Critique: La Traque

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La Traque

De Serge Leroy

Avec Mimsy Farmer, Jean-Luc Bideau, Jean-Pierre Marielle, Philippe Léotard, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Michel Robin et Paul Crauchet

France – 1975 – 1h35

Rating: ★★★★★

LA TRAQUE

De passage en Normandie (wtf Wikipédia ? Le film s’ouvre sur la gare de Villerherviers en Sologne, j’ai reconnu la micheline. Encore un coup du Conseil Régional) une jeune anglaise rencontre par mégarde un groupe de chasseurs en pleine traque d’un sanglier. Deux d’entre eux finiront par la violer, et quand elle en tuera un en retour, s’entamera dès lors une course-poursuite fatale à travers la forêt.

Tout comme le A mort l’arbitre de Jean-Pierre Mocky, La Traque fait partie de ces trop rares films (surtout ces temps-ci) qui brossent un portrait de notre belle nation dans laquelle celle-ci répugne toujours à se reconnaître, parce que justement ils lui ressemblent un peu trop. Ici foin de belles paroles et surtout de happy-end, justice n’aura pas lieu et l’histoire se terminera sur un arrangement entre personnes du même monde, aux intérêts communs : garder le silence et surtout dissimuler toutes les preuves concernant un égarement passager qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’ascension sociale de chacun, si on peut même plus rigoler.

Les personnages ne sont pas tous des beaufs décérébrés comme ceux de Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard, qui pour vous dire bonjour en voiture, vous rentrent dedans et manquent de vous faire sortir de la route mais une des grandes forces du film est de montrer d’emblée comment cette bêtise crasse se porte très bien en société. Comme le faisait dire Michel Audiard à Lino Ventura « les cons ça ose tout c’est même à ça qu’on les reconnaît » il y a bien sûr la peur qu’ils en viennent aux mains si on les remet en place, mais le film ne manque pas de pointer, avec brio, sans surligner (cela n’arrive que très tard dans le film) que la connerie est surtout tolérée parce qu’elle peut s’avérer utile. Quand la bonne-société s’encanaille, conduit bourrée au volant et qu’elle renverse un cycliste, c’est bien pratique un voyou dans ses fréquentations, ça aide à dissimuler les traces. Finalement c’est à peu près la même histoire qui se reproduit avec le personnage de Mimsy Farmer, dont le seul tort n’aura été que « d’être là » face à des individus qui n’ont pas la même marge de comportement que Mr Tout Le Monde vis-à-vis de la Loi. Cela explique certainement pour beaucoup leurs manières un peu décomplexées, mais on remarquera surtout un truc qui lui aussi explique bien des choses, au travers d’une discrète filiation avec le Chiens de Paille de Sam Peckinpah, cette notion qu’on peut faire un peu tout ce qu’on veut avec les étrangers, voire même avec autrui en général, du moment qu’on est nombreux. Ce fond de barbarie et de beaufitude revendiquée, inhérent à tous les peuples, et contre laquelle on peut difficilement quelque chose – puisqu’il nous est souvent encore vendu même à ce jour comme une « décontraction de l’intelligence » – ici nous voyons comment il se déploie, s’ébroue gaillardement à l’air libre et s’en va faire des roulades dans le gazon.

la traque 1975

Pour autant nous ne sommes absolument pas dans une sorte de cinéma-vérité à la Maurice Pialat (malgré plusieurs très beaux moments de caméra subjective) mais la mise-en-scène et les qualités d’écriture concourent à nous faire sentir à merveille ce que l’on pouvait deviner dès le début : la décision concernant le sort du personnage de Mimsy Farmer ne fait aucun doute. Mais c’est amené très très progressivement, par le biais d’une savante gradation qui permet ainsi aux comédiens de bien nuancer leur personnage, tout en avançant leur lot de compromis et de bonnes raisons en ce qui concerne l’inéluctable. Ainsi malgré les réticences de certains protagonistes les plus moraux (Jean-Luc Bideau, Michel Constantin) après la fougue et l’égarement -somme toute excusable – c’est le bon sens et le pragmatisme qui finissent par l’emporter.

Le film fît polémique car il sorti en salles au moment de la mise en vigueur de la Loi Veil (sur entre autre, le droit à l’avortement pour les femmes) et fût plutôt bien accueilli par les communautés féministes, un peu moins par contre en ce qui concerne les sociétés de chasse. Car outre l’immoralité de l’acte qui resserrera les liens entre nos bons notables, il y a celle rampante dissimulée derrière toute vie politique des petites municipalités, où la corruption trouve un terreau favorable au sein de ces associations bien comme-il-faut, mais qui par la magie du 7e Art, finit par devenir tout à coup étrangement odorante.

                                                                                                                                                                                                                                        Nonobstant2000

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