Critique: Big Eyes

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Rating: 1.0/5 (1 vote cast)

 

Big Eyes

de Tim Burton

Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Krysten Ritter, Jason Schwartzman

États-Unis – 2014 – 1h46

Rating: ★☆☆☆☆

 big eyes

Beaucoup de questions viennent à l’esprit quand Tim Burton sort un nouveau film : Johnny Depp viendra-t-il grimacer ? Il y aura-t-il des singes moches ? Il y aura-t-il un scenario ? Et surtout, la plus importante de toutes : ce film sera-t-il encore plus mauvais que le précédent ?

Ado gothique débarqué à Hollywood, rien ne prédestinait Burton à devenir ce cinéaste moqué, étrange hybride d’Ed Wood et de Robert Smith. Il avait fait rire avec Beetlejuice, ému avec Edward aux mains d’argent, et même impressionné avec son biopic justement dédié au « plus mauvais réalisateur de tous les temps » Ed Wood. C’est donc dans une incompréhension totale, depuis le catastrophique La planète des singes, qu’on l’observe sombrer toujours plus loin dans le navet alors que ses plus virulents détracteurs diront que c’est simplement son imposture qui est enfin révélée.

Revenons-en à Big Eyes, son dernier film, et ne laissons pas durer le suspense plus longtemps : l’ensemble n’est pas très bon, à peu près digne des téléfilms de l’après-midi sur M6. Car cette fois, exit les contes fantastiques, Tim a voulu verser dans le réalisme. Et pourquoi pas après tout : l’histoire vraie de la peintre Margaret Keane qui a laissé son mari manipulateur signer ses œuvres des années durant avant de faire éclater la vérité est assez extraordinaire pour être narrée.

Mais il semble que Burton n’ait absolument pas réussir à saisir les enjeux dramatiques et psychologiques de la relation de domination qu’il nous décrit. Car pour le réalisateur, le monde est assez binaire. Donc un mari mal attentionné (interprété par le très agaçant Christophe Waltz) est forcément toute en gesticulation, grimaces, et voix aigüe. Encore un peu, et on regretterait Johnny Depp. Quant à Margaret, femme artiste et fragile incarnée par Amy Adams, elle se cache derrière une mine aussi triste que silencieuse, devenant de fait transparente devant la caméra.

Le tout est noyé dans une photographie pop et cheap, et bien entendu, dans la mélasse sonore habituelle de Danny Elfman. On a l’impression que Burton ne fait absolument aucun effort, enchainant les plans dans Big Eyes comme d’autres tentent vainement de finir un niveau de Candy Crush. Il a tellement l’air de se foutre du destin de ses personnages, qu’en tant que spectateur, nous avons bien du mal aussi à leur porter une quelconque attention.

Quant aux peintures de Margaret Keane que Burton veut absolument mettre en avant, elles n’arrivent pas à dépasser leur statut d’œuvres kitsch. On ne voit sur ces toiles rien de plus que ce que le mari de Margaret en a fait : des reproductions vides de sens, des posters ne servant qu’a décorer les intérieurs de la middle class américaine. Et au final, c’est ce point commun avec le travail du cinéaste qui est le plus intéressant. Comme si Burton lui-même avait été dépossédé de son talent par un double maléfique, pompeux et fainéant, et qu’il observait de l’extérieur la chute vertigineuse de sa filmographie vers le néant.

Miho

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About Miho

Coincée depuis quelques années entre réalités parallèles et univers alternatifs, Miho se dit qu’elle aurait mieux fait de suivre des cours de physique quantique plutôt que de s’adonner aux dépravations estudiantines terrestres afin de retrouver son home sweet home. En attendant enfin une numérotation automatique "téléphone maison" sur son iPhone, son passe-temps favori reste la reproduction des masques de Leatherface et de Michael Myers au crochet.