Un film en un plan : Mad Max : Fury Road

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On va sérieusement manquer de superlatifs en 2015 pour porter Mad Max : Fury Road aux nues. Il faut dire que Miller a frappé très fort. Il a revisité le mythe, son mythe, en y insufflant une modernité qui balaye en 2h des années de productions hollywoodiennes mainstream. Sous nos yeux ébahis, le film nous sort enfin d’une torpeur dans laquelle les adaptations Marvel et autres productions fantastiques nous avaient plongé.

Nous étions tellement habitué au confort facile des salles obscures, à se contenter des mêmes ressorts scénaristiques et images fades, que chaque tentative maladroite de nous proposer un chemin un tant soit peu différent était accueilli avec une certaine allégresse. Mais avec Mad Max : Fury Road, on touche au sublime. Le réalisateur livre un concentré d’adrénaline dont on ne peut sortir qu’épuisé, vidé, mais en en réclamant encore.

Et l’irrévérence prend forme dès le titre du film. Mad Max. On s’attend à retrouver l’anti-héros que l’on avait laissé une trentaine d’années plus tôt, sous les traits nouveaux de Tom Hardy. Mais le personnage qui apparaît à l’écran est un Max muselé, attaché à l’avant d’une voiture telle une sirène sur la proue d’un bateau, immobile et vidé de son sang. On ne pouvait pas prendre la légende plus à contre-pied. Et annoncer la couleur aussi clairement : Mad Max : Fury Road ne sera pas le film d’un héros, il sera le film d’héros et d’héroïnes s’élevant ensemble contre une société dégénérée.

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Dans ce contexte, les rapports entre individus évoluent, se bâtissant autant sur la survie que sur la capacité à garder une part d’humanité. Et les femmes sont alors tout désignées pour devenir des guerrières, leur seule alternative étant un rôle de mère ou de putain. C’est donc avec leur corps déformés, par l’amputation ou la grossesse, et leur rage qu’elles s’affirment. Il n’est pas question pour autant d’opposition de sexe ou de genre, mais bien d’entraide et d’égalité. Bref, du vrai féminisme assumé.

Le plan où Max et Furiosa tirent tous les deux avec un fusil de sniper l’illustre parfaitement. Max tire une fois, puis deux. Il rate. Il passe l’arme à Furiosa, sans un mot, puis celle ci-vise, s’appuyant sur son épaule. Cette scène est l’aboutissement de la fusion des deux personnages, en une sorte guerrier pilote ultime.

Devenant les bras et les yeux l’un de l’autre, les deux personnages se transforment en cet être hybride, mue par la même force autant que par les mêmes peurs. En une chorégraphie muette, ils se rattraperont toujours sur le fil, empêchant les chutes au propre comme au figuré. En refusant l’objectification des individus voulu par Immortan Joe, Max et Furiosa transcendent leur relation, qui va bien au-delà de codes sexuels. Mais pour autant, celle-ci n’est pas non plus seulement basée sur la nécessité, elle est révélatrice d’un besoin plus profond de connexion avec l’autre.

Miho

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About Miho

Coincée depuis quelques années entre réalités parallèles et univers alternatifs, Miho se dit qu’elle aurait mieux fait de suivre des cours de physique quantique plutôt que de s’adonner aux dépravations estudiantines terrestres afin de retrouver son home sweet home. En attendant enfin une numérotation automatique "téléphone maison" sur son iPhone, son passe-temps favori reste la reproduction des masques de Leatherface et de Michael Myers au crochet.