Critique: Fini de rire et J’étais un sale phallocrate

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Fini de rire

D’Olivier Malvoisin

Belgique, France – 2012 – 53 min

J’étais un sale phallocrate – Georges Wolinski

De Pierre Hogdson

France – 2011 – 52 min

Rating: ★★★★☆

 

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 « Au vingtième siècle, si vous voulez un bon baromètre de la liberté d’expression, il faut aller voir les dessinateurs de presse. » Jean Plantu

Toutefois, il ne faut pas confondre liberté d’expression et liberté de presse.

Suite à la récente tragédie Charlie Hebdo, suivi d’une prise d’otages à la grande surface Hypercasher, je suis tombé sur deux documentaires traitant des caricaturistes. Le premier documentaire porte sur un portrait à travers le monde de caricaturistes (interventions de Zep ou du couple Crumb vivant en France et ayant fait un dessin sur les événements récents), le second est sur la personne de Georges Wolinski, dessinateur de Charlie Hebdo, décédé lors de l’attentat, perçu de son vivant comme vicieux, pervers et obsédé. Il en répondait que « les femmes n’ont jamais été aussi sexy dans la rue que maintenant. » Et le titre du documentaire est emprunté à une de ses œuvres.

De ces deux œuvres, on prend conscience que, étant donné qu’une caricature est un dessin, elle rend visible ce qui ne l’est pas forcément, tout en étant collé à l’actualité. La caricature comprend aussi un rapport au stéréotype, au cliché car il y a une volonté de ne pas tout intellectualiser, voire d’être un peu crétin. Ben oui, une caricature sans humour ne fonctionne pas. En effet, sinon elle peut devenir idéologie comme ce fût le cas du journal de droite réactionnaire danois Jyllands Posten qui est la source des caricatures relayés par Charlie Hebdo il y a quelques années (la loi danoise interdit le blasphème). Si le documentaire Fini de rire propose une vue globale et mondialisée, J’étais un sale phallocrate – Georges Wolinski propose une historicité, de l’esprit mai 68 avec Hara Kiri jusqu’aux deux périodes Charlie Hebdo (il y eût une « pause imposée » entre 1982 et 1992). D’un mode de vie hippie fait d’amour et d’union libre, avec son ami et acolyte disparu Jean-Marc Reiser dont ils s’échangeaient ou partageaient les femmes, leurs dessins portent surtout  à la mise en scène phallique, sans être pornographique mais clairement influencé par la bande dessinée érotique (Milo Manara en référence première). En effet le W peut signifier une paire de fesses ou la fente, la vulve d’une femme… Wolinski est donc tel Bukowski : il aime véritablement les femmes et considère qu’une femme est heureuse quand elle sait se rendre désirable. La meilleure illustration de ce postulat est sa bande dessinée  sur une rencontre fictive entre lui-même et une femme voilée lui lançant une fatwa, tout en lui faisant découvrir un sex-shop halal (il en existe un aux Pays-Bas). Par conséquent l’art de vivre rejoint l’art pictural et réfléchit sans censure et avec originalité sur le féminisme. Mais l’autocensure est en chacun de nous, rappelle un caricaturiste, inconsciente et présente dès le départ du travail de dessinateur. Et vous devinez bien sûr, que cette autocensure concerne principalement la religion. Ce qui pose la question des limites compte tenu de la porosité de la réception des dessins : d’un rien on peut être accusé d’islamophobie, de racisme, d’antisionisme ou de misogynie. Même sa femme, ancien modèle nue pour ses dessins, le conteste et le critique dans des articles de presse ces dernières années, elle n’aimerait plus la démarche et le ton. Alors tout se résumerait-il à une question, un changement d’époque ?

La bande annonce de Fini de rire

Wolinski ressentait cela comme l’apparition de nouvelles censures, dont il voulait mettre en garde, une sorte de nouvelle pudibonderie. À la différence du documentaire à travers le monde, Fini de rire, qui montre une problématique du double langage, notamment dans le conflit israélo-palestinien : le gouvernement israélien condamnant par le biais de justice, les caricatures (au point d’accuser d’antisémitisme des juifs) tout comme le Hamas menaçait de mort toute personne les grimant (un peu moins maintenant qu’il est dans un gouvernement de cohabitation) ; ou encore le cas américain depuis le 11 septembre 2001 où il est très mal vu de critiquer l’armée ou le gouvernement. Pourtant, paradoxalement, les caricaturistes ressentent un simplisme proposé au lecteur, du « small talking », dû au fait que « la liberté de la presse n’appartient qu’à ceux qui la possèdent ». Par conséquent, si la peur, la pudeur excessive ou les tabous s’emparent des rédactions de presse, c’est qu’il y aurait un harcèlement ou une pression qui ne dit pas son nom (actionn…). Alors Plantu a raison, le caricaturiste devient un marqueur de changement d’époque, une époque qui serait lisse au propre comme au figuré, est-ce régressif ? La réponse est complexe. En effet la caricature soutient des révolutions (Tunisie) au point que des caricaturistes deviennent des exilés ou des réfugiés politiques. De là Plantu ajoute, en se contredisant (début de l’article) : « La liberté d’expression permet de comprendre la liberté. Et pour comprendre la liberté d’expression, il faut aller dans les pays où il n’y en a pas ». La complexité ne s’arrête pas là, tournons-nous d’ailleurs vers les craintes professionnelles des caricaturistes : les nouvelles technologies. En effet avec Youtube, Tumblr ou autres skyblog(spot), tournés principalement vers le détournement d’images et de vidéos : les fesses de Kim Kardashian hier, le cri de Cristiano Ronaldo  aujourd’hui. Cela permet des rentrées d’argent rapides avec une grande visibilité, relayé de plus en plus par la télévision. Car notre époque, semble-t-il, ne permet plus assez de distanciation, de prendre du recul. On est trop dans l’immédiateté, instantanéité.

Un extrait de J’étais un sale phallocrate

Finissons alors par les paroles de Wolinski: « Pour un créateur, la vraie question est faut-il laisser une oeuvre derrière soi ou faire de sa vie un chef d’oeuvre? À quoi sert la célébrité si on a vécu sans jamais aller au-delà de ses désirs ». En clair un caricaturiste doit avoir la déontologie à la fois d’un journaliste et d’un artiste.

Hamburger Pimp

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About Hamburger Pimp

Rônin durant l’ère Edo au 17ème siècle, mais persuadé de venir d’ailleurs, il fût de l’armée de samouraïs chargée d’exterminer des carcasses à moitié vide de zombies peuplant un domaine proche du mont Fuji, dirigé par un seigneur cannibale. Des victimes revenus en bourreaux peut-on dire. Il fût le seul survivant des sabreurs, blessé par une marque maudite, qui par moments le zombifie le poussant à rechercher de la chair fraîche mais allongeant sa vie considérablement, le rendant encore vivant aujourd’hui. Depuis il traque des zombies à travers le monde et le temps, à bon prix, ce qui l’a poussé à se faire passer pour un dirigeant de société de cinéma spécialisée dans les effets spéciaux gores alors que ce sont les zombies tout juste repassés par sa lame précise. Il lui arrive souvent de récupérer du sang afin de le réinjecter dans la terre d’un bonsaï conservé depuis des siècles. Cet arbre minuscule, pourrait être la clé de son salut face à sa fatalité…