Les séries WTF – Partie 2: depuis les années 2000

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Bienvenue dans le fucked-up world du veu-teu-feu avec la suite et la fin de notre dossier les Séries WTF.

  • RABBITS (2002)

RABBITS

Aperçu dans Inland Empire, Rabbits est à l’origine une web-serie en huit épisodes assez courts disponibles uniquement sur le site-web du Maître où celui-ci achève la fiction proprement et sans bavure en lui faisant le coup du lapin. Les paramètres du sitcom sont réduits à leurs éléments les plus essentiels : un lieu unique, trois personnages anthropomorphiques (cet élément à lui seul pourrait faire de Lynch le réalisateur tout désigné pour adapter la bd culte d’ Art Spiegelman, Maus) déclamant des propos existentiels ou abscons (parfois les deux) soulignés par des rires et des applaudissements pré-enregistrés, le tout sur une bande-son crépusculaire et mélancolique rappelant celle de Mulholland Drive. Parfois le mur du fond prend feu, parfois c’est Satan lui-même (ou bien son cousin, après tout je ne sais pas) qui vient parler la bouche pleine, en tout cas une catastrophe est imminente et elle finit par arriver. David Lynch semble nous dire que la fiction est allée aussi loin qu’elle le pouvait, parfois c’est un peu au monde de changer.

 Nonobstant2000

 

  • JOHN FROM CINCINNATI (2007)

JOHN FROM CINCINNATI

Imperial Beach, petit paradis des surfeurs non loin de la frontière mexicaine, l’arrivée de John, sorti de nulle part, vient impacter la vie de la famille Yost qui en tant que telle, pousse assez loin la notion de « dysfonctionnelle » : le grand-père lévite de temps à autre, le fils est toxico, son ex-femme est une star du porno et a abandonné leur enfant Shaun à la naissance sur le pallier des grands-parents. Viennent se joindre à tout ce beau monde une belle galerie d’abîmés (les locataires et le proprio de l’hôtel où réside le fils, ainsi que quelques amis : une vendeuse bonne copine qui sert un peu de grande-soeur à Shaun, un flic à la retraite qui parle à son perroquet, un survivaliste, ainsi qu’un médecin qui a vu Shaun revenir d’entre les morts et un dealer qui écoute du Céline Dion). John ne s’exprime qu’au travers des mots qu’il entend , exauce les vœux du fin fond de ses poches, les morts parlent de temps à autre par sa bouche et quelques fois il se déplace même par projection astrale. Il ne cesse de dire que « la fin est proche » mais ce n’est pas toujours une mauvaise nouvelle en soi. Il encourage également tout un chacun à « voir Dieu » et ça fait plutôt un drôle d’effet. Est-ce un simple automate de la Karma Police ou bien juste un p’tit gars trop porté sur le speak-easy ?

 

Une belle réflexion sur les rescapés du Rêve Américain, ainsi que sur les notions de famille construites, déconstruites voire mal-réparées qui malheureusement n’a pas vraiment trouvé son public (bien que l’épisode final aie cartonné l’audimat) avec une belle brochette de comédiens issus du grand écran (Bruce Greenwood ; Rebecca De Mornay) mais aussi du petit (Luke Perry ; Emily Rose et Mark-Paul Gosselaar)

 

 Nonobstant2000

 

  • COMMUNITY (2009)

 

Apparu sur les écrans 2009, rien ne prédisposait Community à sortir du lot. Son format sitcom et son pitch –  un avocat sans diplôme se retrouve sur les bancs d’une fac publique avec un groupe d’étudiants bizarres – laissait même craindre le pire. Pourtant, dès la première saison, Community laisse entrevoir son potentiel délirant. Son créateur Dan Harmon, sort rapidement des blagues classiques et de l’échange de vannes pour introduire une dimension méta à la série.

Chaque épisode devient alors ultra référencé (Les Affranchis, Doctor Who, Law and Order, etc.), clin d’œil permanent à la pop culture comme au cinéma?.

Si les personnages sortent progressivement de leur zone de confort déterminée par les clichés qu’il sont censés incarner (la noire chrétienne, le vieux raciste, la jeune ingénue, etc.), c’est en grand partie grâce à Abed. Catalyseur de la folie ambiante, ce personnage souffrant du syndrome d’Asperger n’a vécu qu’au travers de la télé durant des années, celle-ci devenant sa seule grille de lecture du monde.

Mais loin de tourner en dérision ses références ou son personnage pivot, Harmon joue la carte du premier degré. Et c’est cela qui fait la force de Community : la capacité donnée au  spectateur à s’immerger complètement dans l’exaltation générale, que ce soit lors d’une partie de painball ou de la construction d’un fort en couvertures. Les épisodes se construisent alors au fur et à mesure des saisons de plus en plus comme des stand-alone (avec par exemple un épisode uniquement en stop-motion – Abed’s Uncontrollable Chrismas) et tendent vers une abstraction de son medium hautement jouissive.

On regrettera donc une saison 4 déplorable quand NBC a l’idée brillante se débarrasser de son show runner, Dan Harmon. Et si la 5 remonte un peu le niveau, la chaîne arrête la série faute d’audience. Mais loin d’en être à son dernier rebondissement, une sixième saison de Community (diffusée le 17 mars prochain) et un film seront finalement produits par Yahoo Screen. « Six seasons and a movie » : encore une prophétie signée Abed.

 

Miho

 

  • REGULAR SHOW (2010)

REGULAR SHOW

Mordecai est geai bleu, Rigby est un raton-laveur. Ils ont tous deux 23 ans et travaillent dans un parc, ce sont des slackers: des sortes de fainéants qui se la jouent cool. De là, on perçoit quelque chose de basique avec une point d’originalité. Alors si ajoute que leur patron est un distributeur de bonbons anthropomorphe excellent batteur s’appelant Benson, secondé d’un Yéti nommé Skip, eux-mêmes sous les orders d’un petit vieux à tête géante (style Miyazaki) s’appelant Pops. Enfin ajoutons que leurs amis sont un Hulk obèse nommé Monsieur Muscle et un fantôme prénommé Fantôme Frappeur, ça deviant louche… Tour à tour nous visionnons des enquêtes à la limite du paranormal (ce n’est déjà pas suffisamment compliqué…) alternées avec des idylles romantiques (de références comme Grease  ou Karate Kid) et des accidents de travail qu’il faut résoudre. L’absurde y est la règle, comme la névrose de Mordecai s’entrechoquant avec le je-m’en-foutisme de Rigby. Pour finir, ce sont surtout des histoires fantastiques que l’on regarde, tantôt imprégnés de science-fiction (les mondes parallèles, les autres dimensions…).

 

Hamburger Pimp

 

  • ADVENTURE TIME (2010)

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Y a quelques années, une pote à moi squattait chez moi et m’avait conseillé de mater Adventure Time, une série Cartoon Network qui avait l’air ma foi assez psychédélique. J’ai traîné pour me lancer, mais un soir où j’me faisais chier, j’ai regardé le premier épisode.

Ce soir là, j’ai découvert la série qui deviendrait ma troisième série préférée après Les Sopranos et The Wire.

Ca parle de Finn et Jake, un enfant, le dernier humain, et son meilleur pote, un chien magique qui font des aventures dans un monde post apocalyptique. La particularité de ce monde étant qu’au lieu d’avoir un univers dévasté à la Mad Max, nous avons un univers inspiré de la Fantasy avec des bonbons qui parlent, des chateaux, des princesses de toutes les couleurs, des pingouins appelés Gunther et un des méchants les plus touchants et sensibles qui soient, Ice King.

La série propose un ton que je n’avais jamais vu jusque là et que je n’ai jamais retrouvé ailleurs.

En effet, en plus d’être drôle et mignon comme toute bonne série grand public, Adventure Time est une ode à l’imagination. Chaque épisode dure 10 minutes et propose à chaque fois d’explorer un nouvel aspect de cet univers complètement fou ou une parcelle de l’âme de ses personnages.

Ce qui est génial aussi avec cette série, c’est qu’à une ou deux exceptions près, les personnages ne sont pas genrés et sont hyper ambivalents.

C’est quand même une série pour gosses où on a un hommage à « Un Après Midi de Chien » avec un cookie garçon qui veut devenir une princesse et se fait aider par nos deux héros.

Y a beaucoup d’épisodes qui mont tiré des larmes, notamment dans ce qui touche au Ice King et sa relation avec Marceline, la vampire rockeuse mélancolique.

Je ne veux pas trop vous en dire, mais surtout vous pousser à regarder ce chef d’oeuvre télévisuel sans pareil.

Pour ma part, Finn & Jake sont les héros d’un univers que je retrouve toujours avec hâte.

 

Skreemer

 

  • LE MONDE MERVEILLEUX DE GUMBALL (2011)

GUMBALL

Cette fois-ci le merveilleux prend un grand angle : Gumball, un chat bleu de 12 ans, découvre que son poisson rouge domestique, Darwin, a des bras et des jambes qui poussent. Ce dernier devient le troisième enfant de la famille, il y a petite sœur lapine prénommé Anaïs (le père est lapin, la maman chatte) et va s’inscrire à l’école. Les camarades sont des fantômes (Carrie), des plantes vertes (un cactus et une marguerite), un cerf, un ballon et même un tyrannosaure. Et de variété de personnages issus d’univers distincts, ma référence à Burton s’explique que le mélange de ces créatures passe par une variation du support et de la matière. En clair, des personnages 2D vont côtoyer des personnages 3D, des personnages pâte à modeler, des personnages en papier mâché ou des personnages en 8-bit et voire même des marionnettes. Tout cela prend le départ de la vie d’une famille américaine moyenne, avec un père aussi rigolard et crétin qu’Homer Simpson  et une mère aussi dévouée et compréhensible que Marge Simpson (et souffrant comme elle d’une énorme normalité). Par contre, le voisin n’a pas la clémence, la bienveillance et la bonne humeur de Flanders… Etant donné que c’est aussi l’écurie Cartoon Network, les histoires s’imprègnent de mythes fantastiques et de science-fiction quand ce ne sont pas des interrogations morales à réfléchir en famille.

Hamburger Pimp

 

  • DANGER 5 (2012)

DANGER 5

La Deuxième Guerre Mondiale fait rage, mais un groupe de super-espions internationaux, Danger 5 veille. Pilotés par un Aigle Américain un brin sexiste et habillé en costume de Patrick McGoohan dans Le Prisonnier , ils se dressent inlassablement face à l’ennemi de toutes les libertés, entre deux cocktails..

Commandée par un chaîne de télé australienne après le succès de la web-série Italian Spiderman, les créatifs de Alrugo Entertainment s’en donnent à cœur joie avec cette courte série de 5 épisodes de 25 minutes dans l’étalage de la panoplie retro-sf qui ressemble résolument aux jouets qu’on peut utiliser pour dans son bain – en tout cas moi j’aime bien le (…)

Cités sous-marines, dinosaures et robots géants nazis, abduction des monuments nationaux et lavages de cerveaux en pagaille, le tout baignant dans une photographie camp aux chromatismes renversants.. Hitler n’en finit pas de s’échapper indemne à chaque fois par une fenêtre, et chaque glorieux combattants à la cause que nos héros croisent finissent immanquablement par mourir dans leurs bras, laissant une recette de cocktail en guise de dernières paroles célèbres.. C’est référencé, c’est ouf, c’est même tout à fait positionné – y a plein de bimbos-  et après 3 ans d’absence, la saison 2 a été annoncée pour très bientôt.

 

 Nonobstant2000

 

 

  • MAN SEEKING WOMAN (2015)

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Il paraît que je dois écrire des mots sur une série chelou. Même que je suis en retard et que les copains qui ont écrit les autres articles ne font rien que se moquer de moi. Du coup, j’ai intérêt à assurer si je veux pas qu’ils viennent chier dans mes taies d’oreiller.

Ce genre de situations surréaliste, c’est typiquement ce qu’on pourrait retrouver dans la série Man Seeking Woman qui est encore en cours et en est à son 7ème épisode.

Tout commence comme une sitcom classique. Avec Jay Baruchel, habitué des comédies de la bande à Judd Apatow, qui se fait larguer par sa meuf, Maggie. Chaque épisode se concentre sur lui qui cherche une meuf et joue au babtou fragile (pleure, s’apitoie, etc.) et reçois des conseils de sa soeur et de son meilleur pote.

Classique, me direz vous? Oui, sauf quand le fantastique intervient dans la série sans jamais être remis en question. Ainsi, notre héros se retrouvera en rencard avec un troll, se rendra compte que son ex sort à présent avec Adolf Hitler qui a 127 ans et se trimballe en fauteuil roulant, qu’il a un conseil militaire à son service qui le conseille pour envoyer des SMS aux femmes qu’il courtise….

Evidement, la plupart de ces choses, on les imagine se passer dans la tête du protagoniste, mais vu que tout nous est montré, on croit et accepte ces éléments comme faisant partie du processus narratif de la série et le tout s’inscrit comme une certaine réalité.

De plus, son meilleur pote est joué par l’inénarrable Eric Andre, un mec que je porte dans mon coeur et qui présente The Eric Andre Show sur Adult Swim, la branche « adulte » et bien barrée de Cartoon Network.

Bref, basé sur son recueil de nouvelles, Simon Rich nous offre une série tour à tour touchante, drôle, énervante, mais tout le temps surréaliste et super divertissante faisant appel à votre imaginaire et à vos zygomatiques. Jetez vous dessus!

Skreemer

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