Un film en un plan: Cat People

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Remake du chef-d’oeuvre de Jacques Tourneur, j’étais persuadé que c’était sorti après Les Prédateurs de Tony Scott mais en fait non. On lorgne en effet de la même façon vers une esthétique pub pour nous montrer les racines de la malédiction qui afflige nos protagonistes (on nous appâte même, oserais-je dire) condamnés à consommer de la chair humaine quand la nuit venue, ils se transforment malgré eux en félins (et qui les condamne à des rapports incestueux, car tout autre qu’eux n’est finalement que proie – mais je me trompe peut-être, si ça se trouve c’est juste une métaphore de l’aristocratie) pour nous rediriger vers une petite bleuette avec un gardien de zoo, et s’y attarder pesamment..

catpeople

Du coup ça fait un peu mal de voir Malcom McDowell patater en roue libre, et on pense rétrospectivement à Nastassja Kinski obligée d’en souper un peu plus avec l’inceste à la scène alors que c’est déjà le cas à la ville..Il y a bien une scène post-mortem assez sympatoche, ainsi que la reprise de la scène mythique de la piscine. Puis enfin une belle scène de transformation gardée bien au chaud pour le climax, mais à part ça.. alors, on se laisse pas aller hein, essayons de garder le moral et intéressons-nous plutôt à..

werewolfwoman

Daniella, une jeune fille ayant été victime de viol dans son enfance rêve qu’elle est un loup-garou, comme on lui a dit que l’une de ses ancêtres l’était. Troublée par le fait d’avoir surpris sa sœur et le mari de celle-ci en plein ébat, elle attire celui-ci dehors par une nuit de pleine lune pour d’abord se donner à lui mais surtout finir par lui ouvrir la gorge avec les dents – il se trouve que celui-ci ressemblait trait pour trait à l’un des villageois qu’elle a aperçu dans ses rêves, et qui avait contribué à la capture de son aïeule pour la – ahem brûler vive. Chose étrange, dans le rêve en question l’ancêtre sous sa forme lupuesque éclate la tête du dit-villageois avec la propre hache de celui-ci, alors que bon elle a des crocs et des griffes, c’est quand-même ballot.. Maladresse me direz-vous  ? Et bien je ne crois pas.. Daniella entamera par la suite une cavale effrénée où justement les griffes et les crocs qu’elle n’a pas seront sa seule arme – désolé de vous avoir peut-être mis l’eau à la bouche, point de transformation à la pleine-lune ici, il est seulement question d’un individu qui vient de basculer corps et âme dans la névrose.

Ce déplacement instable et explosif du désir trouvera sa résolution durant le périple de Daniella, mais le réel viendra jeter son grain de sel sur le court laps de temps à l’intérieur duquel elle avait trouvé un semblant de stabilité (avec un cascadeur!), et finira de pousser notre héroïne vers sa destinée tragique. De bien grands mots tout ça j’en conviens, car parfois certaines scènes de nudité un peu prolongées peuvent nous rappeler quelques productions érotiques cheap que nous ne connaissons tous peut-être que trop bien, et nous faire nous questionner quand au registre réel du métrage, mais cela contribue d’autant plus au charme de celui-ci quand il se met par contraste, à se la jouer sérieux (on notera au passage la présence d’une bande-son imbattable, oscillant justement sans sourciller entre musique de soap et afro-jazz disco). En effet le film finit par se démarquer franchement grâce à un emploi assez savant et surtout très progressif des plan-serrés et de la caméra portée. N’hésitant pas à obstruer entièrement la lisibilité du cadre mais jamais gratuitement, car il s’agit toujours de la continuité d’un geste, ou encore des perceptions qui se brouillent etc.. Ces choix de cadrages revenant régulièrement au fil du récit, discrètement d’abord puis de plus en plus appuyés, confèrent à celui-ci une dimension immersive assez efficace pour le spectateur, qui entrevoit ainsi d’assez près la détresse ainsi que la folie graduelle de l’héroïne. Werewolf Woman n’est sûrement pas retenu par les historiens du cinéma comme étant un chef-d’oeuvre, mais il est manifeste que tout ceux qui ont bossés dessus auront pourtant fait de leur mieux pour que ça en soit un..

Nonobstant2000

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