Critique: Honeymoon

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Honeymoon

De Leigh Janiak

Avec Rose Leslie, Harry Treadaway et Ben Huber

États-Unis – 2014 – 1h27

Rating: ★★★★☆

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Paul et Béa viennent tout juste de se marier et, en guise de lune de miel, ils décident de se rendre sur les bords d’un lac isolé pour y couler quelques-uns des plus beaux jours de leur vie. Mais le bonheur sera de courte durée… Paul surprend Béa déambulant au beau milieu de la nuit, en pleine forêt, seule et totalement désorientée. Le comportement distant et de plus en plus étrange de sa jeune épouse pousse progressivement Paul à craindre que ce qui semble lui être arrivé au fond des bois ne relève pas de la simple crise de somnambulisme…

On a là un premier film étonnant de maturité et surtout abordant le genre avec autant d’humilité que d’inventivité. La jeune réalisatrice fait une démonstration plus que réjouissante de ses talents de mise en scène : une approche formelle rigoureuse, viscérale, entretenant une proximité avec les corps de ses protagonistes, leurs moindres soubresauts d’angoisse… Parfois contemplative, elle se refuse cependant à prendre la pose auteuriste, à se regarder filmer, à sortir de son récit pour l’intellectualiser. Bien sûr, elle autopsie la relation de couple en huis-clos, mais jamais ce n’est cette note d’intention qui semble le prétexte à sa narration, au contraire, c’est son scénario, son intrigue résolument fantastique et d’une solidité à toute épreuve, qui dirige le métrage, une métaphore certes, mais le sens de celle-ci ne prend à aucun moment le pas sur l’histoire imaginaire qu’elle nous propose : ils marchent main dans la main jusqu’au dénouement.

Venons-en justement au scénario : c’est indéniablement le point fort de l’ouvrage ! Optant on ne peut plus volontairement pour un premier acte plein de niaiserie, à grand renfort de gros bisous tout doux et tout tendres, de grandes promesses d’un avenir rose bonbon, et de surnoms dégoulinant d’amour qui font dire à certains qu’ils haient les couples qui leurs rappellent qu’ils sont seuls, l’horreur qui va très progressivement s’y immiscer n’en sera que meilleure. Le mystère, fort bien amené et géré, vient pervertir pour notre plus plaisir cette bluette en même temps qu’il titille insidieusement notre curiosité ainsi que nos nerfs. Dès lors, impossible de résister à l’appel, nous sommes pris au piège, nous serons tenus en haleine jusqu’à la dernière image dont, je te rassure, je ne révèlerai absolument rien ici. Nos deux tourtereaux qui vont, je te rassure, souffrir bien plus que de raison, sont également remarquablement écrit, tout en subtilité, ce qui les rend à chaque seconde de plus passé en leur compagnie toujours plus attachants et touchants. Ils gagnent en relief et en complexité le métrage avançant. L’interprétation est à ce titre remarquable, mention spéciale à l’impressionnante Rose Game of Thrones Leslie d’abord tellement attendrissante en épouse éperdument éprise puis tétanisante en antagoniste indéterminé et imprévisible.

Mais, je vous vois vous inquiéter prématurément, il ne faut pas : l’ambiance est là, oppressante, anxiogène, déstabilisante, l’horreur est tapie dans l’ombre et se révèle peu à peu, mais, y aura-t-il quelques expressions graphiques bien explicites ? Je vous réponds de suite chers lecteurs : et comment qu’il y en aura ! Le dernier acte ne se veut pas avare en plans bien crades et en séquences sanglantes ! Et encore une fois, on ne peut que saluer le talent de l’auteur qui ne craint visiblement pas de passer à la pratique, de verser dans un fantastique plus crû mais néanmoins nécessaire arrivé à un certain stade du récit. Il convient de finalement de montrer quelque chose pour ne pas frustrer le spectateur, ne pas avoir entretenu un mystère stérile et que l’on peut oser croire malhonnête au climax frileux. Contrairement à moult thrillers fantastiques à vocation domestique récemment sortis disséquant les affres du couple comme nid révélateur de névroses et autres perversions, se gangrennant, pourrissant au fil du temps (du plutôt pas mal Lovely Moly de Eduardo Sanchez au nullissime The House of Good and Evil de David Mun), Honeymoon n’hésite jamais sur son argument paranormal à l’inverse de nombre de ses compères qui multiplient les circonvolutions maladroites et surtout artificielles pour vous faire croire que  »non, tout cela c’est dans leur tête… mais que non en fait pourquoi pas mais, je ne m’avance pas… en fait… à toi de voir… c’est ça le fantastique mec !’, ni le nie totalement  »en fait, tout s’est joué dans son esprit malade et bim, révélation ! Cut » car n’assumant pas vraiment de faire un film de genre. Ce qui se joue devant nous, quand bien même la fin demeure ouverte dans la plus pure tradition du fantastique, le mystère perdure après que le point final ait été posé, est de l’ordre de l’irréel !

HONEYMOON

Leigh Janiak est indéniablement une réalisatrice à suivre qui met tout son talent de mise en scène au service d’un fantastique économe mais puissant, métaphorique mais intense et immersif, qui privilégie la suggestion et la tension psychologique mais n’en n’oublie pas pour autant l’horreur graphique. Honeymoon est une œuvre singulière, honnête, émotionnellement très forte, qui sait, avec un sadisme qui force le respect, appuyer là où ça fait mal. Lorsqu’on est marié depuis peu (afin que vous saisissiez mieux prenons les choses dans ces termes et adaptez les à notre présente situation : avez-vous déjà vu… une femme enceinte mater Rosemary’s Baby ?), je puis vous l’assurer, cela secoue un poil et votre vilain ours, en grand masochiste, a fortement apprécié !

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.