Critique: V/H/S Viral

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VHS Viral

de Nacho Vigalondo, Marcel Sarmiento, Gregg Bishop, Justin Benson, Aaron Moorhead

avec Justin Welborn, Emilia Zoryan, Emmy Argo, Amanda Baker

Rating: ★★☆☆☆

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Avant toute chose, il convient, me semble-t-il, cher lecteur de rappeler le principe : VHS propose depuis deux épisodes de se faire petite anthologie décomplexée du found-footage horrifique. Du gore et des boobs somme toute, filmés caméra au point par des prétendus amateurs. Premier essai : un résultat certes inégal mais profondément sympathique, une bonne copie dont notre cher The Vug avait brossé avec talent le portrait à l’autre bout de ce lien: Critique de V/H/S. La seconde tentative voyait une conclusion bien plus réjouissante, réussissait tout de même la prouesse, chose rare pour ce type de format, d’atteindre une certaine unité qualitative, les quatre segments se révélant tous de très bonne facture, l’un d’eux même se hissant à mes yeux assez vite au rang de petite perle du documenteur (Safe Heaven de Gareth Evans et Timo Tjahtjanto), mais, si tu souhaites en savoir plus, je t’invite à te rendre également à l’article que j’avais consacré il y a quelque temps de cela à ce second opus. Venons-en après ce court mais nécessaire rappel à ce qui nous intéresse aujourd’hui, soit le troisième opus de la franchise intitulé pour changer un poil VHS Viral et sa toute nouvelle petite troupe de réalisateurs sur lesquels je reviendrai plus en détail en temps voulu. Bon, nul besoin de conserver le suspense plus longtemps, les deux petites étoiles scintillant tristement au-dessus de ces quelques lignes, la conclusion est, tu l’avais déjà compris, bien décevante voire un petit peu plus encore, osons l’écrire, sauvé du total naufrage total par un seul et unique segment véritablement travaillé. Autant le dire de suite, presque tout est ici complètement bâclé et, de ce fait, tombe littéralement à des kilomètres de la plaque pour quelque peu jouer avec l’expression consacrée. C’est parfois fun, les idées ne manquent pas, mais putain ce que c’est indigent ; du portnawak’, je n’ai rien contre, bien au contraire, cependant, il convient de le répéter, ça se bosse, ça s’écrit ! Mais trèves de péroraisons trop généralistes, il est important maintenant de pénétrer de plein pied dans ce qu’il nous incombe de chroniquer dans cet article !

Pour ce qui est du synopsis, soyons simple et concis, il sera question dans cet opus d’une course-poursuite aux conséquences pour le moins étranges, pour ne pas dire, d’une clarté plus que douteuse ; d’un magicien ayant atteint les sommets grâce au pouvoir d’une mystérieuse cape… particulièrement vorace ; de la découverte d’un monde parallèle qui va se terminer dans un bain de sang ; de quelques jeunes skaters filmant leurs exploits et se trouvant soudainement aux prises avec une secte mexicaine s’adonnant à un mystérieux rite impliquant la résurrection des morts…

Comme d’habitude, à la lecture de pareilles intrigues diverses, le projet fait immédiatement figure de grand Barnum du fantastique et de l’horreur, et, finalement, c’est cela qui plait au cœur du format anthologique : la diversité ! VHS Viral a au moins ça pour lui, des situations initiales on ne peut plus variées, qui attisent dès les premières images de chaque nouveau segment l’intérêt du cinéphage curieux… mais, malheureusement, ce sentiment de découverte est bien vite sapé par l’innexistence totale de narration. Vouloir ainsi embrasser autant de thématiques chères au cinéma de genre (traque d’un tueur en série, magie noire, univers parallèles et body snatcher, zombies…) tient malheureusement ici de la note d’intentention vaine (encore une fois à l’exception d’une œuvre sur laquelle je m’attarderai un peu plus loin), et on va de désillusion en désillusion, contemplant l’espace de quelques secondes le sacrifice de belles idées pourtant sur l’autel du jemenfoutisme soit disant cool parce que  »Mec ! C’est décomplexé ! ».

Le fil rouge dans un premier temps. En ce qui concerne des deux premiers essais, j’étais le premier à critiquer son statut complètement artificiel de sommaire… Mais quand même les gars, entre le didactique maladroit et l’elliptique vaseux qui ne veut pas montrer qu’il fait le lien alors qu’en fait il le fait mais on ne comprend pas vraiment comment… il y a un juste milieu à saisir ! Autant ne rien faire du tout, enchaîner les choses sans autre forme de procès ; d’une certaine façon ABC of Death fonctionne très bien de la sorte, alors pourquoi se prendre la tête et risquer de se vautrer en tentant de se la jouer plus malin que les autres ?! Là, le métrage  »source » est inutilement nébuleux, enquille quelques moments gores plutôt rigolos, mais s’enlise dans un discours méta peu, très peu convaincant, et, honnêtement, on cherche encore le pourquoi des trois autres bobines intervenant pour interrompre à trois reprises l’interminable séquence de course-poursuite.

Premier effort : comme nous l’écrivions plus haut, un magicien possède une cape aux pouvoirs extraordinaires… mais celle-ci, en échange des bons et loyaux services rendus à l’artiste happe ses partenaires, le tout est monté sous forme de faux-documentaire télévisé réalisé après de bizarres et tragiques événements relaté par de nombreux témoins… C’est mou, pas clair et pourtant dieu sait que l’intrigue est maigre, mais, par moment tout de même, accordons lui cela, relativement fun. En réalité, on touche là au gros problème de cette seconde séquelle : du fun, oui, du portnawak’, pourquoi pas… mais il faut avoir quelque chose à raconter ! Passons immédiatement au dernier segment : des jeunes skaters sont légèrement pris en grippe par une secte mexicaine ! Ok c’est gore, ça gicle dans tous les sens, ça se la joue FPS… mais (attention cliché critique !) c’est totalement illisible et ce à tous les niveaux ! Quinze minutes de séquences de baston gore, parfois inventive certes, mais sans sans aucun personnage, sans aucune justification, sans aucun enjeux ! … et puis, quel bordel à l’image ! Encore une fois, la chose eut pu être jouissive… mais non ! Evans et Tjahtjanto dans VHS 2 avec Safe Heaven, prenaient le temps de caractériser un minimum les quelques protagonistes, tissaient quelques liens entre eux qui s’avèraient nécessaires pour mener à bien leur récit, posaient une ambiance anxiogène… ce qui ne les empêchait nullement d’orchestrer un final dantesque et décomplexé FPS style avec suicides en masse, fusillades ultra-sanglantes et naissance d’un démon tout kitsch de deux mètres de haut explosant le ventre de sa  »maman » avant de prendre en chasse le héros et lui sussurer au creux de l’oreille de sa voix caverneuse  »papa » ! Délirant et ludique mais ultra-maîtrisé sur le fond comme sur la forme !

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Le seul qui s’en sort avec les honneurs c’est ce cher Nacho Vigalondo, spécialiste du mélange des genres couillu, la science-fiction et le vaudeville dans le très bon Extraterrestre, le paradoxe temporel et le slasher dans le petit chef-d’oeuvre d’ingéniosité qu’est Timecrimes, le thriller parano et le found-footage dans l’intriguant, pas toujours crédible, mais néanmoins passionnant Open Windows. J’aurai plutôt envie de très peu vous en dire afin de vous laisser le plaisir de la découverte… C’est drole, étrange, malsain et terriblement efficace ! Et le bougre, non content de nous offrir un récit qui n’hésite pas à partir dans le grand-guignol et le whathefuckesque jubilatoire dans ses dernières minutes, n’hésite pas à prendre le temps d’installer son univers en partant d’un postulat de science-fiction classique, de faire progressivement monter le mystère, la sauce, et d’une certaine façon l’angoisse pendant une bonne moitié du métrage en se basant avant tout sur ses quelques personnages. A dire vrai, impossible de véritablement savoir où il va ! Sa mise en scène, comme à l’accoutumé, est hyper inventive quand bien même de prime abord elle semble relativement simple : pléthore de petites idées géniales viennent, par touches, par instant, rendre l’ensemble tout à fait original et pertinent. Encore une fois, je n’ai guère envie de vous en dire trop, toujours est-il que l’élégant essai de Vigalondo mérite amplement le coup d’oeil sans pour autant tout déboiter, il ne faut pas non plus déconner, mais contrairement à ce qui précède et suit, il n’y a pas à chier, c’est d’un tout autre niveau !

Notons tout de même que le reste est fort ennuyeux, si on considère les quelques autres réalisateurs présents dans sur le projet : Marcel Sarmiento, auteur d’un certes pas terrible Dead Girl mais d’un visuellement très impressionnant Dog Fight pour l’anthologie ABC of Death, Gregg Bishop, connu pour son très sympathique Dance of the Dead, et surtout Justin Benson et Aaron Moorhead, jadis à la tête du très surprenant Resolution (chroniqué par un de mes chers camarades ici ). Bref, reprenons les termes utilisés dans notre introduction afin de boucler la boucle, ce VHS Viral est un naufrage, cependant le navire est sauvé in extremis des flots tumultueux ainsi que d’une seule et unique petite étoile par son segment central… Honnêtement et objectivement c’est très/trop peu et terriblement décevant… A mater donc en faisant tout autre chose jusqu’au Vigalondo, apprécier la petite réussite, puis reprendre tranquillement et progressivement une activité normale.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.