Critique: Curtains

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Curtains

De Richard Ciupka

Avec John Vernon, Linda Thorson, Samantha Eggar, Anne Ditchburn, Lynn Griffin, Leshleh Donaldson, Sandee Currie et Michael Wincott

Canada – 1983 – 1h30

Rating: ★★★★☆

 -CURTAINS-

Pour préparer le rôle principal du film de son Pygmalion Jonathan Stryker (duquel elle est censée elle-même être la muse inspiratrice) Samantha Sherwood pousse le professionnalisme jusqu’à se faire interner. Heurtée par ce qu’elle verra des pratiques psychiatriques courantes, elle sombre dans une profonde dépression jusqu’au moment où elle découvre que Stryker continue la préparation du film sans elle, en auditionnant six comédiennes dans sa somptueuse mansarde – c’est vrai y a un jacuzzi. Elle s’échappe alors pour récupérer ce qui selon elle, lui est dû : son rôle.

Encore un beau projet saboté par des producteurs vénaux (pensons au cultissime The Incredible Melting Man) à tel point que le film est scindé en deux actes pour bien marquer les différences d’approche, et qui font du film certes un objet un peu schizoïdeux mais certainement pas dénué d’intérêt. La première approche était celle d’un thriller un peu arty, ce qui nous vaudra un premier quart de film assez succulent, s’amusant joyeusement avec le gimmick des rideaux qui donne son titre au film, en abordant le récit de façon systématiquement déviée : chaque scène est un peu un court-métrage en soi, déclinant la notion de « coup de théâtre » en retournant le jeu des apparences et en mettant l’accent sur la notion de trucage, que ce soit une performance d’acteur ou bien un twist de réalisation. On se concentre même sur un personnage secondaire un peu plus que de raison (la première victime de Samantha) mais c’est très bien, c’est une façon de faire avancer le récit tout à fait intéressante : prendre un élément le plus éloigné possible pour le ramener progressivement à la trame en cours, profiter de son éloignement apparent du contexte pour en réalité l’utiliser à plein tonneau et continuer de faire résonner la thématique. C’est un moyen imparable d’éviter tout didactisme plombant, mais dont malheureusement personne ou presque ne se sert.

C’était donc super-bien parti disais-je, mais en cours de route une des pontes du corps décisionnel aurait voulût au contraire privilégier l’angle des slashers plus en vogue et ce changement drastique d’approche agressera le spectateur bien plus que tous les jump-scare de la Terre. Le fameux didactisme lourdingue dont je parlais plus haut vous saisit littéralement à la gorge cette fois, à travers un enchaînement de scènes mal foutues, mal écrites et pieds dans le plat à tous les niveaux qui seront certainement pour beaucoup dans le confinement ad vitam du métrage au créneau télévisuel du samedi soir. La scène de meurtre sur le lac gelé est à ce jour considérée comme un summum du nanardesque, et effectivement c’est mérité, mais elle n’est certainement pas pire que les poses pleines d’emphases à répétition de John Vernon et la redite perpétuelle des enjeux (« quoi t’es encore là Samantha ? » -littéralement) pour amorcer à chaque nouvelle scène une pseudo-réflexion sur le travail d’acteur, le rapport à l’image et à l’image de soi, etc.. Idem également en ce qui concerne la critique du show-biz, en quoi tout ce jargon artistique ne tient pas deux minutes devant certaines évidences telles que la promotion jacuzzi.

Deux scènes de meurtres avant le dernier twist final (pas si raté que ça en fait) viennent sauver l’honneur toutefois, où l’on comprend que l’intention première était de tenir la dragée haute au Suspiria de Dario Argento (la même réflexion sur le don de soi que requière toute pratique artistique), et où miraculeusement la scénographie reprend le dessus et se révèle bien plus efficace que les pseudos-discours qu’il aura fallût essuyer jusque là : tout d’abord la scène de la comédienne qui répète devant sa glace, puis celle dans la loge à accessoire, avec ses mannequins alignés ainsi que son gros néon « Applause » en guise d’éclairage (clin d’œil cette fois au Six femmes pour l’assassin  de Mario Bava), et surtout une très belle course-poursuite au travers d’une succession de rideaux de scène, judicieusement placée car ça faisait belle lurette qu’à ce stade, on avait oublié comment le film s’appelle et de quoi il parle.

Curtains-1983

Triste exemple donc où le sensationnalisme le plus primaire vient saboter un discours peut-être un peu trop gênant, et en un sens c’est vraiment déprimant car l’ouverture et la fermeture du métrage témoignent indubitablement des intentions les plus louables en terme de narration, ainsi que d’une belle maîtrise de la mise-en-scène. Ainsi combinées tout du long, Curtains serait devenu certainement un bien bel objet.

                                                                                                         Nonobstant2000

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