Critique: We Are Four Lions

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Four Lions

De Chris Morris

Avec Riz Ahmed, Arsher Ali, Nigel Lindsay

France, Grande-Bretagne – 2010 – 1h37

Rating: ★★★★☆

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Une bande d’indo-pakistanais projettent de devenir des terroristes kamikazes. Leur programme, faire des vidéos de propagande et commettre un attentat lors du marathon de Londres… Ou dans une mosquée…

On aurait pu appeler le film le bêtisier permanent d’apprentis terroristes d’Islam radical, quoique le titre soit en référence aux trois lions de la famille royale. Car de maladresse en problème d’accessoires (arme, drapeau, bandeau), nous assistons à une bande de bêtas qui n’auraient pas fini leur crise d’adolescence, des sales gosses assez casse-pied. En même temps nous avons eu information de terroriste maladroit (le cas de celui qui cachait sa bombe artisanale, composé de shampoing, dans son pantalon, qui a explosé…). Mais là on frise l’absurde : l’humour part dans tous les sens, comme des attentats mal programmés (attention spoiler) où ces extrémistes voient le djhad comme un fantasme et un refus du réel. En effet ils se réfèrent plus aux jeux vidéo (Mortal Kombat, Grand Theft Auto) qu’à une bataille de civilisation, se protègent des drones survolant le désert comme on joue à cache-cache ou à chat, par conséquent c’est un ludisme atypique. Au fond, on a l’impression que ces mecs s’ennuient du mode de vie capitaliste, cette société de la multiplicité des écrans (double sens dans le film car cela évoque aussi la surveillance généralisée de la population), des avatars et autres mondes virtuels. Chez les gens bien sur soi c’est l’utilisation de photographie manipulée : transformer une photo afin d’illustrer un discours ou une idéologie. Ce procédé est utilisé en France par certains journalistes crapuleux, certains sympathisants de droite ou le FN (la fameuse photo des drapeaux algériens, légendée en France mais venant d’une ville algérienne). Ce n’est le même problème ni la même intensité mais reste le même résultat : la perception de la réalité semble se jouer à différents niveaux selon les citoyens et leur place dans a société (d’où la croyance de certains aux théories complotistes). Une autre preuve est récemment, suite aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercasher, de nombreuses personnes ont été arrêtées et condamnées à des peines de prison ferme pour apologie du terrorisme ou incitation à la haine : cent cinquante procédures en deux semaines pour des gens qui disent « s’emmerder devant leurs écrans, délirer sur les forums en se coupant de la réalité ou libérer leur parole sous l’effet de l’alcool ou à la vue des policiers (le dilemme Charlie Coulibaly)  ».

Ils ont par conséquent une attitude rappelant les fraîchement convertis, ceux qui prêtent loyauté à l’Etat Islamique ou se rapprochent des intégristes (car ils n’ont une conscience de l’Islam dans sa globalité) tout en gardant une affection pour Rihanna ou les sneakers (baskets de collection) voire la pop sirupeuse (dans le film). Car les événements récents en Syrie, montrent qu’une bonne partie des intégristes, fanatiques ou extrémistes sont des convertis dont l’islam n’est pas leur culture de départ (Maxime Hauchard), des provinciaux sans histoire apparente… Car se dit musulman, chrétien ou juif celui qui considère avoir la foi non celui qui pratique à bon escient sa religion. Par conséquent le premier problème des religions monothéistes est ses pratiquants, car les trois quart, toutes religions confondues, sont des mauvais croyants et pratiquants. Pour cela, le film montre qu’on est prêt à faire tout et n’importe quoi pour prouver sa foi musulmane, comme avaler une carte SIM (paranoïa mal placée) ou se pisser dans la bouche… L’idée de soumission à Dieu dont on parle pour le port du voile ou pour le dernier roman de Michel Houellebecq qui porte ce terme comme titre. Mais cela rejoint aussi l’idée du film que le problème d’Islam radical est aussi un trouble interne à la société occidentale. Des gens sans problème, le héros Omar a une femme voilée qui travaille et un gosse en plus d’une maison, pourquoi se tourne-t-il vers le terrorisme alors qu’il est bien intégré ? Et d’ailleurs il y a cette scène fabuleuse où son propre frère (de cette relation fraternelle tendue naîtrait son goût du djihad ?) se montrant intégriste et misogyne se retrouve à faire une bataille de pistolets à eau face à la femme d’Omar jugée trop insolente et ayant trop de droits selon lui. Et ajoutons qu’avec l’idée scénaristique que des musulmans extrémistes feraient un attentat dans un lieu fréquenté par des musulmans dits modérés (une mosquée), on rejoint la réalité actuelle avec la révélation de la théorie du troisième djihad « le djihad global » d’Al-Souri : ce syrien propose une stratégie qui consiste en attaques décentralisées contre des musulmans ayant trahi leur foi, les blasphémateurs (d’où Charlie Hebdo) afin de déclencher une guerre civile en créant des divisions irrémédiables entre la majorité de la population et la minorité musulmane qui se verrait dans l’obligation de se radicaliser suite à son oppression et son humiliation possible.

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Par contre la fin contraste avec le ton général du film car un attentat est très grave. Alors le réalisateur nous rappelle la triste réalité de Guantanamo, de la non-fiabilité et non-efficacité des Services de Renseignements et les réactions disproportionnées des gouvernements occidentaux. Fini de rire, surtout quand un seul des kamikazes veut vraiment faire son attentat (attention spoiler). Finissons par évoquer l’apparition de celui qui peut devenir le meilleur acteur du monde : Benedict Cumberbatch en flic négociateur maladroit, il était déjà dans les bons coups quand il n’était encore connu le Benedict. L’Islam radical est avant tout une maladie de l’islam donc cette religion se retrouvera toujours appelé à témoigner, à se justifier, ce qui est contre l’idée du feu rédacteur Charb : « on ne doit pas systématiquement attendre la réaction des musulmans à chaque acte extrémiste de personnes se revendiquant de l’Islam. ». D’ailleurs feu Tignous avait fait pour Marianne, un dessin de trois personnages, un musulman présenté comme une personne normale, un intégriste représenté par un mélange de Tariq Ramadan et Mahmoud Ahmadinejad ; et un extrémiste représenté par un homme à la barbe bien fourni en djellaba avec une ceinture de dynamite autour de la taille, aucun signe religieux par conséquent des personnages. Alors de cette farce absurde traitant d’un problème grave et actuel, les auteurs donnent le dernier mot à l’anti-héros Omar : « l’important est de sourire ».

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…