Saga: La Planète des singes (1968)

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LA PLANETE DES SINGES

Refusant une fois de plus envers et contre tout de sortir du monde de l’enfance, je souhaiterais partager de nouveau avec vous un autre de mes premiers émois télévisuels, bien qu’il m’en coûte pour celui-là, et pas qu’un peu. Certes le premier opus de la franchise avec Charlton Heston était déjà plus ou moins implanté dans l’inconscient collectif de ceux qui comme moi ont grandi durant les années 80, mais c’est à Silvio Berlusconi (gargl) à l’époque directeur de la chaîne télévisée La 5  que l’on doit une des premières diffusions de l’intégralité de la franchise sur le petit écran. Auparavant il y avait bien eu une série TV éponyme, de laquelle je n’ ai que des souvenirs très vagues mais qui avait suffit toutefois à me faire m’intéresser à ce qui se révélera une de mes plus belles découvertes en ce que la science-fiction a de meilleur à offrir. Et j’espère bien vous faire revivre l’émulation qui fût la mienne à la lecture des synopsis des différents épisodes successifs qui surgissaient semaine après semaine dans les programmes télés, car chacun rebondit toujours avec brio sur la trame et les thématiques laissées en suspend par le chapitre précédent, pour donner corps à chaque fois aux visions dystopiques les plus délirantes. Avant de continuer plus avant, je vais toutefois me raccrocher aux pages anglaises de Wikipédia pour une ou deux petites anecdotes ma foi bien sympatoches :

La Planète des Singes est à l’origine un roman de Pierre Boulle (Le Pont de la Rivière Kwaï, ainsi que l’excellent mais encore non-adapté Oreilles de Jungle) que celui-ci considérait par ailleurs relativement mineur dans son œuvre. C’est à la clairvoyance de son agent littéraire, Alain Bernheim, que nous devons la naissance de ce qui est devenue l’une des franchises les plus importantes de toute la science-fiction. Ce dernier profita du séjour à Paris du producteur Arthur P. Jacobs, (il s’était déplacé à l’origine pour acheter les droits d’un roman de Françoise Sagan) bien connu pour rabâcher à tous ses collaborateurs que « il aurait souhaité que King Kong n’eût jamais été réalisé pour pouvoir le faire lui-même », pour porter à l’ attention de celui-ci le roman de Pierre Boulle. Le producteur en acheta immédiatement les droits. L’œuvre originale racontait le périple sur une planète lointaine du journaliste français Ulysse Mérou où toutes sortes d’animaux étaient mis en esclavage par une société totalitaire et avancée régie par des singes. Il était sous-entendu que l’Homme avait autrefois été la société dominante mais on ne sait pas très bien comment, les singes auraient fini par prendre le dessus. C’est en fait à Mr Twilight Zone lui-même, Rod Serling (comme s’il fallait encore des raisons pour admirer ce type), la première personne sollicitée par Jacobs pour le scénario du film que nous devons le twist comme quoi la société des singes a pu prédominer une fois que les hommes se soient tous entretués à coups de bombardements nucléaires, et à qui nous devons la célèbre scène finale avec Charlton Heston à genoux devant une Statue de la Liberté en ruines.  Le coût financier estimé fût considéré comme trop conséquent, et le script fût confié à Michael Wilson (qui connaissait l’œuvre de Pierre Boulle, pour avoir auparavant adapté Le Pont de la Rivière Kwaï) qui conserva toutefois la conclusion géniale de Sterling, ainsi que moultes allusions à la Guerre Froide. Le deuxième volet marquera l’arrivée de Paul Dehn qui deviendra le scénariste attitré de la franchise. Si l’on regarde également un instant la bio de ce monsieur, on remarquera qu’on lui attribue d’avoir ré-inventé le whodunnit anglais (les intrigues policières du type Agatha Christie), les adaptations shakespeariennes ainsi que les films d’espionnage (avec Goldfinger ; L’ Espion qui venait du Froid ou encore The Deadly Affair de Sidney Lumet) mais à part ça, absolument-fucking-queudalle ou presque sur son rôle dans la renommée de la franchise. Hormis peut-être la fibre capitaliste plutôt prononcée d’ Arthur P. Jacobs, il n’ y a pourtant guère d’autres explications au succès de celle-ci.

PLANET OF THE APES

Trêve de digressions, il n’est que temps d’entrer dans les détails :

1/Planet Of the Apes (1968) – réalisé par Franklin J. Schnaffer

Une équipe d’astronautes américains échouent sur une planète inconnue (tous ne survivent pas) et après une longue traversée du désert, au sens littéral du mot, ils finissent par trouver enfin une zone de végétation ainsi que des êtres humains comme eux, à un stade primitif toutefois, ne disposant pas encore du langage. Jusqu’ici tout va bien, mais pas très longtemps car le groupe d’humains, ainsi que nos astronautes dans la foulée se retrouvent pris en chasse et capturés par une horde violente qui s’ avère un groupe de gorilles à cheval avec des flingues. Un des astronautes sera tué, et les deux derniers restants seront séparés. Nous suivons le périple de Taylor (Charlton Heston) à la découverte d’une société à la lisière de l’ère industrielle et gérée par des singes  suivant une hiérarchisation particulière de castes : les gorilles assurant la partie militaire et policière, les orangs-outangs tout ce qui est d’ordre politique, administratif, législatif et même religieux, enfin les chimpanzés pour ce qui concerne les domaines scientifiques et intellectuels en général. Les humains sont quand à eux, volontairement maintenus à un rang primitif, pour cause « d’antécédents historiques » mais on ne sait pas exactement lesquels.

Tout ayant déjà été dit ou presque sur la fantastique iconicité de ce premier opus, nous nous contenterons de pointer une ficelle certes un peu apparente du scénario, mais qui se révélera lourde d’implications thématiques : blessé à la gorge durant sa capture, Taylor ne peut pas s’exprimer pendant un temps. Il essaiera donc à un moment donné d’attirer l’attention du médecin Zira en écrivant sur le sol un message que cette dernière ne verra pas, mais qui n’échappera pas au Dr Zaïus, son supérieur, dont la réaction immédiate sera de l’effacer aussitôt. Bien sûr la vision de cette société simiesque et du traitement infligé aux humains procure déjà son petit effet mais ce n’est rien en comparaison de ce qui attend Taylor une fois qu’il aura pu faire la démonstration de son aptitude au langage, au cours d’une scène de tribunal absolument anthologique : basiquement on lui refuse le statut d’individu en niant le fait qu’il soit en mesure de s’exprimer (ce qui dans cette société relève du miracle) et en mettant plutôt en avant son ignorance des Textes Sacrés, ce qui invalide dans l’oeuf toute forme d’argumentation venant de sa part. L’image fameuse des trois petits singes, incarnations de la sagesse selon les préceptes bouddhistes (« je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire », « je ne vois ce qu’il ne faut pas voir », et enfin « je n’entends ce qu’il ne faut pas entendre « ) est ici reprise à travers les trois orangs-outangs (dont le Dr Zaïus, justement) qui président le tribunal et apparaît comme une illustration magistrale de la censure, dont le motif implicite n’est autre que de maintenir le verrouillage bien en place et bien cloisonné entre les castes.

Nonobstant2000

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