Critique: Tusk

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Tusk

De Kevin Smith

Avec Justin Long, Michael Parks, Genesis Rodriguez, Haley Joel Osment et Johnny Depp

États-Unis – 2014 – 1h42

Rating: ★★★★☆

TUSK

Wallace Bryton, un podcaster en pleine ascension s’embarque pour le Canada interviewer un jeune garçon qui a fait le buzz sur le Net en se coupant une jambe accidentellement. Une fois sur place, il découvre que celui-ci s’est suicidé de honte et qu’il a donc fait le déplacement pour rien. Ravagé par l’idée de rien pouvoir ramener de consistant au pays, il tombe cependant dans les toilettes d’un bar sur une curieuse annonce de la part d’un vieux monsieur, Howard Howe, qui ne cherche qu’un peu de compagnie pour pouvoir évoquer sa vie tumultueuse et offre l’hébergement en échange de l’accomplissement des tâches ménagères qu’il ne peut accomplir, étant tétraplégique. Howe accepte de rencontrer Wallace pour une interview et se rend à la demeure de celui-ci. Il sera tout de suite fasciné par les anecdotes historiques du vieil homme, notamment celle où il aurait été sauvé d’un naufrage par un morse. Mais pour Howe, cette histoire s’avère bien plus qu’une anecdote, car de son propre aveu, jamais il n’a connu de sa vie amitié plus sincère ni intense. Et il ne se cache pas non plus d’avoir détecté justement chez Wallace un excellent profil de morse potentiel.

Apparemment l’idée du film serait venue à Kevin Smith d’après un fait réel, sur son propre podcast, sur la base d’une annonce réelle de colocation à condition de porter deux heures par jour un costume de morse. On peut également y trouver une filiation d’avec le courant weird science-fiction un peu à la mode depuis The Human Centipede, lui-même rejeton tacite du classique L’Ile du Docteur Moreau de H.G Wells, mais en réalité point de science sans conscience à l’échelle de l’Humanité ici, il est juste question pour l’étrange Mr Howe de satisfaire une petite lubie domestique en kidnappant des inconnus, et de modifier un brin leur anatomie. Smith évite également tous les écueils concernant la dialectique du dominant-dominé, bien qu’elle finisse tout de même par émerger dans le climax final, et faire comprendre par là qu’elle était sous-jacente depuis le tout début ; l’auteur derrière une apparente décontraction, est nous le savons un ciseleur de dialogues redoutable.

Il y a un côté «toute l’éducation à refaire » dans Tusk absolument savoureux, dans sa façon de mettre-en-scène non pas LE conflit qui divise nos générations contemporaines, mais UN certain type de conflit, dont le fond du problème reposerait même sur une notion bien précise de l’identité – et dont la scène (superbe!) d’avec le douanier canadien s’avère pour autant une très belle introduction. Que pouvait-on espérer d’autre en effet dans la confrontation entre un jeune carriériste aux dents tellement longues qu’elles traînent par terre, en mode humour irrévérencieux et revenu d’à peu près tout, au point qu’il est en train de foutre en l’air sa vie affective sans même s’en rendre compte, et ce vieux monsieur hospitalier qui lui, mesure parfaitement ses propos car il est doté avant tout d’ une « Histoire » (-ce qui me fait penser à une autre scène mémorable que j’ai oublié de mentionner dans l’article sur Nudist Colony Of The Dead où nos jeunes chrétiens chantent tous ensemble dans le bus comme quoi ils sont prêts à accepter leur sort funeste , en imitant les vieux bluesmen cette bande de petits cons, et par là-même les chants des esclaves noirs, dont ils n’ont bien sûr absolument aucune idée de la vie que ces derniers ont réellement pu avoir).

Non pas que les antécédents de Mr Howe excusent tout, on verra que c’est un psychopathe qui s’assume pleinement, et on pourrait reprocher à Smith d’avoir même un peu chargé la mule de ce côté-là, mais cela justifie à merveille son propos : cela permet de jeter de nouveau la lumière sur un sempiternel secret de polichinelle dont tout le monde se contrefout (concernant les motivations de certaines bonnes œuvres caritatives pilotées par les sphères politiques) et de souligner le bon vieil adage qu’au fond, on ne connaît jamais tout à fait son prochain. On ignore tout de ses problèmes actuels ou anciens, et certaines terminologies connotées employées à tort et à travers peut renvoyer tout un chacun à des difficultés qu’il n’a peut-être pas fini de surmonter – ou qui ont mis du temps à l’être. A l’autre citation fameuse empruntée à Pierre Desproges et qui à elle-seule, adoube et amende l’intégralité des beaufs de la planète -« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui »- Smith répondrait plutôt que « On peut rire de tout mais pas n’importe comment », démystifiant au passage le mythe des serial-killers qui par leur folie, remettent tout le monde à égalité devant l’ horreur et l’absurdité de la mort  -ou de la vie: les viols, les meurtres, en un mot l’abject, n’arrive jamais sans raison et ce n’est certainement pas un hasard s’il touche toujours les plus démunis.

 

                                                                                                       Nonobstant2000

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