus ou moins dicté. Ce désir a un ton très libertaire, et donc Punk, comme l’est le film, et les précédents, dans son esthétisme global. Cette remarque n’est pas anodine quand l’on constate que l’intégralité de la filmographie de George Miller reprend constamment des thèmes et idées similaires. De la sorte on peut aisément proclamer les aspects féministes, tout comme écologiques, de Fury Road mais qui sont des perspectives au sein d’une configuration bien plus complexe. Pour revenir vers ces auteurs en quête constante de créativité, d’autres films comme Avatar de James Cameron ou Gravity de Alfonso Cuaron ont connus des débâcles similaires.

MAD-MAX-FURY-ROAD-2

Il est donc intéressant de remarquer que ces conclusions hâtives, et surtout faciles, ne semblent revenir que sur des films certes commerciaux mais derrières lesquels travaillent des auteurs désireux de faire évoluer leur art. Avatar de James Cameron a été à maintes reprises observé de part son prisme écologique mais rarement sous son seul angle créatif. Et si opinion il y a, est-il honnête d’extrapoler ces pensées pour y voir un tout autre film ? Ces mêmes avis vont-il traiter Into The Wild de film trop écolo alors qu’il joue clairement cette carte ? Black Book de Verhoeven de film trop féministe alors qu’il reprend un fait historique ? Il est à croire que non tant il semble plus aisé de juger un film sur certains éléments faisant parti d’un tout plutôt que pour ce qu’il est dans sa globalité, et souvent d’avoir un avis bien plus strict sur les réalisations appartenant aux registres de la science-fiction, du fantastique ou de l’horreur. Quand il s’agit d’un élément central, et souvent historique, ces données ne semblent pas entrer en compte. Il vient donc à penser que ce pan du septième art sculptant des imaginaires et s’éloignant des réalités soit contraint de devoir justifier ses choix dès lors qu’il semble tenir un propos autre que de la simple fiction. Hors, certains studios ont à tel point conditionné les films, pour justement ne les produire que comme de l’Entertainment à la chaîne, que cette seule idée de films populaires et ingénieux semble offusquer. Quand Louis Guichard de Télérama écrit au sujet de Mad Max: Fury Road avoir vu « un film écologiste qui a tout d’un Paris-Dakar en costumes » on se dit que le travail d’imagination qu’offre un tel cinéma semble parfois s’être perdu dans des contrées bien reculées.

Pour en revenir au personnage de Furosia, son rôle central symbolise pourtant l’envie d’avancer, d’être en mouvement comme le sont les deux heures du film, en cherchant à éviter de s’endormir sur une remise à jour d’éléments déjà traités dans la trilogie originale. George Miller a toujours été un créateur et non un faiseur ou un suiveur, ainsi comment peut-on s’étonner de le voir bousculer sa propre création pour la faire évoluer vers quelque chose de moderne et surtout de différent. La réussite de l’entreprise se trouve aussi dans cette manière de marginaliser les codes actuels du blockbuster pour les contredire et les faire évoluer vers quelque chose de bien plus sensoriel et immersif, vers de l’artisanal plutôt que du sous-vide. Furiosa est donc bien le personnage principal et Max est là pour renforcer la création de cette nouvelle icone, le plan final ne clôturant pas cette fois le film sur Max mais bel et bien sur Furiosa qui s’élève tandis que Max se perd dans la foule. Mad Max: Fury Road est une œuvre en avance au sein d’un marché américain qui stagne. Et si le changement c’était maintenant ?

Nico Darko

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).