Critique: Si tu tends l’oreille

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

.

Mimi wo Sumaseba

De Yoshifumi Kondo

Avec Keiju Kobayashi, Yoko Honna, Takashi Tachibana…

Japon – 1995 – 1h50

Rating: ★★★★☆

Mimi wo Sumaseba

Longtemps boudé par les éditeurs français, Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo débarque cette semaine dans les bacs, une bonne occasion de vous causer de cette petite pépite du catalogue Ghibli, malheureusement trop souvent oubliée.

Adaptation d’un manga pour fille (un genre nommé « shojo » au pays des samouraïs) publié en 1989, Mimi wo Sumaseba conte les aventures d’une jeune fille, Shizuku, passionnée de lecture qui doit jongler entre ses premiers émois amoureux et les autres tracas propres au passage à l’âge adulte, moment charnière de la vie d’une adolescente.

Le réalisateur Yoshifumi Kondo, l’homme qui devait récupérer le flambeau après monsieur Miyazaki et Isao Takahata, débarque chez Ghibli en 1987. Il est le chef animateur sur des œuvres telles que Porco Rosso, Souvenirs goutte à goutte (autre petite pépite du studio, je conseille), Le Tombeau des lucioles ou encore Princesse Mononoké. Excusez du peu, le mec en place quoi, il a la carte Abitbol. Il réalise son seul et unique film en 1995, Si tu tends l’oreille. En effet, il décède brutalement d’une rupture d’anévrisme à l’age de 47 ans, laissant le staff Ghibli sous le choc est obligeant Miyazaki à repousser son départ à la retraite.

Mimi wo Sumaseba est une œuvre un peu à part dans le catalogue de l’Usine à rêves. Le film s’éloigne des fresques épiques et mythologiques d’Hayao Miyazaki ou encore du fond résolument adultes des œuvres de Takahata. Yoshifumi Kondo ancre son récit dans un petit quartier nippon, un décor urbain dans lequel il plonge une petite adolescente lambda qui aime rêvasser devant des livres de contes. Le souci et les soins apportés aux décors ainsi qu’aux animations des personnages dans les gestes du quotidiens sont tout bonnement bluffants. Les années d’expériences en tant que chef animateur transparaissent sur les celluloïds. C’est par ses petits détails que Kondo va rendre ses personnages aussi réels, dans des décors aussi familiers (une maison en désordre, un métro, une école, des petite ruelles…). Mais cette recherche du « crédible » ou du « réalisme » ne s’applique pas que dans la forme, l’écriture y est aussi pour beaucoup.

La description de la famille s’éloigne assez des clichés de la société japonaise, on peut par exemple déceler un léger anticonformisme de la part des parents de la jeune Shizuku. Le père l’encourage à s’adonner à l’écriture, quitte à ce qu’elle délaisse ses résultats scolaire. La mère reprend ses études, laissant ainsi la grande sœur s’occuper des tâches ménagères. Kondo arrive, avec une extrême justesse, à dépeindre les soucis de l’adolescence qui paressent pourtant futiles aux yeux des adultes. Lorsque le garçon que Shizuku aime doit partir en Italie, c’est le monde de cette pauvre fille qui s’effondre, pourtant le jeune garçon ne partira que deux mois. C’est grâce à cet amour que Shizuku trouvera enfin sa voie, elle qui semblait perdue en ne sachant quoi faire de sa future vie d’adulte. Cette amour ingénu et pur déclenchera chez la jeune fille une motivation incroyable, une recherche du dépassement de soi au travers de sa passion, une envie d’exister, quelque chose de naïf mais quelque chose d’essentiel pour réussir encore à rêver.

Même si Yoshifumi Kondo choisit l’angle d’attaque du réalisme plutôt qu’à la féerie à laquelle nous avez habitué Miyazaki pour raconter son histoire, on retrouve toujours ce petit message positif en fin de métrage, celui qui nous incite encore à avoir envie de rêver malgré les difficultés auxquelles on peut se confronter dans notre quotidien. Le pouvoir de l’imaginaire comme seul refuge, n’est-ce pas là la marque de fabrique des films du studio Ghibli ?

Gutbuster

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

About Gutbuster

Gutbuster est un fantôme, un esprit frappeur s'amusant à effrayer les gens dans leur quotidien. Infligeant des tortures mentales abominables, le bougre s'amuse à intervertir les dvd dans des mauvaises pochettes, ouvrir les boites de figurines ou encore régler les radio-réveils sur NRJ. Il peut aussi s'amuser à pirater votre compte Amazon pour commander des livres de Berbard-Henri Levy ou le dernier film en date de Franck Dubosc. Tremblez, cinéphiles du monde entier, Gutbuster veille au grain pour vous faire trembler d’effroi !