Critique : Il est difficile d’être un dieu

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Trudno byt bogom

D’Aleksey German

Avec Leonid Yarmolnik, Dimitriy Vladimirov et Laura Lauri

Russie – 2013 – 2h50

Rating: ★★★★★

Il est difficile d'être un dieu

Une voix-off nous explique que la montagne enneigée que nous voyons, ainsi que cette habitation vétuste et moyen-âgeuse, se trouvent sur une autre planète, Arkanar, qui se relève à peine d’une crise historique, une sorte d’ « inquisition de la pensée » où les intellectuels furent pourchassés et pratiquement tous exterminés. L’un de nos éclaireurs terriens secrets, connu sous le nom de Don Rumata (et reconnu de tous sur Arkanar comme issu d’une lignée divine, c’est sa couverture) se met en tête de retrouver le philosophe Budahk, prisonnier du tyrannique Don Reba. Les historiens infiltrés ne peuvent peut-être pas interférer complètement sur le destin des civilisations, mais du moins ils peuvent essayer de sauver une poignée d’individus dont les idées méritent de perdurer pour le bien de tous.

Le fait est que ça démarre de façon plutôt austère, et le spectateur non-averti redoutera par avance une exposition un peu trop frontale à une forme de néo-réalisme, mais une érection de 50 cm sur une statue de granit dans un coin du décor dès les premières minutes du film, ainsi que le réveil en vrac de Rumata achèvera toutefois de peut-être le rassurer. Dans ce monde-ci, tuer son prochain constitue le péché ultime aussi on se pince le nez très fort, parfois on s’arrache un oeil mais ça s’arrête là, ça ne va pas beaucoup plus loin…Notre Dieu Marchant Parmi Les Hommes mange et boit tout ce qui lui tombe sous la main, se shoote de temps en temps avec une sorte de mélasse hallucinogène dont il faut se barbouiller les narines, car en vérité notre héros est fatigué par tant de barbarie, et lorsqu’un prêtre se lamentera face-caméra de « n’ avoir ni subi le poinçon ni bu l’urine » (une sorte de rituel d’intronisation local, donc) notre héros confessera dans un soupir las que lui non plus, ce qui hein, en dit long sur l’état du bonhomme mais aussi sur la légitimité du pouvoir ici..

Baignant dans une photographie noir et blanc absolument classieuse (soulignant à merveille les reflets sur les armures ainsi que la moindre texture de l’ambiance générale qui, « à beau être médiévale » n’en demeure pas moins un petit peu à l’arrache quand-même, et vaguement décadente dans les coins) l’intrigue se déploie sous forme de longs plans-séquences suivant le périple de notre héros d’alcôves en alcôves, empruntant véritablement au spectacle vivant la forme narrative dite de la « déambulation » (un principe cher à mon cœur, mais également cher à celui du cinéma russe, pensons au sublime Agony de Elem Klimov – une évocation de la vie de Raspoutine, où un simple panneau coulissant qui ne demande qu’à coulisser et qui la plupart du temps, finit effectivement par coulisser ; un panneau coulissant disais-je c’est parfois tout ce qui sépare une orgie d’un meeting entre la famille royale et ses généraux. Pensons également au sublime Luna Park de Pavel Lounguine et à sa circulation sublime entre façades des villes et cour des miracles). La caméra suit toujours notre héros au plus près et bien sûr  moulte figurants en profitent  à chaque fois pour venir s’agglutiner devant pour un oui pour non, quand ce n’est pas un petit malin qui vient agiter des pattes de poulet dans un coin de l’objectif.. Ajoutons à tout cela une fausse scène de miracle avec effets pyrotechniques cheapos, une fausse scène d’action (l’arrestation de Don Rumata) on se rend compte bien vite au fil du récit qu’on est dans le foutage de gueule total, mais définitivement, résolument, dans le bon sens du terme (« la décadence, camarade.. ») car malgré toutes ces péripéties, ça existentialise dur..

Hard To Be a God est l’adaption d’un roman éponyme de Arkady et Boris Strugatski, les mêmes auteurs du Pique-nique au bord du chemin qu’ Andreï Tarkovsky adaptera magistralement à l’écran – le sublimissime Stalker, que l’on ne présente plus. Si cette fresque de trois heures n’est pas venue à bout de votre motivation, nous nous permettrons alors de vous recommander également le magnifique On The Silver Globe d’ Andreï Zulawski. La Rédaction décline cependant toute responsabilité concernant d’éventuelles auto-proclamations messianiques subites et autres revendications impérieuses de ré-écrire l’ Histoire..

Nonobstant2000

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