Un film en un plan: The Seducers (aka Death Game)

 
 
 

Se retrouvant seul à la maison par un concours de circonstances, Georges entend bien chiller tranquillou tout le week-end. Toutefois, un peu plus tard au cours de cette soirée pluvieuse, deux damoiselles en détresse tombées en panne de voiture viennent sonner à sa porte lui demander si elles peuvent se servir du téléphone. Sans que Georges n’ai forcé les choses, tout le monde se retrouve à oilpé dans la baignoire. Georges réalise au petit matin que « les amis qui devaient venir les récupérer » ne sont pas passés car les jeunes filles sont toujours là et lui ont préparés un somptueux petit-dej aux chandelles. S’il n’y avait que ça, ce serait pas très grave, oui mais voilà elles se mettent soudainement à manger avec les mains et à lui parler comme à un clebs. A partir de là, « well, it escalated quickly »..

Dans son autobiographie de 1997, Sondra Locke dira que le réal Peter Traynor était à la masse du début à la fin, ne sachant jamais vraiment ce qu’il devait filmer exactement et quand il était à court pour une scène, lui demandait à elle ou à Collen Camp de casser un truc. Certes, le métrage a été conspué pour plein de raisons (scénaristiques, techniques, ..et encore ça se discute, j’y arrive mais le film n’en demeure pas moins considéré comme « un simple film d’exploitation ») alors on pourrait dire qu’il a été fichtrement bien rattrapé. Quand on sait qu’elle, Camp et Traynor sont les producteurs exécutifs du remake imminent (mais bizarrement, jusqu’à maintenant, jamais officialisé en tant que tel) par Eli Roth, Knock Knock, on se demande si l’ex-compagne de Clint Eastwood n’aurait pas un peu l’anecdote facile..

lundi

Que les conditions de tournage, elles, aient étés déplorables on ne peut pas en douter. Si au visionnage vous avez l’impression que les répliques de Seymour Cassel ont étés rajoutées en post-production avec une autre voix, c’est normal parce que c’est effectivement le cas. Tout fâché qu’il était par le foutoir ambiant il refusait de lancer ses répliques – on peut même déduire vaguement ce qu’il disait en vrai, au vu des supplices qui lui sont infligés.

En ce qui concernerait un éventuel vide scénaristique, là par contre je m’interposerais. Les motivations des deux bourreaux féminins ne sont jamais explicitées mais les performances des comédiennes suffisent à pallier à toutes les interrogations. Colleen Camp patate joliment dans des tirades de femme-enfant dépendante et éplorée, et passe du tac-au-tac à une violence sauvage devant le manque de réactions de Cassel. C’est une constante assez récurrente dans l’interprétation des psychotiques à l’écran – pensons notamment à la performance de Michael Rooker dans Henry, Portrait of a Serial-Killer de John McNaughton où son personnage ne donnait jamais deux fois la même version concernant son enfance malheureuse pour justifier ses actes, détail qui étrangement sera pertinemment repris par Heath Ledger dans son interprétation du Joker dans The Dark Knight. Quand Georges leur demandera d’ailleurs pourquoi elles se comportent comme ça, Sondra Locke lui répond juste que « il ne pourrait pas comprendre », et finalement c’est pas plus mal de laisser des zones d’ombres plutôt que de courir le risque d’une explication bancale : les comédiennes peuvent bien partir en vrille dans tous les sens, l’omniprésence de la chanson du générique « My Dear Old Dad » suffit à nous éclairer sur les intentions de l’effet recherché, et l’on devine bien assez quel genre de compte à régler elles peuvent avoir vis-à-vis du conformisme. Je ne vous spoile pas non plus la réflexion sur la violence gratuite, elle se trouvera elle aussi justifiée, de façon tout à fait absurde et inattendue !

Pour le reste, je ne sais pas ce que l’on reproche à la mise-en-scène parce que en ce qui me concerne, les prises de vues et les cadres à la caméra délicieusement flottantes, les transitions de scène-à-scène par sur-impressions judicieuses ou inserts (notamment une très belle courte séquence hallucinatoire) ainsi que les éclairages m’ont laissés littéralement pantelants. Et pour en revenir une dernière fois avec la légende des conditions de tournage, il y a finalement très peu de scènes qui tournent à vide, le montage rattrape très bien tout ça et nous laisse entrevoir au contraire l’éventail de la recherche formelle de Peter Traynor. Bref, je ne sais pas si la sortie du remake légitimera une ré-édition de l’original en version restaurée, mais ça mériterait. Vraiment.

Nonobstant2000

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Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!