Critique: Massacre à la tronçonneuse – La Nouvelle génération

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The Return of the Texas Chainsaw Massacre

De Kim Henkel

Avec Renee Zellweger, Matthew McConaughey, Robert Jacks, Tonie Perensky, Joe Stevens, Lisa Marie Newmyer et Tyler Shea Cone

Etats-Unis – 1994 – 1h35

Rating: ★★★★☆

MASSACRE A LA TRONCONNEUSE LA NOUVELLE GENERATION

Parlez de ce film aux vrais puristes de l’ oeuvre de Tobe Hooper et ils pourraient je pense, entrer en combustion spontanée sous vos yeux. Et ils auraient raison ! A la trappe toute la charge subversive de l’original au profit d’une assimilation dans des registres tout à fait balisés, de leur époque assurément, ce qui n’a pas dû être de tout repos lors du visionnage en salles mais qui par les temps qui courent peuvent apparaître presque comme une bénédiction aujourd’hui. Il faut oublier toute filiation avec le matériau original, et imaginer que cette sympathique petite comédie gore sort de nulle part, ainsi la source première n’ en ré-apparaîtra peut-être que d’autant mieux. Mais pour cela, il vous faudra des chips.

L’ouverture s’imposât d’emblée pourtant prometteuse, avec une séquence de bal de promo fichtrement bien envoyée à pleins de niveaux : des personnages secondaires que l’on aurait assurément aimé voir davantage (la surveillante, la bonne copine complètement perchée ; de courtes apparitions mais de belles performances) ainsi que des petites choses dans la mise-en-scène et le montage plutôt bien sentis, qui laissent présager de grands moments. Pas grand-chose, des petits trucs : un petit tour de passe-passe en un mouvement de caméra avec deux étudiants qui se chamaillent autour d’une voiture et qui à lui seul vient compenser un décor et une figuration dont le cheap menaçait de remplir l’écran, puis un enchaînement de plans plutôt bien envoyés lorsqu’un des personnages rattrapera la voiture de ses potes pour une escapade dans les bois qui les mènera tout droit chez la famille Leather. Là encore les dialogues sont consistants et on a plaisir à assister à toutes ces petites interactions malheureusement, la deuxième partie souffre quelque peu d’une perte de qualité sur ce point, et c’est là que ça devient tout de suite rageant car avec autant de qualité à la seconde sur tous les paliers, on tenait la pépite.. Autant les nouveaux personnages sont très bien installés d’emblée (la standardiste exibi mais pragmatique ; le frère qui ne s’exprime que par citations) autant ils ne sont que très peu déclinés par la suite. Pire, il n’y a que McConaughay qui lui, semble carrément avoir été privé de toute ligne directive (« nân toi t’auras qu’une prothèse hydraulique et c’est tout ») et qui se retrouve à devoir surenchérir toujours plus dans l’exubérance, même si l’on finit par comprendre que son personnage est plus complexe qu’il n’y paraît. Bon ceci dit il fait peur, ça y a pas de doutes.

La mise-en-scène par contre n’en finit pas de tenir ses promesses et enchaîne les moments de bravoure qui nous extirpent du côté comédie à grands coups de réalité abrupte pour aboutir à une superbe scène dans la cuisine, repoussant les frontières de l’hystérie, superbement conduite, et qui souffle carrément la vedette à ce qui aurait dû être le clou du spectacle, le fameux dîner familial, juste après. On a donc le petit-ami de Renée Zellweger écrasé sous le camion, ça va, mais quand c’est la pimbêche qui se fait attraper et jeter au pied de l’escalier pour ensuite terminer sur un croc de boucher (non sans avoir été mise au freezer) dans un enchaînement de plans subjectifs d’une grande maestria, là c’est le moment où le film commence de changer de rythme et d’aborder pleinement son registre. Avant ça on aura eu droit tout de même à une superbe tirade des plus classieuses sur les jeunes filles qui ne se marient que pour accéder à un certain niveau de vie, il fallait tout de même le signaler car de plus, la comédienne Lisa Marie Nemyer n’aura plus trop l’occasion de briller par la suite, et c’est vraiment la dernière pièce de ce que le film avait de mieux à offrir en matière d’écriture. Bon c’est un petit peu notre sujet en même temps, le point de vue des teens sur le monde adulte, l’union, la famille, tout ça.. C’est ce que tentera d’ailleurs d’expliquer le mystérieux Agent Rothman, notre Deus Ex Machina qui apparaît tout d’abord pour vérifier si tout le monde se tire bien les cheveux correctement, puis une dernière fois pour s’excuser auprès du personnage de Renée Zellweger, « tout ceci se voulait une expérience initiatique, spirituelle..mais vraiment cette famille, ils sont ingérables ». C’est sur cette conclusion d’esthète que le film se terminera, une dernière touche finale visionnaire, une dernière fulgurance qui préfigure des franchises comme Hostel, le pressentiment que le registre a été poussé aussi loin que l’on pouvait et qu’il devait maintenant être « repensé » et surtout s’ouvrir désormais sur un autre pan de la réalité, que l’on ne peut plus mettre uniquement sur le dos des antécédents familiaux mais qui relève bel et bien de l’horreur prise-en-charge,« organisée », à titre de divertissement.

Aussi, je ne saurais trop le répéter, au lieu de trop chercher ce qui renoue avec les fondamentaux de Hooper et qui ne seront par ailleurs qu’à peine abordés, réjouissons-nous de quelques beaux-moments où la mise-en-scène s’avère d’une qualité inespérée, et apprécions le spectacle pour ce qu’il est : de beaux-moments de poursuites, car certaines ne sont pas sans rappeler le burlesque d’un Dante ou d’un Zemeckis (la poursuite sur le toit) où l’on réalise surtout qu’il n’y a pas trente-six endroits dans cette histoire, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils seront mis à profit, notamment la maison de la famille Leather donc, car on y entre et sort par tous les endroits possibles avec une inventivité qui force le respect. Enfin et surtout, on finit par remarquer le travail stupéfiant sur la photographie, ne reposant uniquement que sur la bichromie bleu et ocre (les couleurs de la garde-robe de Bruce Campbell dans les deux premiers Evil Dead ?) et qui avec une élégance incroyable vient conférer discrètement au tout une unité formelle assez imparable. N’enterrons donc pas ce segment non-désiré trop hâtivement, il y a certainement des codes narratifs et certaines spatialisations que vous avez dû voir se balader encore de nos jours.

 

Nonobstant2000

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