Critique: Going Clear

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Going Clear : Scientology and the Prison of Belief

D’Alex Gibney

Avec Lawrence Right, Mark Rathbun, Jason Beghe, Paul Haggis, Sylvia Taylor, Sara Goldberg, Tony Ortega et Kim Masters

Etats-Unis – 2015 – 2h

Rating: ★★★★★

going clear photo

Vous je ne sais pas mais il m’a toujours semblé impensable de refuser de voir un film gratuitement, c’est très perso mais ce serait un manquement à plein de valeurs qui me sont chères (l’hédonisme, la culture, tout ça) mais quand du temps où je vivais sur Paris, je trouvais sur tous les capots de voitures des invitations pour des projections à l’Eglise Scientologue  du coin, là il y eût comme un blocage. Je suis peut-être passé à côté d’un petit chef-d’oeuvre de développement personnel si ça se trouve mais la peur d’être irradié au Xerelub-364B durant la séance a toujours pris le dessus. Mon libre-arbitre étant ce qu’il est, je ne pouvais pas, de mon plein gré, me rendre en un lieu où je risquais d’être lobotomisé à tout jamais. Je n’étais pas spécialement renseigné sur le sujet non plus, mais le peu que je savais avait suffit à me faire me tenir à l’écart. Cet excellent documentaire produit par HBO est venu clarifier beaucoup de choses que je pressentais, éclairant notamment d’un jour nouveau un film comme The Master de Paul Thomas Anderson, qui faisait référence à un moment très précis dans le parcours du Père Fondateur, Ron Hubbard.

Le documentaire repose pour beaucoup sur le livre d’un certain Lawrence Wright, détenteur d’un Pullitzer pour ses investigations sur le 11 Septembre, et  attaché au projet en qualité de producteur. S’attaquer aux Scientologues, réputés pour leur emprise tentaculaire sur les médias, ainsi que pour des méthodes dignes des Services Secrets ou de la Mafia concernant toute forme de critique n’était pas une petite entreprise, qui aura contraint les auteurs à prendre de multiples précautions pour recueillir les témoignages des anciens membres, ayant eux-mêmes été victimes de persécutions. Le titre, Going Clear fait référence à un statut bien particulier dans la hiérarchie scientologue, un stade bien particulier d’une initiation : après des donations exorbitantes et des années de formation, alors vous êtes considéré comme assez digne de contempler les notes écrites de la main du maître vous expliquant la source de toute création, que l’on doit donc à un certain Xenu, un Tyran Cosmique qui règne sur toutes les galaxies, dont notre planète n’est qu’une geôle parmi tant d’autres et chaque enfant qui naîtra dessus sera envahi par l’esprit des premiers prisonniers morts ; aussi pour parvenir au stade éclairé il faut se débarrasser de ces esprits qui etc etc..  (sur ce point de très très belles mises en images de la part de nos auteurs par contre !!)

Le mot « secte » n’est prononcé pour autant que très tard, mais c’est bien ce dont il est question par-dessus tout ici, une mécanique exemplaire d’endoctrinement dont les articulations ne nous sont que par trop familières, condensant à elle seule toutes les leçons de l’Histoire. Une fois pourtant que nous est présenté le parcours de Hubbard, tout le reste devient incroyablement limpide : sa première épouse nous explique tout à fait que pour lui, le meilleur moyen d’échapper à toute réglementation fiscale n’est autre que de créer sa propre religion, et pour le coup la messe est dite. Après une carrière militaire lamentable, n’oublions pas non plus qu’il fût pendant un temps l’assistant personnel de Jack Parsons, un fervent disciple d’ Aleister Crowley. Ainsi ses propres suiveurs, convaincus de participer à l’aventure de leurs vies se retrouvèrent à retaper un bateau sous une canya d’enfer avec pour seule compensation celle de se retrouver le soir à sa table, entraînés à la recherche des trésors qu’il avait « enterré dans des vies antérieures » tandis qu’en réalité il fraudait simplement le fisc.

Si l’homme apparaît en filigrane avide de la reconnaissance des grandes institutions médicales (qui elles, ne savent pas trop quoi lui répondre), il ne cessera également de questionner sa propre santé mentale jusqu’à sa mort. Mais il savait exploiter son prochain, ceci on ne peut pas le lui enlever. L’Eglise est presque aussi implacable avec ses ennemis qu’avec ceux qui constituent ses rangs, en même temps qu’il commençait de se rapprocher d’Hollywood, Hubbard mis en place des « camps de ré-endoctrinement » pour ses propres ouailles, mais déjà la discipline qui régnait au cours de ses croisières laissait présager immanquablement ce genre de futures dérives. Son successeur, David Miscarige (assistant personnel de Hubbard depuis l’âge de 13 ans) reprit tous ces préceptes d’une main de fer et atteignit un à un les objectifs que le Père Fondateur n’avait pu mener à terme de son vivant : victoire par ko à grands coups de pots-de-vins sur l’IRS ainsi la question de l’exemption fiscale ne se posera plus, et main-mise sur les hautes-sphères par le biais du star-system en faisant de l’acteur Tom Cruise leur porte-parole officiel – ce qui a l’air d’être carrément vivable, il paraît super content d’avoir son propre Club Med pour lui tout seul.

GOING CLEAR

Le documentaire expose brillamment le parcours et les méthodes de ces deux figures qui finalement seront victimes de leurs propres excès : l’IRS considère revoir sa position concernant l’exemption fiscale – ce qui signifierait l’arrêt de mort pur et simple de l’entreprise scientologue, et Miscarige ne donne plus d’interviews de peur de voir sa petite cuisine exploser au grand jour, qu’il ne peut plus démentir après la plainte déposée pour harcèlement par la conjointe d’un ancien membre retiré qui l’empêche donc d’invoquer le Premier Amendement. Ne vendons pas non plus la peau de l’ours c’est pas encore fait, la question de son impunité ou non demeurera certainement d’ailleurs un des grands leviers dans la configuration de notre cher  XXIe siècle. On savait dans les faits que les camps de concentrations fonctionnent en tant que micro-sociétés, on croyait en avoir terminé pourtant la Scientologie est l’exemple même de ce que le néo-libéralisme peut produire de pire en terme de société concentrationnaire, par des moyens qui ne sont pas sans rappeler ceux employés par les nazis : exaltation de la volonté de puissance ainsi que de l’idée de participer à une grande œuvre (pour le recrutement) ; abnégation totale exigée (quitte à rompre les liens avec votre propre famille s’ils sont évalués en tant que maillon faible); encouragements à progresser dans la hiérarchie avec « hautes responsabilités » à l’appui pour légitimer ensuite l’extorsion, cette bonne vieille dynamique de l’accueil inconditionnel puis du rejet qui ne peut « qu’être parce que vous l’avez mérité » ; je ne vous parle même pas des conditions de vie/travail/rendement (?) pendant tout ça car le témoignage de Spanky, la jeune fille qui a recruté John Travolta sera je pense suffisamment convaincant. Miscarige ne peut pas d’ailleurs pas s’empêcher de l’expliquer à un moment donné (en pleine gloire), à demi-mot mais avec un petit sourire en coin : la compréhension de la Toute-Puissance ne peut s’obtenir que par le biais d’une grande  soumission. Vraiment, un modèle du genre en terme de manipulation des masses qui n’en doutons pas, sera étudié un jour dans toutes les écoles dignes de ce nom.

                                                                                                                                                                                                                                 Nonobstant2000

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