Critique: Werewolf (Intégrale)

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Werewolf

Créé par Frank Lupo

Avec John J. York, Lance LeGault, Chuck Connors, Brian Thompson

USA – 1987/88 – 1 Saison : 1 épisode-pilote de 2h + 28 épisodes d’ environ 25 mn

Rating: ★★★★★

Werewolf

Alors qu’il revient d’une séance piscine dans la villa de sa petite amie, le jeune Eric Cord se retrouve bien embarrassé lorsque Ted, son colocataire (et futur beau-frère) lui tend un pistolet rempli de balles d’argent, en lui demandant de l’aider à mettre fin à ses jours parce que c’est lui le loup-garou qui bousille tout et tout le monde sur le campus. Pas vraiment convaincu, Eric accepte de le veiller tout de même, en ayant pris soin de bien l’attacher à une chaise tandis que ce dernier lui livre en détail les tenants de sa malédiction. Lorsque le pentagramme apparu sur la main de Ted se met à saigner, celle-ci prend définitivement tout son sens en même temps qu’elle finit de prendre forme.. Accusé du meurtre de Ted et désormais lui-même loup-garou (puisque celui-ci a eu le temps de le mordre dans la bagarre) Eric n’a d’autres choix que de prendre la route et de retrouver l’initiateur de sa lignée pour mettre un terme à sa condition. Sa cavale attire l’attention d’un chasseur de primes de sang-mêlé, « Alamo » Joe Rogan, qui lorsqu’il découvre la double-nature de son client, fait désormais du sort de celui-ci une affaire personnelle, qu’il entend bien régler à la manière de ses ancêtres..

Créée au milieu des années 80 par Frank Lupo, à qui l’on doit des séries phares de cette période telles que (ahem) L’ Agence Tous Risques et Riptide (mais aussi et surtout Un Flic dans la Mafia), cette petite série horrifique de grande qualité est assez peu connue chez nous, n’ayant été diffusée qu’une seule fois ou presque, aux premières heures de Canal +. Le format des épisodes est un peu court, 25 mn, ce qui cantonne quelques fois l’intrigue à un lieu unique mais la série trouve à l’intérieur de cette contrainte l’un des éléments de son originalité : emploi abondant des fumigènes et des contre-jours dans des endroits généralement bordéliques, mais ça colle très bien à la trame générale qui se déroule ainsi résolument en marge du quotidien, des lieux clinquants et des intrigues habituelles de l’activité diurne (je pense au superbe épisode 24 notamment, « A Material Girl », où un centre commercial après les heures d’ouverture s’avère le terrain d’une énième poursuite implacable entre Eric et sa nemesis – et qui au passage est un beau clin d’oeil au Hurlements de Joe Dante dans son parallèle loup-garou/ consumérisme). Contre-jours bien utiles parfois également car voir le loup-garou en entier nuit quelque peu à sa crédibilité, par contre les scènes de métamorphoses sont assez réussies et devaient même paraître bien audacieuses pour une série tv à cette époque. Quelques passages en vision subjective, distordus et saturés, viennent s’ajouter à l’éventail des gourmandises, mais restent utilisés avec parcimonie. Bien sûr il y a quelques néons, quelques coupes de cheveux un peu choquantes ici et là, quelques morceaux musicaux qui peuvent s’avérer déstabilisants pour ceux qui n’ont pas grandis au milieu des années 80 (et même pour ceux qui y ont effectivement grandis à vrai dire) mais par son ambiance toute particulière, et notamment sa charte graphique bien calibrée, la série restitue au contraire le meilleur des aspirations artistiques de cette période plutôt que ses stéréotypes. Notons enfin que c’est David Hemmings * qui assure la réalisation du pilote, ainsi que de 7 autres épisodes.

En marge des activités diurnes disais-je, et ce par la force de son postulat, puisque le sort de notre héros dépend du moindre reflux du grand astre céleste n’est-ce pas, la série semble pour autant s’intéresser à la marge tout court. Eric Cord était un prototype de la jeunesse américaine, à l’avenir presque tout tracé jusqu’à ce qu’une rupture se produise dans sa vie et l’oblige à partir à la rencontre du monde, dont peu à peu il aperçoit de plus en plus de versants insoupçonnés. Rien de nouveau en soi pour les fictions américaines, du Fugitif à L’ incroyable Hulk, le héros est souvent contraint de prendre la route pour se faire justice, parfois même échapper à celle-ci dans le même temps. Surtout c’est un générateur inégalé d’histoires, permettant d’aborder tout un tas de registres différents, ainsi que le véhicule de prédilection pour toute volonté de critique un peu sociale** , l’occasion de partir à la rencontre de « La Face Cachée de l’Amérique » (- un grand thème depuis les écrits de Jack Kerouac, et d’ailleurs notre héros sera confronté le temps d’un épisode à l’univers des hobos). Ainsi dès le 3e épisode, la série aborde le thème de la violence domestique, celui de la prostitution et de la violence urbaine dans les épisodes 8 et 13, avec mention spéciale pour l’épisode 21 «  Night In Blue » où Eric est confronté à un citoyen lambda qui toutes les nuits patrouille habillé en policier, et qui en fait assouvit d’obscures pulsions. Idem pour le gentleman hospitalier (pas très longtemps) de l’épisode 6, qui aime à traquer ses invités habillé d’une peau de loup, tandis que l’ épisode 10 nous montre que même un Monastère peut cacher en son sein la « sombre-engeance-du-démon ».

Parfois son statut de fugitif ou de marginal fait d’Eric le paria idéal, ou le coupable tout désigné au regard des schèmes machiavéliques de Mr et Mme Tout-Le-Monde, comme dans l’épisode 18 « Blood Ties » qui prend place dans l’univers des séries de milliardaires qui inondaient les écrans à cette époque. Le sous-texte des différences sociales sera encore plus marqué dans l’épisode 19 « Big Daddy » où un magnat sudiste atteint d’un cancer kidnappe Eric pour lui prendre son sang et ainsi devenir immortel. Je vous rassure tout de même, notre héros tombe aussi sur des gens biens, voir la Sorcière sympa de l’épisode 7 « Nothing Evil In These Woods », ou encore l’émouvant épisode 17 « Wolf Hunt » lorsqu’il se lie d’amitié avec une louve. En terme de développement de personnage, la série tire tout à fait son épingle du jeu, car l’évolution de notre héros qui, dans un premier temps se tient à distance du monde, tout entier omnibulé par sa quête, se fait de façon tout à fait progressive et graduelle, avec des atours initiatiques de conte-de-fées : quand la série plonge dans sa trame principale, purement horrifique (dévoiler progressivement l’univers des loups-garous) le pas dans le surnaturel devient absolument le véritable endroit où il apprend avant tout à discerner les monstres, ce qui le rend plus apte à affronter certains périls de la « vie ordinaire » ensuite, et pour finir c’est lui qui se retrouve à jouer un rôle dans la vie des personnages qu’il rencontre, à un moment peut-être crucial de leur existence : le père de famille défiguré de l’épisode 14 «  All Hallow’ Eve », la jeune fille aveugle tombée sous le charme d’un gigolo-meurtrier (ep. 27 «  Blind Luck ») ou encore le cheminot-ancien- boxeur pro poursuivi par la maffia (incarné par Everett McGill, un des acteurs fétiches de David Lynch) de l’épisode 15 « Blood on the Tracks ».

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Concernant donc les versants insoupçonnés de l’humaine condition, le moindre étant son statut tout nouveau de loup-garou à plein temps, et la seule façon de s’en débarrasser (mis-à-part l’option suicidaire***) étant de retrouver l’initiateur de la lignée et de le supprimer, à savoir l’énigmatique Janoz Skorzeny, comme le lui a expliqué son colocataire par cette nuit fatidique**** . Ainsi Eric croisera-t-il dans sa quête quelques uns de ses congénères pour qui la notion de prédation n’est absolument pas un problème : le superbe épisode 16 « Nightmare at the Braine Hotel » ; le 22 « SkinWalker » , qui se déroule dans une réserve indienne, ou encore l’ excellent épisode 28, « Gray Wolf », que l’on doit par ailleurs à l’écrivain Norman Spinrad. D’ailleurs être un loup-garou n’est pas forcément une malédiction du point de vue tout le monde, telle l’horrible ghoule de l’épisode 9 «  Friendly Haven », le marin qui retient Eric prisonnier dans l’épisode 4 « The Black Ship » dans le but de gagner les faveurs de Skorzeny et d’être transformé, ou encore le magnat financier de l’épisode 19 « Big Daddy » comme nous l’avons mentionné plus haut. L’affrontement final aura pourtant bel et bien lieu dans le sublimissime (puisque se déroulant presque entièrement durant un carnaval) double-épisode « To Dream Of Wolves » mais c’est pour mieux tomber de Charybde en Scylla, car Eric découvre que Skorzeny n’est pas du tout l’initiateur de la lignée comme il le pensait, qu’il s’agit au contraire d’un loup-garou bien plus ancien et malheureusement surtout, bien plus puissant que Skorzeny, Nicolas Remy (auquel Brian Thompson, le mêchant dans le Cobra de Sylvester Stallone, prête son impeccable diction). La série se terminera sans avoir offert de résolution à la quête d’Eric, ce qui est plutôt dommage car avec la fibre semi-aristocratique du personnage de Remy, on se demande bien quel nouveau versant obscur des arcanes de la société américaine elle aurait bien pu aborder. Elle restera ainsi figée en pleine gloire et dans les cœurs***** non sans s’être terminée sur un magnifique épisode où Eric aide des pensionnaires d’une maison de retraite à se faire la malle.

Une petite série horrifique comme on en fait plus donc, qui mériterait grandement une rediffusion dans les règles, aux côtés d’ailleurs de bien belles séries datant de la même époque, telles que Le Voyageur ou encore Les Contes de la Crypte.

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Nonobstant2000

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* le héros du Blow-Up d’Antonioni, et que Stanley Kubrick voulait pour son Napoleon , comédien atypique qui avait préféré les petites productions-bis à la gloire des spotlights. En tant que réalisateur, nous lui devons notamment l’excellent Survivant d’un Monde Parallèle (1981) qui anticipe et dépasse même de loin Le Sixième Sens de Night Shyamalan.

** encore une fois, surtout à cette période, beaucoup moins de nos jours – la tendance n’étant pas au regard sur soi j’imagine.

*** Signalons absolument l’excellent double-épisode 11 « A World Of Difference » consacré uniquement à Alamo Joe, le chasseur de primes, mais aussi au calvaire d’Eric au regard de son « animalité » toujours plus difficile à contrôler.

**** l’excellent dossier de Marc Toullec dans la revue Mad Movies de Février consacré à la série-phare Kolchak, The Night Stalker nous apprend d’ailleurs que Janoz Skorzeny était le nom du premier opposant récurrent du protagoniste, si ce n’est que dans ce cas-ci c’était un vampire. Autre coïncidence, l’interprète de Kolchak, le comédien Darren McGavin, aurait supplié sans succès les producteurs pour que l’intrigue se déroule « sur la route » comme c’est le cas pour Werewolf, dans des villes différentes et non dans la seule périphérie de Chicago, pour des impératifs de crédibilité essentiellement – ça faisait beaucoup de monstres au même endroit ! Sous bien des aspects, Werewolf est un peu ce que Kolchak n’a pas eu l’occasion d’être.

***** ce n’était pas encore à la mode, aussi elle n’a pas pu tomber dans les mish-mash bling-bling que l’on peut trouver dans les dernières saisons de True Blood par exemple, ou les ersatz de Buffy contre les Vampires que sont Teen Wolf justement, et autres Vampire Diaries où les créatures surnaturelles sont tous top-modèles au repos et à peu près aussi balèzes que les plus super des super-héros.

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!