Critique: The Affair (saison 1)

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The Affair

De Sarah Treem et Hagai Levi

Avec Dominic West, Ruth Wilson, Maura Tierney et Joshua Jackson

États-Unis – 2014 – 10 épisodes de 50-60 minutes

Rating: ★★★★★

THE AFFAIR

De Stephen King à Neil Gaiman, beaucoup d’écrivains reconnus recommandent aux aspirants pour faire leurs premières gammes et maîtriser la caractérisation, de raconter la même histoire ou de faire avancer une trame, du point de vue des deux sexes. Certains auteurs ont même réussi à faire des chefs-d’oeuvres avec ce qui au premier abord pourrait apparaître comme une contrainte – un des exemples les plus célèbres étant notamment The Collector de John Fowles. Ce postulat deviendra le principe fondateur et constituant de la narration ici, The Affair nous racontant avant tout la rencontre entre deux individus que tout sépare évidemment à un tournant particulier de leur existence, l’histoire d’une relation extraconjugale comme il en peut en arriver souvent en même temps, et le lot de bouleversements, de modifications, qu’elle va peu à peu occuper dans la vie des deux protagonistes. Car c’est bien la question dans toute romance : est-ce qu’elle en valait la peine ? Bagatelle ou bien tournant décisif ainsi que nouveau départ ?

Chaque épisode s’avère donc divisé en deux parties et avance au rythme de plus ou moins une seule journée (au début de la saison tout du moins) nous montrant ainsi comment la même série d’événements est perçue par nos deux protagonistes : Noah Solloway, professeur de littérature dont le premier roman vient tout juste d’être publié, s’en retourne passer les vacances comme chaque année avec sa femme et ses quatre enfants dans la petite ville de Montauk, où ses beaux-parents (son beau-père étant lui un écrivain à succès) possèdent une somptueuse résidence. Alison Lockhart est, elle, une jeune serveuse se remettant difficilement de la perte assez récente de son tout jeune enfant. D’emblée quelques différences dans la mise-en-scène sautent immanquablement aux yeux entre les deux versions, où la subjectivité de chaque point de vue se fait éminemment révélatrice de la personnalité de celui qui raconte : Alison apparaît à Noah comme quasiment une espèce de fantasme, un idéal de femme-enfant-femme auréolée de mystère et d’aventure, parfois insaisissable, lui ouvrant des portes nouvelles sur le monde ainsi que sur le chemin de sa propre réalisation (il faut voir comment il se donne littéralement le beau-rôle parfois) ce qui ne veut pas dire toutefois que ses sentiments sont factices. Du point de vue d’Alison, nous apercevons quelques-unes de ses maladresses occultées dans sa version, mais aussi nombre de quelques qualités qu’il semblerait ne pas se reconnaître.

Chaque versant de la vie des deux héros en-dehors des événements qui les relient nous permettent en fait de réaliser à quel point l’irruption de l’autre vient combler certaines attentes. Naturellement, suivant les sexes, on n’a pas forcément le même genre de problèmes : Noah évolue dans une sphère petite-bourgeoise fortement axée sur le paraître, confronté à ses propres choix qui teintent légèrement ses nobles aspirations d’une auréole d’opportunisme, tandis qu’Alison peine à joindre les deux bouts, allant jusqu’à compenser la perte de son enfant en s’auto-mutilant parfois. La notion de « version des choses » prendra encore plus de sens quand nous réalisons que beaucoup des événements qui nous sont relatés le sont en réalité dans le cadre d’une déposition, jouant cette fois-ci bien concrètement sur le double-sens du titre, à la fois pour qualifier une liaison et une enquête criminelle.

Le rythme s’accélère à partir du milieu de saison, avec des ellipses plus marquées, laissant la part belle à des intrigues secondaires concernant les familles réciproques des personnages, mais ce n’est jamais vain, jamais gratuit, il y a toujours une répercussion sur la trame principale, et des sujets de société bien contemporains sont traités dans la foulée avec subtilité (la perte d’un enfant ou un parent atteint d’une maladie comme Alzheimer, les problèmes adulescents entre tweet aux lourdes conséquences et premier avortement *). Autre coup de chapeau en ce qui concerne les qualités d’écriture, la série se permet carrément un gigantesque clin d’oeil à Lost et en explique au détour d’une conversation amoureuse, le traitement des mécanismes des univers parallèles de cette dernière, c’est absolument vertigineux… J’avais pu également évoquer dans un article sur la série Rectify (désolé pour l’auto-citation) qui montrait ce que pouvait donner certaines des théories scénaristiques de Robert McKee quand elles sont mises en application, The Affair reprend déjà le flambeau de la série de Ray McKinnon, et ce, à pas de géants… Big-up également pour le casting au diapason, Dominic West retrouve qui plus est John Doman qui était déjà son supérieur dans The Wire, ici dans le rôle de son beau-père et la magie opère toujours aussi bien. Joshua Jackson (Dawson, Fringe) et Maura Tierney (Urgences) sont impeccables dans les rôles des partenaires trompés, mais la vraie révélation de la série s’avère l’actrice britannique Ruth Wilson, qui irradie l’écran autant en personnage sublimé que dans la peau de quelqu’un qui se rabaisse constamment à ses propres yeux.

The Affair, il faut la voir pour y croire, définitivement.

 

                                                                                                       Nonobstant2000

 

* pour finir de rester dans les citations littéraires, signalons le roman Impuretés de Philippe Djian, qui tout de même date de 2005 et dans lequel l’auteur se frottait aux mêmes thématiques et avec maestria (un des rares romans à ma connaissance où l’auteur prend le statut de narrateur omniscient, ce qu’il ne fait pas si souvent, mais dans lequel il excelle absolument) et qui confirme ce que beaucoup de critiques ont fini par avouer, en ce qui concerne la longueur d’avance sur un peu tout du bonhomme. Avec également sa série Doggy Bag, Djian faisait pendant un temps des appels du pied manifestes du côté des séries TV, appels qui sont restés sans réponses et c’est franchement rageant, quand on voit les perles de notre panorama audio-visuel.

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