Critique: Showrunners

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Showrunners: The Art of Running a TV Show

De Des Doyle

Avec J.J Abrams, Matthew Carnahan, Steven S. DeKnight, Janet Tamaro, Jonathan Nolan, Kurt Suter, Joss Whedon…

Irlande – 2014 – 1h30

Rating: ★★☆☆☆

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Cela peut paraître incroyable ou inconcevable auprès d’une certaine audience, mais aux USA les scénaristes de comics, quand ils ont vraiment (je veux dire VRAIMENT) du succès, ont une aura assez proche de celle d’une rock-star, et pour certains le train de vie qui va avec (!). Le showrunner, ce statut tout récent qui sert à désigner l’entité créative derrière les séries télévisées est en train d’accéder à la même notoriété. Comme le dit d’ailleurs l’un des intervenants, le temps où les scénaristes restaient éternellement dans l’ombre de leurs projets est aujourd’hui révolu, c’est une reconnaissance toute nouvelle mais qui s’explique logiquement : la série tv commence enfin comme être reconnue comme fort d’Art à part entière après avoir été longtemps considérée comme le rejeton indigne du cinéma ; tout comme les comics (avec le croisement opéré entre littérature et dessin, photographie et peinture) elle est devenue peu à peu un terrain d’expérimentations ambitieux. Si l’on s’intéresse aujourd’hui aux showrunners c’est parce qu’ils sont souvent à l’initiative créatrice du projet-même, et qu’ils le portent à maturité en supervisant autant la direction artistique que les questions de budgets, une sorte de mutation du statut de producteur exécutif pour donner un être hybride moderne, mélange de sensibilité artistique et de pragmatisme budgétaire.

Le documentaire de Des Doyle arrive à la fois trop tôt et trop tard, mais surtout le plus gênant c’est qu’il en a rien à caler : tout le monde sait déjà ce que c’est qu’un showrunner, aucun petit rappel historique à propos de figures telles que Rod Steiger (La Quatrième Dimension) ; Patrick McGoohan (Le Prisonnier) ou encore le tandem David Lynch/ Mark Frost (Twin Peaks). Du fait du parcours de l’un des intervenants, David Chase pour Les Sopranos est vaguement mentionné quelque part. Des incontournables comme David Simon pour Sur Ecoute, ou encore Vince Gilligan et Breaking Bad, pfft, z’existent pas. Réalisé en 2014, il passe également à côté des succès de l’année précédente , qui l’Histoire nous le confirmera j’espère, aura été une année de renouveau et d’expansion comme on en avait pas vues depuis longtemps (True Detective ; Hannibal ; Fargo ; Rectify ; The Affair ; The Leftovers ; The Knick ; Penny Dreadful ;…non?) on se retrouve au final avec ceux dont il a pu pécho le téléphone apparemment et en fait, il s’avère que c’est loin loin loin d’être si glorieux. Il y a un côté « tout le monde sait de quoi on parle ok ? (toi aussi public?) alors on y va, on va parler » pour au final ne pas dire grand-chose..

L’éventail du spectre des registres des intervenants est assez large, et il n’est pas question ici de « dimension auteurisante » plus qu’une autre, mais les différences d’approches se font sentir d’elles-mêmes, il y a ceux qui se font encore des blagues sur « celui qui est le mieux payé » ou sur « qui sera encore là l’année prochaine » (le showrunner de Men of Certain Age, et on ne peut s’empêcher de lui souhaiter ce qui lui arrive) ceux qui sont là pour les thunes (le crew de Person of Interest) quelques vétérans qui ont des anecdotes sympas, ceux qui n’en reviennent toujours pas de leur success-story (Janet Tamaro) et ceux qui au contraire savent de quoi ils reviennent, et là c’est un peu plus intéressant : Kurt Sutter pour Sons Of Anarchy, Shawn Ryan pour The Shield ou encore Steven S. DeKnight pour Spartacus. On comptait un peu sur les grandes figures pour relever le niveau, malheureusement les interventions de Joss Whedon sont plutôt rares, cordial mais distancié.J.J Abrams n’apparaît que de façon indicielle, pour parler de son statut tout récent qui l’est tout autant, lui qui n’est plus dans ce bain-là. On ne sait pas non plus si les autres intervenants savaient que Damon Lindelof serait invité, en tout cas il continue de se faire allumer à gauche à droite par le reste de la profession, c’est juste pathétique.

On nous dit que showrunner c’est un métier compliqué, la pression est énorme, au début on travaille pour vous quand personne n’y croit et plus ça va, plus vous finissez par travailler pour les autres car ils veulent creuser le filon maintenant. Ah ouais, pis aussi : « c’est triste quand ça s’arrête » – sous vos applaudissements. Les réalités concrètes du boulot, on ne sait toujours pas vraiment. Il n’y a que Matthew Carnahan de House Of Lies qui semble avoir offert le tour de limousine : du matin très tôt le café StarBuck dans la main expliquant en quoi la série de romans lui avait semblé intéressant (dans un monde où Mad Men n’existe pas apparemment, là c’est moi qui chipote mais ça doit être une règle chez les créatifs, si on veut vraiment avoir l’air unique et original, mieux vaut ne pas parler de ce qui existe déjà ou de ce qu’il y a eu avant) aux sessions d’écriture -où il a l’humilité de tirer sa casquette à sa productrice, du plateau de tournage à la salle de montage, c’est plutôt sympa mais ça reste encore succin.

Le sujet méritait davantage, le sujet méritait mieux.

 

                                                                                                          Nonobstant2000

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