Critique: Maggie

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Rating: 2.5/5 (2 votes cast)

Maggie

de Henry Hobson

avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin

États-Unis / Suisse – 2015 – 1h35

Rating: ★★★☆☆

maggie

La mode du zombie flick, bien loin de s’être totalement évanouie, connaît tout de même, depuis quelques temps, une toute relative accalmie. Après en avoir soupé à toutes les sauces, y compris parfois les plus indigestes, la créature anthropophage en décomposition semble enfin avoir trouvé un certain repos afin de mieux pouvoir s’en extirper, certes en de plus rares occasions, mais, de nouveau, de manière beaucoup plus pertinente : la quantité ne fait pas la qualité ! Outre bien sûr la série The Walking Dead qui vient de voir s’achever sa très surprenante cinquième saison, dans les salles obscures et en DTV, le mort-vivant se fait plus discret, ce qui n’est finalement pas plus mal, tant il a souffert de son potentiel commercial soudainement découvert par une horde de costards-cravates incultes et décérébrés prêts à niveler par le bas le genre, à orchestrer progressivement et avec cynisme sa décrépitude, du moment que la thune facile coule à flot ! Le zombie s’est très vite vu vidé de sa substantifique moelle, se trouvant relégué au rang de bouffon cadavérique servant des comédies trop rassurantes pour être honnêtes pour (presque !) toute la famille, ce qui n’est pas nécessairement un mal, mais il s’agit tout de même de ne pas oublier l’essence même du monstre, essence fondamentalement politique, flirtant constamment avec l’abject. Vouloir ouvrir le genre à tous est démarche parfaitement louable, ceci étant dit, cela n’implique pas une baisse radicale des exigences, un appauvrissement de la mythologie et de sa signification. Mais trêves de péroraisons douteuses, venons-en au fait : il est ici question de Maggie, premier film de l’inconnu Henry Hobson, petite péloche américano-suisse indépendante, dont la sortie serait passée strictement inaperçue si sa tête d’affiche et co-producteur n’était autre que Arnold Schwarzenegger, ce dernier interprétant un rôle à contre-emploi à quelques mois de la sortie de Teminator : Genysis, émouvant, mélodramatique, argument imparable ayant déjà excité les critiques bien pensants le proclamant, avant même de l’avoir vu, plus grande composition de Schwarzie !.

Une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis. Afin de conserver un semblant de contrôle sur la situation, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, c’est là qu’ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde, seront abattus ou s’entre-dévoreront. Lorsque Maggie, 16 ans, est mordue, elle s’enfuit de chez ses parents. Son père, Wade, la retrouve à l’hôpital où il découvre la contamination de sa fille. Il décide de la ramener dans la maison familiale, de la protéger, et de rester près d’elle jusqu’à ce qu’elle se change…

Avant de pénétrer dans le vif du sujet, j’aimerai ouvrir une courte parenthèse sur un élément de réflexion, me semble-t-il intéressant, concernant le zombie : pour cela, il convient de se poser d’un point de vue général. Un arc narratif fondamental du film de zombie est celui qui consiste dans le fait de considérer que la condition de mort-vivant vaut, ou non, la peine d’être vécue. Certains préféreront abattre leurs proches et leur épargner ainsi une non-existence, une errance indigne, inhumaine et infinie ; d’autres, au contraire, pris de pitié, décideront de laisser partir ceux qu’ils aiment afin de les laisser vivre une vie partielle. Ainsi, le zombie est un être totalement imaginaire, cependant, son évocation suscite des sentiments puissants et dilemmes insupportables bien réels. Se trouver face à un proche mordu, contaminé, zombifié, renvoie inévitablement aux questionnements que nous pourrions éprouver face à un proche condamné ou dans un état végétatif irrémédiable, pris dans le tourment d’une lente agonie : c’est finalement le statut juridique de ces êtres réduits à un simple corps souffrants qui est entre autres choses posé, une interrogation éminemment présente au cœur des débats politiques contemporains.

La précédente réflexion est un point d’ancrage assez pratique pour aborder le film de Hobson. En effet, cet arc narratif, ainsi que nous le désignions plus haut, abordé à l’échelle de séquences dans nombre d’oeuvres traitant de la figure du zombie, est, dans Maggie, le thème principal qui guide le scénario, le questionnement qui le fonde. En cela, quand bien même l’écriture se révèle souvent assez pauvre, ce qui la porte, la réflexion sous-jacente et les émotions somme toute fédératrices qu’elle suscite, ne peuvent que toucher et donc impliquer fortement le spectateur. Ajoutons que la démarche du réalisateur est d’ancrer ces tragiques événements dans un cadre finalement très réaliste, proche du nôtre, plus en marche vers l’apocalypse que véritablement post-apocalyptique : la vie continue autant que faire se peut, ainsi, il n’est nullement ici question de survie mais de vie avec, vie avec la maladie, et vie avec les autres et non contre les autres, car, d’une définitive destruction socio-politique, il ne semble pas (encore) être question même si les quelques interventions des forces de l’ordre et la description faite de la fameuse quarantaine laissent imaginer une réalité bien plus glauque.

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C’est grâce à une mise en scène élégante, subtile, et au plus près de ses personnages, portée par une photo magnifique, que Hobson arrive, malgré quelques moments de flottement, à nous immerger dans son univers, à transmettre une émotion très juste et extrêmement sincère. Cependant, vraisemblablement plus occupé à brosser le portrait de la relation touchante entre ses deux protagonistes, il en oublie parfois son cadre, alors même que celui-ci, si il avait été un peu plus creusé, n’aurait fait que renforcé la puissance du propos. En dehors de ce constat qui entraîne parfois une once de frustration, la forme de Maggie est assez remarquable et soignée et arrive, contre toute attente, à contrebalancer un récit malheureusement trop faible. PG-13 oblige, la violence est souvent reléguée au hors-champs, mais le réel talent du jeune réalisateur fait de nouveau mouche, ne l’atténue jamais, et la déchéance progressive du corps de Maggie est douloureuse et, certes en de trop rares instants, se veut vraiment dérangeantes.

L’interprétation est également un point fort du film, tout du moins celle des deux têtes d’affiches, les personnages secondaires se cantonnant à n’être que des fonctions, pas honteux, loin de là, mais beaucoup trop peu approfondis pour pouvoir juger les choses autrement : Abigail Breslin est extrêmement attachante et Arnold Schwarzenegger est surprenant, campe un roc dont la solidité va être soumise à rude épreuve, la complicité qu’ils créent entre le père et la fille est d’une grande justesse et sert à merveille un final plutôt réjouissant et déchirant, tellement logique compte-tenu de la démarche initiée jusque-là, pessimiste et anti-spectaculaire, mais que d’autres, pour des raisons bassement commerciales, auraient préféré tirer vers le happy-end niais. Encore une fois, ce dernier élément témoigne de la profonde honnêteté du projet malgré ses défauts manifestes.

La conclusion au sujet de Maggie ne peut être que bienveillante : bien sûr, l’objet est bourré de maladresses qui nuisent vraiment à l’ensemble, il n’en demeure pas moins que l’expérience vécue reste tout à fait agréable, émotionnellement assez puissante, déborde d’une générosité et d’une honnêteté sans faille à toutes les strates de fabrication. Pour une première réalisation, Henry Hobson s’en sort avec les honneurs en proposant une approche relativement originale d’un genre ultra rebattue à défaut de le transcender, ainsi qu’une mise en image de l’ensemble des plus soignées. Il s’avère tout de même dommage de constater qu’au terme de l’aventure, autant le point de vue adopté initialement peut surprendre, ce qui suit, la narration brute dirons-nous, peine malheureusement à convaincre tant les diverses péripéties qui vont s’enchaîner manquent cruellement d’inventivité ! Reste malgré tout un vrai beau film de genre qui sait transmettre subtilement des émotions, ce qui est déjà suffisamment rare pour être vivement salué et apprécié !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.