Les séries WTF – Partie 1: avant les années 2000

 
 
 

On se serait écouté on aurait commencé directement avec Twilight Zone , The Monthy Python Flying Circus ou encore Le Prisonnier, mais point de velléités encyclopédiques ici, juste l’envie de partager des coups de cœur, des plaisirs coupables issus de l’enfance ou encore quelques découvertes hasardeuses qui gagneraient à être connues davantage, dans un esprit d’ échange désintéressé à propos de ce qui nous aura tous touché au moins une fois : une bouffée d’air frais salvatrice, un casse-tête bien tordu, incompréhensible au premier abord certes, mais qui au final nous parle davantage que n’importe quelle soupe consensuelle du moment..

Bienvenue dans le fucked-up world du veu-teu-feu..

 

  • SOAP (1977-1981)

SOAP

Diffusée en France aux premières heures de Canal +, la série écrite de bout en bout par Susan Harris fait partie du très prestigieux panthéon des « 100 Meilleurs Shows TV (américains) jamais créés ». Posé au départ comme une parodie des Dallas et Dynastie de l’époque, le destin des familles Tate et Campbell (une famille moyenne, l’autre un peu plus aisée) devient le vecteur-prétexte à toutes les sorties de registres possibles , assurément le moule initial pour le web-buzz de la fin de l’année dernière, Too Many Cooks. Mais voyez plutôt : la plus jeune des filles Tate veut se marier à un prêtre (avec lequel elle aura un enfant, qui sera possédé par le diable) après une aventure avec son demi-cousin  (elle savait pas) qui la trompait avec sa propre mère (qui savait pas non plus) mais ça va elle découvre qu’en fait elle a été adoptée; sa demi-soeur couche avec un congressman qui la plaque dès que sa femme le fait chanter; le grand-père se croit toujours en pleine WWII et c’est le domestique qui fait la loi à la maison. Côté Campbell : le fils doit tuer son père d’adoption pour pouvoir entrer dans la mafia (et aussi parce que ce dernier a tué le sien – par accident mais c’était quand-même un gangster, et il avait essayé de le tuer) mais refuse et doit épouser la fille du Grand-Patron (sinon il tue tout le monde) (au fait, le beau-père en question, c’est celui qui se fait enlever par des extra-terrestres); son frère est gay et veut changer de sexe..Enfin le dernier demi-frère ne s’exprime que par l’intermédiaire de sa poupée de ventriloque. L’autre, celui qui couchait avec sa demi-tante et sa demi-cousine s’est fait assassiner, mais on sait pas encore par qui..

(« Confused ? You won’t be after this week’ episode of.. »)

Nonobstant2000

 

 

  • Dr. Slump (1981)

Dr Slump

Les mangas Dr. Slump (Dr. Suranpu) du célèbre Akira Toriyama ont connu deux adaptions animées, l’une datant de 1981 et l’autre de 1997. Nous allons nous intéresser à la première, celle qui fût honorée d’un générique français (rhalala, l’époque AB Production) qui trottait dans la tronche des gamins des années 80 dans les cours de récré.

Dans le paisible village Pingouin, un jeune savant farfelu et célibataire chevronné nommé Senbei décide de créer un cyborg, la petite Arale. La vie du professeur se retrouve chamboulée par cette dernière qui enchaîne les catastrophes de par son caractère espiègle et son énergie débordante.

Dr. Slump a perdu pas mal d’épisode lors de son voyage qui le conduisit vers nos farouches contrées. En effet, la série contient à l’origine 243 épisodes, seulement 55 seront diffusés dans nos lucarnes, la censure ayant du mal à gommer les allusions sexuelle et scatologique du show. Pourtant, ces passages découlent souvent de l’esprit ingénu, pur et innocent d’Arale, rien de bien trash. C’est ce qui fait d’ailleurs la force de la série, ce côté tichoux accentué par les formes rondes du coup de crayon de Toriyama. Absolument tout prend vie dans l’univers de Dr. Slump ; on peut voir par exemple le soleil se brosser les dents, mettre un masque, un tuba pour plonger à l’horizon dans l’océan et laisser place à la nuit. Senbei invente sans cesse des objets plus loufoques les uns que les autres et les galeries de personnages hauts en couleurs sont là pour vous coller la banane tout le long. Mention spéciale à Suppaman, parodie de Superman, qui vole dans le ciel de temps en temps en arrière plan.

Dr. Slump c’est l’animé anti déprime, un univers fou et merveilleux où tout peut arriver, l’endroit où un réveil peut vous faire voyager dans le temps chez les dinosaures et où vous pouvez taper une discussion avec une montagne. Je sais, ça paraît n’importe quoi dit comme ça, mais en fait euuuh, enfin… oui, c’est complètement barré, mais c’est magique.

 

Gutbuster

 

 

  • Dream On: (1990 – 1998)

 

 

Cette série a les mêmes parents que Friends. Pourtant elle est bien plus osée, bien plus explicite et bien plus référencée, c’était cool les années 90. C’est d’ailleurs sûrement cette décennie où l’on s’est rendu compte, principalement aux Etats-Unis, que des enfants étaient éduqués par la télévision plutôt que par leurs parents, avec les premiers cas d’accidents dû à des troubles psychologiques (gosses accro au catch ou aux dessins animés violents voulant faire la même chose en vrai). C’est justement l’originalité du générique de la série aux six saisons Dream On, un gosse assis devant une télé. Et l’image de fin du générique, c’est cet enfant devenu adulte endromi devant sa télé, incarné par le mesestimé Brian Benben. Ce dernier a eu ensuite droit à son show en format série télé et dernièrement une participation à Private Practice, la série spin off de Grey’s anatomy. C’est le quotidien d’un éditeur divorcé qui calque la vie, la société, mais aussi ses décisions et ses actes de sa vie en se référant des séquences d’images anciennes télévisuelles. Cela donne un humour de situations et des déboires amoureux explicites. Les premiers pas des cultures nerd et geek sur le petit écran, à la même époque de Seinfeld.

 

Hamburger Pimp

 

 

 

  • Parker Lewis ne perd jamais (1990- 1993)

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S’il y a bien une série qui fleure bon ce passage délicat des 80’s aux 90’s, c’est bien Parker Lewis. Inspiré par le succès de Ferris Bueller, elle s’inscrit à mi chemin entre Les Années Coups de Coeur et Sauvé par le gong, sans tomber dans le drama de l’une, ni dans la gogolerie du second.  Parler Lewis est une des premières  (voir une des rares) séries pour teens à se permettre de parler des problèmes que peut rencontrer un ado dans la vraie vie mais par le prisme de l’humour et de la caricature. C’est en ça que Parker Lewis est vraiment WTF: grossissant les traits comme les situations, la série détourne les codes de son genre, tout en gardant tout de même sa vocation première. Fort d’une galerie de personnages des plus loufoques, chacun fortement personnifié par son look, son attitude et certains tics de comportement en font presque des personnages de cartoons, références clamées par les créateurs de la série, glissant ça et là des clins d’oeil à Tex Avery, comme au cinéma et aux autres séries. Les stars de la grande concurrente de l’époque, Berverly Hills, feront même un cameo dans un épisode de la saison 2. Mais la saison 3 sonne le glas de l’aventure, le côté cartoon ayant peu à peu été atténué et certains personnages phares ayant disparu.

Lullaby Firefly

 

 

 

  • On the air  (1992)

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Deuxième création télévisuelle du tandem Mark Frost-David Lynch au sortir de l’aventure Twin Peaks. Ceux qui avaient été désarçonnés par le règlement intempestif de certaines situations dans l’épisode final de cette dernière le seront encore en plus par ces 7 épisodes de 26 minutes bien denses où le casting entier marche sur la tête du début à la fin et où n’importe quel objet inanimé semble doté de la capacité étrange de s’auto-immoler.

Si vous vous rappelez les scènes d’auditions dans Mulholland Drive, vous aurez une petite idée du décorum, mais du décorum seulement : l’action se situe dans les années 50 dans les coulisses du « Lester Guy Show » (« starring Lester Guy », comme on vous le répétera souvent) pour la chaîne Zoblotnick Broadcasting Company, avec Miguel Ferrer dans le rôle du producteur irascible et Ian Buchanan dans celui de la star nombriliste, qui n’a pu se faire un nom que parce que tous les autres acteurs célèbres étaient partis faire la guerre.

Rivalités malodorantes, parodie de l’entertainment (avec en prime un technicien qui « non, n’est pas aveugle mais souffre du syndrome de Bozeman », une sorte de vision à 2600°, et parfois nous voyons à travers ses yeux, ce qui n’arrange rien à l’affaire, je vous le garantis) Lynch se déchaîne absolument dans le registre burlesque et chaque épisode baigne dans l’ hystérie border-line la plus totale. Le 7e épisode commençait  de laisser entendre qu’une présence maléfique hantait le plateau, expliquant bien des choses mais nous n’en saurons hélas pas plus. Dommage, on se demande si Lynch aurait poussé jusqu’à inclure un élément comme le gore dans son traitement frappadingue du surnaturel, ou simplement de quelle façon il aurait poursuivit son exploration de certains registres parallèles ..

 

 

                                             Nonobstant2000

 

 

 

  • Aeon Flux (1991-1995)

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Années 90 obligent, MTV ne déroge pas à la vibe ambiante d’expérimentation avec son émission de nuit Liquid TV proposant des adaptations animées de comic-books tels que Spawn et The Maxx, mais c’est la création de Peter Chung qui marquera durablement les esprits au point de devenir culte.

Située dans un futur dystopique, tiraillé par les luttes de pouvoir entre la Cité libertaire de Monica et celle fasciste (présentée comme une République cependant) de Bregna au travers des affrontements entre l’agent Aeon Flux et Trevor Goodchild, dictateur, donc. La série désarçonne d’emblée par son approche : situations muettes dans un premier temps où le spectateur se retrouve témoin du déroulement absurde de situations et de mécanismes futuristes inconnus (on y reprend abondamment les schémas narratifs des jeux vidéos) et le personnage principal y laisse très fréquemment la vie mais on ne sait jamais vraiment très bien pourquoi. Parfois encore, la fonction symbolique des protagonistes va jusqu’à s’inverser complètement – quand ils ne sont pas trop occupés à se mettre des doigts dans le nombril ou à se lécher les yeux..

C’est par sa façon laconique de disséminer les éléments de son intrigue que la série donne de l’impact à son propos ( une méthode issue du comic-book on peut bien le dire) devenant par là une des fresques de science-fiction (mâtinée également de spiritualité, le nom du personnage étant un terme emprunté à la gnose pour désigner une  « émanation de Dieu ») les plus singulières jamais conçues. Une adaptation-live sera réalisée sans tenir compte de ce paramètre, autant vous dire que c’est aussi très à côté de la plaque, mais pour de moins bonnes raisons.

 

                                             Nonobstant2000

 

 

 

  • Daria  (1997 – 2002)

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Spin-off du dessin animé MTV par excellence, Beavis et Butt-Head, Daria pourrait être définie comme en étant l’exacte opposé. A la bêtise crasse des ados garçons au physique ingrat, Daria tourne autour de son personnage éponyme, adoptant en tout point son point de vue, qui s’avère être très intelligente, mature au point de se sentir à part avec les gens de son âge et ne partage en aucun cas les mêmes centres d’intérêt de ses camarades de lycée. Tournant en ridicule les archétypes de la culture teen (la cheerleader et son quaterback à deux neurones, la pétasse futile..), reprenant les codes de la comédie teen pour en donner une vision aussi dark et nihiliste que peut l’être celle d’une ado mal dans sa peau, tel est le postulat de la série, le personnage de Daria cultivant sa marginalité, son point de vue ne peut qu’aller à l’encontre des codes établis. Tout repose alors sur cette inversion des valeurs: être populaire revient à être beauf, être superficiel(le) revient à être stupide, être une femme active et carriériste signifie être une mère négligeante. Ainsi, le passe temps préféré de notre anti-héroïne avec sa copine Jane (archétype de la pote trop cool et trop arty qu’on a toutes eu au lycée) demeure de disserter sur la vie devant “Sick Sad World”, émission de trash TV aux sujets plus que racoleurs, quintessence de tout ce que conspue les deux adolescentes. Bourrée de références à la culture grunge, la série se veut à contre-courant du genre, détournant et remaniant les codes pour alimenter son univers aux principes  weirdo.

 

Lullaby Firefly

 

 

  • Home Movies: (1999 – 2004 )

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Brendan Smal est un garçon de huit ans ayant une petite sœur, tous d’eux de parents maintenant divorcés. Pour s’échapper du quotidien, il réalise des films avec ses amis Melissa Robbins et Jason Penopolis. Et il lui arrive parfois d’embaucher d’autres camarades de classe, un groupe de rock (pour une mise en scène rock opéra de La Métamorphose Franz Kafka) ou son prof de sport au profil de raté John McGuirk. Le spécialiste français du cinéma Alain Bergala avance que le goût du cinéma naît de l’absence du père, par conséquent base psychanalytique de cette série orienté ado avec des enfants. Des enfants qui réfléchissent sur la vie et les décisions injustes et absurdes que prennent les adultes tout en pensant encore que le ketchup est une potion magique. Le dessin est rudimentaire et il n’existe qu’une version originale sous-titré (ce qui augmente la difficulté d’accès pour le public français) et ce fût diffusé à une époque sur Cartoon Network en deuxième partie de soirée. Des films de genre et des batailles d’ego où même les enfants peuvent être angoissés, sans faire pour autant pipi au lit, dans un récit construit avec un humour acide, tantôt pessimiste (les adultes), tantôt signifiant la maladresse rapidement survenue dans le quotidien.

 

Hamburger Pimp

Retrouvez la seconde partie du dossier: Les séries WTF depuis 2000

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