Critique: Foxcatcher

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

 

Foxcatcher

De Bennett Miller

Avec Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carell

Etas-Unis – 2014 – 2h14

Rating: ★★★★☆

Foxcatcher

Mark Schultz, médaillé olympique de lutte en 1984, se prépare pour les championnats du monde 1987, avec son frère David dans l’espérance de gagner un seconde médaille pour les jeux olympiques de 1988. Un soir, un mystérieux appel téléphonique la part de John du Pont invite le lutteur à une rencontre. En effet, John du Pont, millionnaire issu d’une vieille famille américaine de la grande bourgeoisie, voudrait entraîner Mark…

Après un précédent film sur le sport, traitant de l’élément devenant de plus important tout en étant l’élément le plus anti-sportif au possible, la statistique (Le Stratège), Bennett Miller s’approche au plus près des sportifs,  ce sont désormais eux les premiers rôles, pour preuve ce parti-pris de commencer le film après un moment de gloire dont on ne verra pas grand-chose à part quelques photos (la victoire 1984). En premier lieu, Channing Tatum  semble reprendre la démarche de Robert Pattinson, qu’on pourrait appeler le jeu d’acteur bêta, du bienheureux ou de l’idiot. En effet, si le britannique opte pour une élocution inaudible en plus d’une coupe de cheveux ratés et d’un sourire de débile dans The Rover, l’américain choisit une attitude autiste (tête baissée et peu communicatif) tout en marquant son corps charpenté (sa démarche de bodybuilder) souligné par des oreilles en chou-fleur et une moue prognathe pour Foxcatcher. Car le corps est le thème principal du film, normal pour un long-métrage de sport. On peut donc ajouter la posture voutée (épaules rentrées) de Dave joué par Mark Ruffalo (risquant de devenir l’acteur le plus mésestimé de sa génération) et le masque de mort (ou gueule de croque-mort) de John du Pont joué par Steve Carell. Trois types de corps masculins différents pour questionner la masculinité et la virilité (voire l’homosexualité latente), dont la lutte devient le prisme de vérité.

Pourtant ce sport de plus en plus dévalué (il aurait pu être supprimé du programme des jeux olympiques, comme l’escrime) et moqué (vu que certaines positions ou actions peuvent faire allusion à du sexe entre hommes, South Park en a fait un épisode marrant) propose une chorégraphie des corps originale. On peut filmer en amorce, en plan moyen, en plan américain, en plan rapproché, ou en gros plan. Et le ralenti, le steadycam (voire « shakycam »), le format cinémascope, le plan en mouvement ou le plan fixe sont tous adéquats pour filmer les combats sportifs. Et de la chorégraphie, les corps deviennent élastiques, torsadés, monolithiques ou en lévitation.

Revenons sur le corps sculptural de Mark/Channing, qui devient aussi un corps psychologique car le personnage a du mal à s’exprimer, il ne parle d’ailleurs plus dans le dernier tiers du film.  Ce corps est un territoire de négociations et de disputes entre les attitudes chaleureuses du frère (la tape d’épaule ou l’embrassade), et les intrusions froides du mentor du Pont (jusqu’à la gifle…). D’ailleurs son personnage, souvent filmé en plan frontal avec silence comme Mark, semble être obsédé par la reconnaissance de sa mère qui préfère l’équitation, « un sport noble quand la lutte est un sport inférieur » selon elle. Il y a longtemps, un de mes professeurs m’a raconté la rencontre entre un expert d’équitation et un très grand amateur d’équitation. L’amateur voulant voir la dextérité de l’expert, ce dernier s’est contenté d’un tout petit trot de courte durée. Et là, l’amateur n’a pas vu un homme sur un cheval, mais un centaure tellement l’homme et l’animal bougeaient comme un unique corps. C’est peut-être ce qu’aime la mère de John du Pont, ou ce fait de récit souligne le conflit générationnel, les parents riches s’intéressent aux sports de riches quand les enfants riches s’intéressent aux sports populaires à partir des années 70, 80. D’ailleurs regardez les riches familles du golfe (Arabie Saoudite, Qatar, Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Koweït…), avant elles investissaient dans les chevaux, maintenant dans le football. Ou allons plus loin, les parents riches possèdent des animaux pour des sports de riches, quand les enfants riches vont essayer de posséder des gens, car c’est clairement l’allusion que l’on ressent tout au long du film (regardez les riches familles du golfe… Non ce n’est pas une blague ou un running gag….). Que ce soit l’impulsion de John, après les championnats du monde, se prenant pour un lutteur avec les camarades de Mark jouant le jeu, sa volonté de tourner un documentaire à sa gloire de pseudo-entraîneur de lutteurs ou la soirée mondaine sous cocaïne où il affiche Mark comme un trophée ou un singe savant (voire un renard capturé ?), l’ambiguïté est constamment présente. Cela passe par les plans d’ensemble ou demi-ensemble du domaine (habitations, bureaux, salles de sport, l’hélicoptère particulier…), mais c’est toujours faible  jusqu’à l’explosion de violence à la fin. On peut aussi se demander si John du Pont n’est pas tout simplement une personne souffrant de sa solitude, tout comme Mark.

foxcatcher02

Ajoutons l’évocation des prémices du combat libre/UFC, nouveau territoire des sportifs de combat après leur carrière, car on parle d’un temps que les jeunes de vingt ans ne peuvent pas connaître… Quand les sportifs étaient des écorchés vifs et des gens maladroits, non des produits ultra-marketés habitués des plateaux de télévision tout en préparent leur après-carrière (ou commençant leur carrière pendant leur activité sportive). Bennett Miller s’affirme et s’affiche, comme ses compatriotes James Gray (The Immigrant) et J.C. Chandor (A Most Violent Year), en metteur en scène néo-classique américain revisitant les mythes et les figures de son pays, de sa nation. Pas étonnant par conséquent qu’il ait gagné le Prix de la mise en scène à Cannes l’an dernier.

Hamburger Pimp

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…