Saga: La Planète des singes (1970-1971)

 

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2/Beneath the Planet Of the Apes (1970) – réalisé par Ted Post

James Franciscus (héros de l’un des volets de la trilogie séminale de Dario Argento, Le Chat à Neuf Queues) endosse donc à son tour la panoplie du cosmonaute qui ne sait pas encore où il a mis les pieds. Seul rescapé de l’expédition partie à la recherche de l’équipe de Taylor, il tombe heureusement sur Nova qui le mènera à Zira et son mari Cornélius, au moment où les tensions entre gorilles et chimpanzés sont à leur comble. Ce deuxième volet ne s’encombre d’aucun temps mort, nos chers amis simiesques étant habitués à voir débarquer des cosmonautes maintenant, on ne perd donc pas trop de temps dans la redite des enjeux, ni dans la création de trop de liens entre les personnages pour s’insinuer à toute vitesse dans la thématique de l’homme exploité sans ménagement par le singe. Si dans le premier opus tout nous était suggéré (on sait par exemple que Zira disséquait régulièrement des esclaves) ici nous voyons frontalement les humains servir de sparring-partners complètement dispensables pour l’entraînement au combat. Le manque de budget demeure perceptible, mais cela octroie au spectateur une distanciation relativement bienvenue. La manifestation pacifique des chimpanzés était elle par contre une très bonne idée, mais qui tombe un peu à plat par manque d’effectif. Viendra ensuite une petite scène digne du plus classique des westerns et qui semble évacuer le quota de scènes d’action obligatoires comme on se débarrasse d’une corvée.

C’est le moment où on se demande dès lors où est-ce que le film va bien pouvoir nous emmener, et c’est justement là où ça commence à se barrer en sucette : la mystérieuse Zone Interdite où Taylor a disparu au début de ce second épisode est en fait occupée par des espèces de Templiers-mutants (c’est pas dit comme ça, c’est plutôt perceptible grâce au décorum) télépathes de surcroît, qui perdurent en autarcie à l’insu du peuple simien et vénèrent une bombe atomique géante, vestige ultime de notre époque. Cela donnera lieu à quelques scènes faisant honneur au registre, quand par exemple ils s’adressent à Brent (Franciscus) sans lui parler, et on ne peut comprendre leur échange qu’en fonction de ce que ce dernier leur répond à voix haute, et donc dans un premier temps on ne sait pas trop ce qui se passe. Et quand ces mutants apparaissent ils ont effectivement l’air tout-puissants. Le coup de génie absolu de Paul Dehn c’est d’aussitôt démythifier cette figure autoritaire, et de bien appuyer sur la portée limitée des pouvoirs de ceux-ci, exactement comme cela a été répété des millions de fois dans des millions de pamphlets : un tyran n’a de pouvoir que celui qu’on lui accorde, ou bien encore qu’il fait croire qu’il possède. Ici nous verrons bien un peu de mind-control par-ci par-là mais sur un individu isolé et non sur une multitude. Et d’ailleurs, leurs illusions de tremblements de terre et de murs de flammes ne tromperont pas le Dr Zaïus et les autres gorilles, rendus pour une fois héroïques et glorieux par leur animalité et leur désir aveugle de conquête.

Ce moment de grandeur, si s’en était un, sera de courte durée car la confrontation entre les différentes factions sera fatale pour tout le monde. Charlton Heston n’était au départ pas très intéressé pour participer à ce deuxième volet, il accepta néanmoins de tourner quelques scènes à condition que son salaire soit reversé aux bonnes œuvres. Il nous gratifie donc plutôt péniblement une deuxième fois de plus ou moins la même performance que dans le précédent épisode (« ..rhââ-âââh..bande de nazes ») tandis que l’Humanité connaît ses derniers instants funestes dans une cave pourrie. Ce deuxième volet aura offert toutefois au comédien une seconde immortalisation iconique culte (la scène avec le cheval qui se cabre et le sol qui s’ouvre en deux devant lui) (Taylor et Brent tous deux sous emprise, s’en prenant l’un à l’autre – les deux frères d’armes par définition se sautant à la gorge pour des raisons abstraites, par le truchement d’une troisième caste, demeure également une image forte – fallait que je le dise maintenant, après j’aurais plus la place) mais la sève de ce dernier réside davantage (enfin si vous voulez bien) dans le basculement par à-coups grinçants de la s.f vers autre chose, au travers de la figure malmenée de son nouveau héros. Et ce, en faisant justement voler en éclat cette notion . Quand il se transforme de façon inexpliquée (en fait sous l’influence des Templiers) quasiment en animal et qu’il essaie d’étrangler Nova , Brent entame sans le savoir une dégradation de sa stature pour tomber dans le champ de l’anti-héros. Mais c’est par sa mort qu’il accomplira le dernier stade de sa transformation, accédant pour le coup au statut de simple victime. Terrifiante par son côté abrupt, bien plus démonstrative et choquante que celle de Taylor (arf), il transparaît alors dans le regard de James Franciscus pendant un quart de seconde un sentiment vertigineux d’absurdité, un dernier éclat de conscience, celui d’avoir été le jouet des circonstances du début à la fin, et pour quelle finalité. Nous retiendrons alors et surtout le moment où il franchissait la porte gigantesque du Sanctuaire des Templiers pour la première fois, tel un damné perdu entre deux cercles de l’ Enfer, mais ne le sachant pas encore…

 Escape from Planet Of the Apes

3/Escape from Planet Of the Apes (1971) – réalisé par Don Taylor

Le second volet se terminait sur une note d’irrémédiable, et l’on pensait que tout avait été dit mais le succès aidant, les studios donnèrent le feu vert pour une suite éventuelle. A partir de ce moment, la franchise passe à un tout autre niveau : au lieu de se projeter dans le Futur (d’façons y en a pu) elle fait maintenant au contraire irruption dans le Présent. Tandis que Brent partait en compagnie de Nova à la recherche de Taylor, avec le belliqueux Général Ursus à leurs trousses, Zira et Cornélius peu enthousiastes sur la tournure que pourraient prendre la bataille sur le point de se dérouler dans la Zone Interdite, embarquaient dans le vaisseau de Taylor qu’un de leur confrère, le Dr Milo, avait su remettre en marche, dans le plus grand secret. C’est ce que notre couple finira par expliquer aux militaires qui les ont repêchés en pleine Côte du Pacifique. Le Dr Milo ayant tragiquement fait les frais des procédures de sécurité consistant à placer tout d’abord nos singes de l’espace dans un zoo, Zira et Cornélius feront le tour des médias et deviendront rapidement les chouchous de la Nation, sous la bienveillante tutelle des vétérinaires Brenton et Dixon.

Peu rassuré par la vision du futur énoncée par nos émissaires, le Dr Hasslein (interprété par Eric Braeden, qui l’année d’avant incarnait le héros idéaliste de ce que l’on considère aujourd’hui comme une influence déterminante pour le Terminator de James Cameron, The Forbin’ Project) arrache à Zira en la faisant boire quelques omissions, ce qui vaudra à notre couple de quitter les spotlights pour une série d’interrogatoires à haute teneur sécuritaire. Ici les deux versants sont considérés avec équité : Zira et Cornélius en tant que dignes représentants de l’élite de leur époque, dissimulent à peine une légère condescendance en ce qui concerne l’attention des médias, et les Institutions, représentée elles par Hasslein, qui ne reculera devant aucun moyen (le penthotal) pour découvrir ce qui est caché tout en se réfugiant derrière de beaux paravents éthiques. Après délibérations, on ne saurait reprocher à Zia et Cornélius leur ancienne profession (un parallèle avec la politique d’accueil des USA en ce qui concerne les scientifiques nazis ?) amendés ici tout simplement au regard des expérimentations contemporaines sur les animaux en général, au nom de la science toujours. Par contre on ne pourrait en revanche les laisser mettre au monde leur progéniture, par crainte qu’elle ne vienne signer à long-terme la fin du règne de l’ Homme.

Zira et Cornélius parviennent toutefois à s’enfuir, et toujours grâce à l’aide de Brenton et Dixon, rejoignent un cirque itinérant tenu par le Senor Armando (Ricardo-la classe- Montalban) où Zira pourra finalement accoucher. Mais les recherches de l’Armée s’intensifiant, le couple est contraint de reprendre la fuite ce qui donnera une magnifique et tragique scène finale dans un cargo abandonné (pas pu m’empêcher de penser au final de Videodrome à cause du dépouillement de l’endroit, et où Cronenberg substituera lui aussi une mort par une « naissance »). La conclusion nous montrera que Zira, toute maladroite et désespérée qu’elle aie pu paraître, n’aura pas fait l’erreur de sous-estimer deux fois un primate – bien plus dangereux quand il se sent menacé, comme chacun sait.

 

Nonobstant2000

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