Critique : Ex Machina

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Ex Machina

De Alex Garland

Avec Oscar Isaac, Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

Royaume-Uni – 1h48 – 2015

Rating: ★★★★☆

Ex Machina

La science-fiction semble ne pas trop mal se porter ces derniers temps sur les écrans. Après l’arrivée plutôt remarquée il y a quelques années de Duncan Jones et de son Moon, c’est au tour d’Alex Garland de signer un premier film d’anticipation réussi. Mais si le réalisateur est novice derrière la caméra, il est loin de l’être côté scénariste. Écrivain britannique à succès, on lui doit notamment 28 Days Later et Sunshine. Une jolie carte de visite donc.

C’est pourtant sur une trame narrative déjà largement explorée – l’intelligence artificielle et les androïdes – que Garland construit son long-métrage. Ce huis-clos débute lorsque Caleb, employé dans une multinationale informatique, gagne une semaine avec Nathan, son grand patron, au milieu des montagnes. Il y a mieux comme vacances. Sauf que Nathan n’est pas uniquement là pour lui faire faire le tour du propriétaire mais pour lui exposer ses recherches : une machine entre femme et robot, dotée d’une intelligence artificielle. Caleb devra alors tester l’I.A. répondant au nom d’Eva, pour définir si celle-ci est effectivement dotée d’une réflexion humaine.

7 jours, 7 sessions avec Eva pour donc déterminer si elle mérite son humanité. Cette première référence biblique d’Ex Machina (mais loin d’être la seule, du titre aux noms des personnages), va guider le parcours des trois protagonistes au travers d’une réflexion sur la liberté. Des deux hommes chacun dépendants de leur désir à la femme objet qui s’empare de son indépendance, Garland brouille les pistes des relations de ce trio, mettant en exergue ce qui finalement construit (aussi) un être humain : manipulation, lâcheté, jalousie. Les figures du démiurge et de la création divine, elles, ont des contours de plus en plus flous à mesure que le récit avance. L’innocence semble quand à elle avoir déjà disparu. Il ne restera donc que l’omniprésence des paysages naturels grandioses pour nous rappeler le paradis perdu.

Niveau réalisation, Garland reste assez sage. Les plans sont posés, minutés, et plutôt tournés vers la contemplation. Pourtant, quelques fulgurances semblent prometteuses pour la suite. Comme les habillements et déshabillements d’Eva, femme-machine fatale ou cette ahurissante scène de danse qui vient donner un grain de folie à l’ambiance clinique du film. On sent très souvent dans le film les influences de Kubrick pour l’aspect minimaliste, mais plus étonnement aussi celle des films noirs et même des gialli, par la fascination certaine du réalisateur pour les objets tranchants.

C’est cependant un film résolument moderne que nous donne à voir Garland, et absolument pas une vision surannée des rapports entre Homme et technologie. Dans la lignée de Her sorti l’année dernière, il semble que les réalisateurs post 2010 ont dépassé l’idée que la machine pourra être l’égale de l’homme dans le futur. Le futur est déjà là, comme le rappelle Nathan à Caleb. La question n’est alors plus de se projeter sur une potentielle création d’intelligence artificielle, mais de réfléchir sur sa cohabitation avec l’intelligence humaine. De confronter la raison et les sentiments, et de s’interroger sur la mort – pour nous – ou sur l’obsolescence, pour les androïdes. Ex Machina, en bon film de science-fiction intelligent, donne quelques pistes pour y répondre.

Miho

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About Miho

Coincée depuis quelques années entre réalités parallèles et univers alternatifs, Miho se dit qu’elle aurait mieux fait de suivre des cours de physique quantique plutôt que de s’adonner aux dépravations estudiantines terrestres afin de retrouver son home sweet home. En attendant enfin une numérotation automatique "téléphone maison" sur son iPhone, son passe-temps favori reste la reproduction des masques de Leatherface et de Michael Myers au crochet.