Les Loups-garous en 10 films

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Le Loup-garou (The Wolf Man)

de George Waggner (1941)

THE WOLF MAN

Ce qui est bien avec les vieux films de monstres de la Universal, c’est que l’on n’est jamais trompé par le titre. Dracula, Frankenstein, La Momie… On est au moins sûr de ne pas se tromper de monstre. Le Loup-garou reste dans les canons habituels de ces prédécesseurs, offrant le rôle du garou à Lon Chaney Jr, fils de la star emblématique du cinéma fantastique muet américain. Moins majestueux que son illustre père, Lon Chaney Jr. renforce par sa bonhomie tout le côté sensible de son personnage, Larry Talbot, condamné à se transformer en bête meurtrière et faire du mal à ses proches suite à la morsure maléfique d’un autre lycanthrope. Du gros maquillage et des fondus font office de transformation mais le fond de l’histoire reste avant tout de pointer cette dualité qui sommeille en chacun des cœurs des hommes. Joe Johnston et Benicio Del Toro en feront un remake honorable (dans sa version longue) en 2010.

 

The Vug

La Nuit du Loup-Garou (The Curse of the Werewolf)

de Terence Fisher (1961)

LA NUIT DU LOUP GAROU

Dans sa relecture du bestiaire gothique, il était logique que la Hammer, une firme précieuse pour le renouveau de l’horreur en costume des années 60, s’attelle au loup-garou. Divisé en deux parties, La Nuit du Loup-Garou de Terence Ficher insiste en premier lieu sur la genèse du monstre. Une servante violée par un vieux marquis dégueulasse donne la vie à un enfant dont on ne tarde pas à comprendre qu’il aime bien gambader dans les prés la nuit pour croquer du bétail. Nous suivons ensuite cet enfant, devenu grand et imposant vu que c’est Oliver Reed qui l’interprète. Mais Oliver Reed ou pas, tout ce qui attend un mec qui souffre de loup-garoutisme (à ne pas confondre avec le garoutisme qui consiste à chanter du Garou en permanence), c’est une balle en argent à travers la tronche. Et c’est ça qui est dur pour les loups-garous : ils ne sont pas responsables et ils sont seuls. Et celui qui n’a jamais été seul – au moins une fois dans sa vie – me tire la première balle en argent.

 

The Vug

Werewolves on Wheels

de Michel Levesque (1971)

Werewolves on Wheels

Une bande de motards tombent dans les griffes d’un étrange culte et plus rien ne sera comme avant.. Le concept pouvait sembler alléchant, d’autant que les protagonistes sont de vrais bikers sans aucune expérience de la comédie et donc suivant les souhaits du réalisateur Michel Levesque, ils se contentent d’être eux-mêmes la plupart du temps, ce qui donne au métrage un joli petit cachet naturaliste parfois. Malheureusement, à part justement une assez bonne intro ainsi qu’une très belle scène dans une décharge publique (peut-être aussi pour des raisons de budgets), le réalisateur semble davantage intéressé par tenter de rivaliser avec les ambiances rituelles d’un Jess Franco que par sa propre trame, et le spectateur attend en vain les ravages sur les routes de ces lupus motorisés promis par l’affiche. Encore une fois, le début du film semblait prometteur et sous-entendait un dérouillage en règle du consumérisme par exemple, initiée par la scène de saccage de la station-essence -ainsi que la très belle scène dans une décharge publique – hélas l’intrigue s’empêtre dans les exécutions sans-fin d’auto-stoppeurs, pour au final ne revendiquer qu’un propos vaguement sataniste peut-être, mais surtout un peu fluet. Toutefois, depuis que je me suis demandé ce qu’un tel pitch donnerait entre les mains de Robert Rodriguez façon Planet Terror, j’en ai proprement perdu le sommeil..

 

Nonobstant2000

Le Loup-garou de Londres (An American Werewolf in London)

de John Landis (1981)

londres

Un lycanthrope est un humain capable de se transformer en loup, sous l’effet de la pleine lune. Cela peut-être dû à une malédiction, un rituel ou une morsure d’un loup ou d’un autre lycanthrope. Et c’est le postulat, basico-classique, choisi pour une adaptation urbano-moderne du mythe et de la figure fantastique. Créature d’entre-deux qu’est le loup-garou, le réalisateur confronte nature et culture, ville et village, mort et vivant. De deux américains en randonnée/camping dans la lande anglaise, Jack et David, une bête apparaît… De motifs moult fois utilisés pour les films fantastiques – le brouillard, les hurlements hors-champ (des victimes, comme des bourreaux), le reflet de soi, le cauchemard ou le dialogue avec des morts – Ils fonctionnent à perfection pour ce long-métrage, tendant par moments vers l’humour de situation ou la romance de jeunesse (le rapport infirmière/patient). Mais le procédé qui est surtout à noter est le travail plastique du corps, que ce soit pour les victimes déchiquetées (l’excellent travail de dépérissement corporel de Jack) ou la transformation de David, qui rappelle qu’au même moment, John Landis prépare le clip Thriller pour Michael Jackson…Et il n’oublie son l’époque, en montrant le Londres des années 80, à la population punk et à l’inflation sous Margaret Tchatcher.

 

Hamburger Pimp

Hurlements (The Howling)

de Joe Dante (1981)

HURLEMENTS

Belle année pour le loup-garou que 1981. Outre Le Loup-garou de Londres précédemment cité, il y a également le délirant Hurlements de Joe Dante qui remet la sexualité et la parité au centre du jeu tout en proposant un film du genre qui ne ressemble à aucun autre jusqu’alors. A la recherche d’un tueur en série, une journaliste va découvrir qu’il s’en passe des biens bonnes dans les bois qui jouxtent le camp aux mœurs très libertaire du Dr. George Waggner (tiens, ça me dit quelque chose ce nom…) Qui n’a pas envie de se faire lacérer le dos par une partenaire qui hurle à la lune ? Qui ? Dans Hurlements, les loups-garous niquent encore plus que les vampires (c’est le pouvoir du poil). Et surtout, les femmes s’y mettent aussi. Finie la lycanthropie machiste de papa, tout le monde à poil ! Surtout lors d’une séquence de transformation en direct à la télévision qui reste, à mes humbles yeux, l’une des meilleures du genre.

 

The Vug

La Compagnie des loups

de Neil Jordan (1984)

LA COMPAGNIE DES LOUPS

Ah les contes de fées et la psychanalyse… Le loup est la fête de cet étrange film de Neil Jordan, successions de séquences horrifico-oniriques où une jeune fille fait de nombreux rêves moites au sujet de la bête à poil. Qu’il soit en garou ou juste Grand Méchant Loup, le loup devient ici cet obscur objet du désir, un truc qui attire et qui fait peur, un peu comme les pucelles et le sexe. « Ton corps change, ce n’est pas sale » disait le Doc… Riche en scènes mémorables (des transformations à tout va, des images surréalistes, du gore), La Compagnie des loups n’a pour ainsi dire pas d’histoire à raconter, faisant succéder ses petites récits comme autant de contes dans un livre imaginaire. Avec son style visuel chiadé (des rouges vifs, des verts sylvestres, des jaunes brillants) qui deviendra la marque de fabrique de ses films fantastiques (Entretien avec un vampire, Byzantium), La Compagnie des loups reste l’un des trips les plus singuliers de la fantasy.

 

The Vug

Peur bleue (Silver Bullet)

de Daniel Attias (1985)

SILVER BULLET

Suite aux adaptations de Carrie, Shining et Creepshow, le producteur Dino De Laurentiis se penche sérieusement sur la trogne d’un gars que l’on nomme Stephen King. Après avoir produit le Dead Zone de David Cronenberg, il met sur les rails en 1985 une adaptation de L’Année du loup-garou en confiant la caméra à David Attias. Le réalisateur signera ici son seul et unique long métrage avant d’officier pour la télé dans des séries aussi cultes que variées comme Buffy, The Wire, The Killing, Deadwood, Soprano, Lost, bref la liste est longue. Stephen King, quant à lui, s’occupera d’écrire le scénario. Silver Bullet (traduit Peur Bleue chez nous…) est un teen-movie horrifique, dans la droite lignée de ce que pouvait offrir les productions Amblin des années 80. Dans une petite ville du Maine, des meurtres sanglants agitent la populace. Le jeune Marty (joué par Corey « Génération perdue » Haim), handicapé dans un fauteuil roulant tuné par son oncle (Gary « horse tooth » Busey), comprend vite qu’il s’agit d’un lycan, évidemment personne ne le prend au sérieux. L’introduction nous présente une ville typique, habitée par des gens souriant, qui saluent leurs voisins en les invitant à un barbecue. Mais très vite le verni s’écaille et cette Amérique fantasmée de carte postale se révèle en réalité gangrenée par la lâcheté, l’adultère, l’alcoolisme ou encore la violence conjugale. Silver Bullet fait parti de ses films qui dessinent des enfants plus intelligents que leurs aînés, des gosses qui ne pourront pas compter sur une figure rassurante et expérimentée pour s’en sortir et qui devront faire face à leur peur en solitaire. Vous prenez un peu de Goonies, un soupçon de Gremlins avec une pincée de E.T, le tout plongé dans une ambiance horrifique qui ne lésine pas sur le gore, et vous obtenez un sympathique petit film, certes classique, mais très attachant.

 

Gutbuster

Teen Wolf

de Rod Daniel (1985)

teen-wolf

Teen movie sur fond de basket, une tendance des années 80 et des années 90, au point qu’en 2000, une adaptation d’Othello prend ce postulat, nous regardons Michael J. Fox dans toute sa splendeur, un petit meneur gringalet en crise d’adolescent existentielle. Il est question de puberté et du corps qui change dans une ambiance à la californienne (Beach Boys en bande-son). En se transformant en loup-garou, Scott découvre que c’est héréditaire, le jeune joue mieux au basket et s’affirme plus, jusqu’à décrocher un rôle dans une pièce de théâtre. Réflexion sur l’identité (mieux vaut-il être en loup-garou ou en homme ?), l’idéal féminin (hésitation entre la reine du lycée et la meilleure copine, à votre avis, avec qui perd-il sa virginité ?) et la parenté (lien fils/père), le héros fait face aux passages obligés d’une séquence de bal (en clin d’œil au clip Thriller de Michael Jackson) et du morceau de bravoure qui est un match de basket contre son ennemi juré où l’arbitrage oublie qu’un lancer franc se fait sans décoller les pieds du sol. On est avant tout dans une comédie de genre plutôt qu’une déclinaison de la bête fantastique nocturne, devenant diurne pour l’occasion. Une suite avec Jason Bateman est faite, du lycée on passe à l’université…

 

Hamburger Pimp

Ginger Snaps

de John Fawcett (2000)

GINGER SNAPS

Ginger et Brigitte sont deux sœurs fascinées par la mort, et dont la préoccupation principale consiste à se mettre en scène à travers des photos de suicides. Une nuit, Ginger est mordue par ce qui ressemble à un Loup-Garou, avant que ce dernier ne se fasse écraser par le dealer du coin. Avec son aide, Brigitte tente de trouver un remède à la Lycanthropie de sa sœur. Sortie en 2000, Ginger Snaps est un de ces petits films qui serait tomber totalement dans l’oubli si sa réputation n’était pas flatteuse. Et effectivement, 15 ans n’auront pas terni son charme vénéneux et son univers fantastique qui semble tout droit sortie d’un jeu de plateau White Wolf. Reprenant la mythologie du Loup-Garou adaptée au monde moderne, la transformation de Ginger se confond alors avec le cycle menstruel et les hormones, le remède étant quand à lui traité d’un point de vu rationnel et incertain. On y trouve même un peu teenage movie, avec sa reine des abeilles se faisant jarter de sa place par une Ginger devenue une bombe sexuelle. Les affres de l’adolescence et ses métamorphoses ayant pour spectatrice la maman gâteau des deux sœurs, on pourrait également y voir une sorte de métaphore, sans pour autant que le doute ne soit permis sur les événement qui se déroulent sous nos yeux. Et la maison familiale de se transformer dans les dernières minutes en quelque chose de bien moins accueillant, jusqu’à un véritable crève cœur. Le superbe animatronique final nous rappel d’ailleurs que le Cinéma n’est jamais aussi vivant qu’avec de la bricole et des idées, et il est fort dommage que le réalisateur John fawcett s’en soit retourné à la TV après un excellent The Dark. Ginger Snaps aura une suite en 2003, un roublard « Unleashed » qui ne lâche pas grand chose malheureusement. Enfin un préquel se déroulant au moyen-âge, doté d’une ambiance réussi mais dont l’intérêt reste discutable. Restons en au film original, petit chef-d’œuvre qui reste invaincu depuis 15 ans.

 

Evilhost

Wallace et Gromit : Le Mystère du lapin-garou

de Nick Park et Steve Box (2005)
WallaceGromit
Délicieuse variation sur la lycanthropie, le second long métrage d’Aardman Animations met en scène le duo phare du studio d’animation britannique, Wallace et Gromit. Aimant comme à leur habitude jouer sur les codes du cinéma de genre, c’est à une thématique d’ordinaire réservée de fait à l’Horreur et au Fantastique qu’ils s’attaquent ici, le Loup-Garou, tout en parvenant à faire un film destiné au grand public. L’idée de génie pour y parvenir: faire un lycanthrope végétarien avec pour victime les fruits et légumes d’un concours local. Ainsi, les codes du genre sont conservés mais au lieu d’hémoglobine et de tripailles, ce sont de la compote et des pépins. Ajoutons à cela un autre motif d’un autre genre: l’inversion des personnalités, la lycanthropie résultant non pas d’une contamination mais d’une expérience scientifique foireuse. Le Mystère du Lapin-garou présente ainsi deux transformation, l’habituelle « homme devenant bête » et l’inédite « bête devenant homme », donnant lieu à un running gag hilarant. Toute l’intelligence des créatifs d’Aardman, parvenir à renouveler un genre en le rendant accessible à tous, par le biais de l’humour.
Lullaby Firefly

WolfCop

De Lowell Dean (2014)

WOLFCOP

Dernière tentative en date de remettre notre chère créature sur le devant de la scène, sur le papier WolfCop a tout pour plaire : un flic alcoolo d’une petite bourgade américaine se retrouve transformé en vous-savez-quoi et dans son enquête concernant sa propre malédiction, met à jour les forces occultes qui règnent en ces lieux. L’intrigue aussi bien que la mise-en-scène lorgnent sauvagement du côté des productions Troma, voire du Hobo with a Shotgun de Jason Eisener, mais de façon bien moins inspirée (de belles tentatives au niveau de la photographie cependant). Un générique carrément télévisuel à coups de surimpression de pentagrammes, ainsi qu’ un climax final frôlant de très près le pathétique nous font nous interroger sur les intentions réelles de la réalisation de Lowell Dean, à savoir si toute cette petite vibe indé bien sympathique ne serait pas utilisée opportunément comme simple marche-pied, car les formats de budgets n’excusent quand-même pas tout, et certainement pas certains choix narratifs. Les critiques seront assez positives dans l’ensemble, suffisamment pour lancer la préparation d’une suite. Pour certains, WolfCop a tout ce qu’il faut pour devenir culte, moi je demande encore à voir comment il va s’y prendre.

 

Nonobstant2000

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