Un film en un plan: A Scanner Darkly

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A SCANNER DARKLY

Si vous vous intéressez un peu aux théories conspirationnistes, vous connaissez peut-être Alex Jones, un animateur de radio américain parti en guerre contre le Nouvel Ordre Mondial (Si vous ne connaissez pas, ce n’est pas grave, bien au contraire). Les délires d’Alex Jones partent loin et nous prédisent un sombre avenir dystopique façon Brave New World. Qu’on adhère ou pas à ses propos, il est devenue une figure contre-culturelle significative de l’époque à laquelle on vit, pleine de désillusion, de doute et de crainte.

Son caméo dans A Scanner Darkly de Richard Linklater apporte de terrifiantes résonances dickiennes à notre monde. Adapté de Philip K. Dick donc, le film raconte l’histoire d’une bande de drogués dans une Amérique amorphe et ultra-sécuritaire. Durant quelques instants, nous voyons donc le trublion Alex Jones investir l’univers rotoscopique de Linklater, continuant d’agiter les consciences en pleine rue, mégaphone à la main. Il pose des questions sur cette guerre dans ce pays lointain où pousse une drôle de fleur… Il s’égosille tout seul, comme un dingue sur le trottoir, déclamant à qui veut l’entendre les répliques les plus politiques du film. Le débat se clôt par l’arrivée soudaine d’une patrouille de flics venue le neutraliser et l’embarquer. La scène est choquante mais les badauds reprennent leur quotidien comme s’il ne s’était rien passé.

On fait des guerres tellement loin de chez nous qu’elles finiraient presque par sortir de notre réalité. Tant bien même que l’on voudrait s’y intéresser qu’elles nous restent totalement opaques, abstraites. Apportons-nous du bien au reste du monde ou ne faisons-nous que l’exploiter ? Devons-nous faire confiance ou au contraire se méfier de ceux qui agissent en nos noms ? Dans le glaçant final de A Scanner Darkly, le doute ne sera plus permis face à une société qui fait même du mal à ses propres citoyens. S’il reste dans le registre de la science-fiction, le film de Linklater critique les mesures ultra-sécuritaires sur les restrictions des libertés individuelles mises en place par le gouvernement Bush à la suite du 11 septembre 2001. Et par cette intervention d’Alex Jones, il nous rappelle qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté d’expression.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».