Critique: Inherent Vice – Pour

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Inherent Vice

De Paul Thomas Anderson

Avec Joaquin Phoenix, Katherine Waterston, Josh Brolin, Owen Wilson, Reese Whiterspoon et Benicio Del Toro

États-Unis – 2014 – 2h28

Rating: ★★★★★

INHERENT-VICE-2

Gordita Beach, Californie, Larry « Doc » Sportello, détective privé de son état et par extension gros fumeur de joints puisque l’action se déroule dans les années 70, reçoit par une douce nuit la visite inopinée de Shasta, une ex toujours chère à son coeur, qui lui demande de venir en aide à son nouveau petit-ami (de vingt ans son aîné)(et surtout promoteur immobilier)(multi)(multi)(multi)(multi-milliardaire) contre les manigances de la femme de ce dernier, sous les auspices de son amant-guide-minceur-coach-spirituel, qui veulent le faire interner. Là-dessus elle re-disparaît aussitôt.

Parallèlement, puisqu’il faut bien vivre, le Doc doit retrouver un membre d’une quelconque Fraternité Aryenne pour le compte d’un Black Panther à propos d’une dette contractée en prison, ainsi qu’un saxophoniste présumé mort pour tout le monde, sauf du point de vue de la veuve qui s’interroge sur un versement faramineux tombé sur son compte bancaire, on ne sait pas trop comment . Soutenu par un flic déviant et obstiné qui veut faire de lui un informateur, une petite amie occasionnelle juriste qui le balance occasionnellement aux fédéraux et un avocat illégal, Doc ne peut que finir par remarquer à quel point ces enquêtes disparates finissent par toutes se recouper en un même point : une organisation criminelle internationale, The Golden Fang, à la source du trafic d’héroïne qui inonde..et bien, tout ce joli petit monde dans cette partie-ci de la Californie en tout cas.

Il semble que le film de P.T Anderson soit voué au même sort que celui du roman éponyme de Thomas Pynchon dont il est, n’ayons pas peur des mots, une assez fidèle adaptation, qualifié par beaucoup comme livre-sacrilège venant entacher le corpus bibliographique de l’un des plus prestigieux monstres sacrés de la littérature américaine contemporaine. Il est encore plus marquant sur grand écran qu’effectivement le récit de Pynchon et le film d’ Anderson arrivent quelque peu « après la bagarre » au regard des sévices déjà infligés aux codes des films noirs par les frères Cohen, The Big Lebowski étant la première référence qui vient à l’esprit, si ce n’est qu’ici nous ne sommes pas forcément que dans une comédie. Le facteur-dope venant parasiter à peu près tous les ressorts dramatiques, est aussi et surtout à la source d’à peu près tous les problèmes, notamment les malformations de naissance de la fille de Wilson dans le film (qui nous sont épargnées à l’écran, mais la réaction de Sportello parle d’elle-même) et diffuse le spectre d’un rire jaune insidieux derrière un certain comique de situation peut-être escompté. Le récit est dense, s’étalant sur 2h30, et survole à la périphérie de l’intrigue l’explosion du capitalisme (notamment par le biais du business immobilier) et de la criminalité de cette période en passant par le côté vestiaire-villas-bordels du Rêve Américain. Quand notre héros se retrouve à effectuer une transaction avec des enfants, on a comme lui l’impression d’avoir pris un méchant coup de vieux sans savoir vraiment ce qu’il s’est passé au juste -ce qui paraît-il est aussi le cas de bon nombre de personnes issues de cette génération.

Pas spécialement moralisateur pour autant, on ressent la même affection des auteurs pour leurs personnages que Philip K.Dick avaient pour les siens dans ses écrits se déroulant plus ou moins à la même période (voir l’excellent A Scanner Darkly de Richard Linklater) même si certains sont de véritables clichés ambulants (petite perf sympa de Michael K. Williams, le Omar-The-Man de The Wire) ou de vraies ordures crasses (le dentiste joué par Martin Short) – signalons également les participations éclairs-mais-efficaces de vétérans tels que Eric Roberts et Martin Donovan. Dans ce film où tout-semble-hallucination-mais-malheureusement-ne-l’est-pas il est effectivement difficile de savoir sur quel pied danser, d’autant plus que Joaquim Phoenix était parti clairement en mode Pierre Richard – c’était plus flagrant dans la bande-annonce, quand il se prend un coup de batte et tente de répliquer à la Kwaï-Chang Caine avant de s’écrouler, mais dans le film ça tombe un peu à plat. Modéré ou pas peut-être au montage, en tout cas le comédien nous gratifie d’assez beaux moments et la dynamique avec Josh Brolin fonctionne assez bien – à un moment, sur le point de lui livrer une information cruciale, Phoenix en profite pour lui faucher un nem, c’est très bien c’est ce que j’aurais fait. Ces turpitudes abracadabrantes et farfelues auxquelles le réalisateur nous habitue graduellement comme inhérentes au personnage finissent qui plus est par se justifier complètement quand il s’échappe d’une situation apparemment inextricable dans le dernier quart du film, donc du côté du travail de caractérisation rien à ajouter.

Après je n’irais pas jusqu’à crier au chef-d’oeuvre incompris (s’en est assez proche toutefois), mais il me semble que le film trouve toute sa stature dans ses interstices, grâce à la mise-en-scène tout à fait particulière et presque intimiste d’Anderson sur des tout, tout petits moments – j’allais dire dans ses « respirations » : je pense à un courte séquence de caméra portée quand Sportello tente d’approcher le personnage d’Eric Roberts sur son transat, où encore au tout début quand celui-ci regarde s’éloigner Shasta après qu’elle vienne tout juste de re-débarquer dans sa vie (qu’il décide par après de suivre les conseils d’une amie concernant sa coupe de cheveux est par contre tout à fait gadget et anecdotique) au final c’est bien l’histoire d’amour entre les deux personnages qui s’avère la ligne de force principale du récit et qui permet à celui-ci de rester « humain » en quelque sorte. Quelque chose dont tous les réalisateurs ne sont pas forcément capables, et l’avenir nous dira si ce n’est pas finalement cette approche qui finira ou non par faire école – on a pourtant crié au génie avec le film précédent d’Anderson, The Master, qui n’était pas non plus ce que l’on pourrait appeler un récit de tout repos, aux enjeux finalement tout aussi difficiles à extirper. Par là, le choix d’adapter ce roman si particulier de Pynchon dans sa critique de l’American Way Of Life, ajoute une pierre tout aussi fondatrice que les autres à la filmographie d’ Anderson, qui de plus en plus, prend les atours d’une Grande Oeuvre.

 

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