Critique: Astérix – Le Domaine des dieux

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Astérix : Le Domaine des dieux

De Louis Clichy et Alexandre Astier

Avec Alain Chabat, Alexandre Astier, Roger Carel, Élie Semoun, Philippe Morier-Genoud…

France – 2014 – 1h25

Rating: ★★★★☆

 

3

 

A court d’idées, Jules César échafaude un plan cauteleux afin de soumettre la dernière petite tache située au Nord-Ouest de la carte de France. Construire un quartier résidentiel tout autour du village d’Astérix et ses amis. De cette manière et grâce au mode de vie citadin huppé de Rome, l’Empereur espère séduire les Gaulois et les transformer peu à peu en citoyen romain.

La France forme des experts en animation de talent, si bien que les studios américains viennent les débaucher en squattant les portes d’entrée des écoles comme Supinfocom ou encore Gobelins. Le groupe M6 entend bien profiter de ces nouvelles têtes, des talents de demain made in cocorico en voulant exploiter la branche film d’animation « à la Pixar ». Pour ce premier essai, M6 Studio a eu la brillante idée d’aller chercher Alexandre Astier et Louis Clichy (ayant œuvré chez Pixar en temps qu’animateur sur Wall-E et Là-Haut !) pour une adaptation 3D d’Astérix (Le Domaine Des Dieux, 3D, ha ha ha !). Très vite, les deux compères se partagent les tâches, Astier s’occupe du scénario et de la direction d’acteur, alors que Clichy s’occupe de l’animation. La mise en scène quant à elle se fera à deux, Clichy et Astier se découvrent complémentaires durant le processus de mise en image (sans pour autant éviter les prises de becs, du propre aveu d’Alexandre Astier).

Le Domaine des dieux est une brillante réussite. On sent le film bien pensé, bien bossé, dialogue et scénario hypers carrés, mise en scène soignée, bref un très bon animé. Cependant, si Clichy et Astier connaissent par cœur leurs leçons, il manque cependant la petite cerise sur le gâteau, la petite touche qui fait qu’on passe d’un très bon film à un chef d’œuvre. Comme savent si bien le faire les gens de chez Pixar, justement.

Astier a bien potassé Vogler et Le Héros aux mille et un visages doit toujours traîner sur sa table de nuit. Le créateur de Kaamelott et Clichy ont étiré l’histoire de la BD pour l’adapter sur quatre-vingt-dix minutes tout en réussissant à l’épurer. En même pas dix minutes, ils présentent le méchant, son plan, nos héros et le contraste des deux univers : L’un froid, blanc, statique, habillé de marbre et de brique ; l’autre coloré, joyeux, énergique et vivant. C’est aussi ce contraste que Clichy exploitera visuellement, ainsi les bâtiments carrés et les colonnes blanches aux traits droits viendront casser la forêt verte et la nature ronde et sinueuse qui entourent le village d’Astérix et Obélix. Alexandre Astier aime voir ses héros en difficulté, c’est ce qui l’intéresse le plus dans le processus d’écriture, selon lui, il faut que le héros soit au plus bas pour que le troisième acte (lorsqu’il remonte la pente) soit plus percutant. On comprend pourquoi Le Domaine des dieux était intéressant pour Astier, il fait parti des rares volumes d’Astérix où le village est vraiment en danger, où nos héros sont à deux doigts de perdre la bataille. César frappe là où ça fait mal, il place un ver dans la pomme et la laisse pourrir de l’intérieur.

Mais la formule est bien connue, pour faire un bon film, il faut avant tout un bon méchant. Et visuellement, toutes les scènes de Jules César sont somptueuses. Sortant de l’obscurité des colonnes de son palais avec un rire diabolique, noyé dans l’ombre de l’énorme statue d’aigle royale qui le surplombe, jamais Jules César aura eu autant de classe dans Astérix, tout média confondu. Là encore, la mise en scène met en valeur sa présence de manière exemplaire, comme on peut le voir lors de la scène où tout semble perdu pour notre héros. L’ombre et la main qui s’apparente a des griffes de l’Empereur couvrent le petit gaulois, une très belle scène.

2

Finalement, cet opus animé respecte minutieusement l’esprit de la BD. C’est une adaptation moins libre que ce qu’avait pu faire Alain Chabat avec son Mission Cléopâtre. On a droit aux dialogues savoureux qui caractérisent le style Astier (ainsi que quelques acteurs de Kaamelott), mais ce dernier s’efface humblement derrière l’esprit Goscinny. Peut-être même un peu trop, d’ailleurs. Alors que Clichy de son côté a réussi à animé un des plus beau film d’animation made in France. C’est un régal pour les yeux, les textures sont splendides et le pari de faire vivre nos héros gaulois en image de synthèse et en 3D est réussi haut la main. Il a su garder les bonnes formes tout en trouvant le juste milieu entre les détails et les gros traits qui font le charme de la BD et du travail d’Uderzo. Le casting est impeccable, Roger Carel est indissociable d’Astérix, alors que la voix d’Obélix reste assez décevante malgré les efforts du comédien. Le personnage d’Élie Semoun s’accapare des meilleurs gags, celui d’Astier doit gérer une bande de débiles profonds (pour changer !). Si vous aimez les aventures du petit moustachu et du gros (qui n’est pas gros, mais en relief !), vous ne pouvez définitivement pas passer à côté de Astérix : Le Domaine des dieux.

 

Gutbuster

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