Critique: Themroc

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Themroc

De Claure Faraldo

Avec Michel Piccoli, Romain Bouteille, Béatrice Romand, Jeanne Herviale, Coluche, Henry Guibet, Patrick Dewaere, Miou-Miou et Michel Fortin

France – 1973 – 1h46

Rating: ★★★★★

THEMROC

Estampillé film de contestation, il est vrai que celui-ci vit le jour en cette période bénie dite du « cinéma politique », Mai 68 n’étant d’ailleurs pas encore si loin que ça dans les esprits. Pour m’être renseigné auprès d’amis issus de cette génération, on peut même dire que Themroc était une forme d’aboutissement et avait fait grand bruit. Aujourd’hui sa révolte fait au contraire presque sourire (enfin, ça dépend qui), un peu comme si on disait aux médias d’arrêter de filmer la Faim dans la Monde, et surtout d’arrêter de nous demander d’y pallier. Ce serait initier une chaîne de revendications et de négociations qui seraient sans fin, aussi la radicalité du film de Claude Faraldo est aujourd’hui quasiment impensable puisque «  techniquement impossible ».

Dès les premières minutes, le spectateur comprendra qu’il ne comprend rien à ce que les personnages disent, et pour cause ceux-ci ne communiquent que par borborygmes, dans une langue quasiment annihilée, qui nous rapproche des futurs dystopiques bien connus, notamment celui du 1984 d’Orwell, sauf qu’ici les décors sont un peu moins futuristes. Il faut également voir derrière tout ça l’influence du Théâtre de Tadeusz Kantor, incontournable vraiment – j’en parle parce que c’est un oublié des podiums de commémoration, alors qu’il a rayonné littéralement sur tout le théâtre de cette époque, revisitant l’histoire et l’histoire des religions par le même procédé langagier (des gens font des trucs, et puis encore des trucs et puis pouf, tout d’un coup quelqu’un se retrouve sur une croix), ainsi qu’une approche novatrice de la scénographie qui a fait sa renommée. On perçoit une trace de cette démarche dans Themroc, la façon de rendre les décors « mouvants » (quand Piccoli déplace les casiers de vestiaire pour que tout le monde ne se tourne plus le dos) ou encore le fait que certains acteurs cumulent différents rôles suivant les scènes, mais aussi et surtout dans le rapport aux matériaux tout au long du récit, le temps accordé aux actions rappelant encore une fois ce théâtre relevant parfois de la « performance ». Je me permets d’insister, si vous ne connaissez pas l’œuvre de Kantor, je vous recommande fortement le voyage, je ne peux malheureusement pas relayer les liens, toutefois une de ses pièces parmi les plus fameuses, La Classe Morte, est visible sur une plate-forme en libre-accès dont les initiales sont Y et T.

Ensuite, le film est auréolé d’une réputation sulfureuse bien pratique pour comme vous savez, noyer un peu le poisson. J’appelle à la barre l’anthropophagie, j’appelle à la barre l’inceste, alors qu’ils ne sont employés ici que dans ce qu’ils ont de plus libérateurs pour l’individu aliéné, mais bon pour pallier à tout malentendu je vais quand-même développer un brin. Anthropophagie, oui. Mais le terme lui-même est partial. Dans le film, Piccoli choisit juste à un moment dans sa révolte de ne plus se nourrir qu’exclusivement de policiers, et de partir à la cueillette fringant et de bon matin comme l’ont fait tous nos ancêtres. C’est mal passé.

Maintenant l’inceste, surtout qu’effectivement la comédienne qui joue le rôle de la sœur est ouvertement plus jeune que lui. Là, les écoles divergent. L’inceste est souvent utilisé comme métaphore au contraire du Grand Amour, le Gros, le Fusionnel, un fantasme presque essentiellement masculin d’ailleurs, car qui ne vous comprend mieux que quelqu’un qui a grandi à vos côtés toute votre vie ? Une façon de dire que l’amour filial devrait être le seul légalisé, et ce n’est pas une certaine Christine B. qui viendra ici me contredire, et qui avant de traiter autrui de dégénéré devrait peut-être consulter de temps à autre son Livret de Famille.

Notons que l’on retrouve cette notion de l’inceste idéalisé dans les premiers romans de John Irving par exemple mais aussi encore très récemment dans le (sublime) Shame de Steve McQueen, où le héros (accro au porno et incapable de nouer relation durable in da life – the real one) ne réalise pas que la bienveillance dont il est capable (même si ça se voit pas trop) envers sa sœur est en réalité la clé pour la serrure de ses névroses et de son ultra-moderne solitude.

C’est d’ailleurs de ceci dont il est bien question dans Themroc, qui selon les goûts n’emploie peut-être pas les bons moyens mais qui au moins (non je peux pas la faire… bon si, tant pis) « dis ce qu’il a à dire ». Ayant dissipé je l’espère, les doutes comme quoi ici on vous recommanderait que des films de pervers, je retourne de suite vers le fin fond de l’horizon, sur mon fringant destrier, hue Jolly Jumper.

 

                                                                                                       Nonobstant2000

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