Critique: Captives

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The Captive

de Atom Egoyan

Avec Ryan Reynolds, Rosario Dawson, Mireille Enos, Kevin Durand, Bruce Greenwood, Scott Speedman et Alexia Fast

Canada- 2014 – 1h52

Rating: ★★★★☆

Captives

Huit ans après la disparition de sa fillette de neuf ans, Cassandra, alors qu’il faisait simplement ses emplettes, Matthew Lane continue de sillonner les routes à la recherche d’un éventuel indice. Sa femme elle, est toujours en lien avec la brigade policière chargée de l’enquête, et il se pourrait qu’ils aient retrouvé la trace de Cassandra sur la passerelle en ligne d’un réseau de pornographie infantile.

La perte d’un proche, un enfant surtout, est une thématique récurrente dans l’œuvre d’Atom Egoyan. Chez lui, cette perte, ce drame, n’est jamais seulement envisagée depuis le point de vue seul des principaux intéressés qui la subissent de près (famille, amis) mais toujours hautement contextualisée. C’était d’ailleurs le sujet en propre de The Sweet Hereafter en 1997 avec l’excellent Ian Holm en avocat qui vient réveiller les blessures encore fraîches des proches de victimes d’ une catastrophe aérienne pour essayer de les amener à porter plainte contre la compagnie responsable. Avec Egoyan, il n’ y a pas seulement la douleur, il y a les pourvoyeurs de douleur, et aussi ceux qui s’en repaissent et qui l’exploitent. Comme avec les romanciers, on vous aura peut-être déjà dit que les cinéastes ne racontent parfois qu’une seule et même histoire dans une œuvre, et l’une des choses qui a toujours beaucoup intéressé Egoyan, c’est la recherche échevelée d’un coupable. Et au fur et à mesure qu’il creuse cette veine et que notre société avance, l’auteur semble vouloir nous dire qu’il est de plus en plus difficile de mettre à jour ces derniers, mais que paradoxalement qu’ils ne sont pas si hors d’atteinte non plus. En fait, c’est même tout le problème : nos bourreaux sont extrêmement proches de nous. Ce sont des notables respectables, ce sont les mêmes qui donnent des bals de charité. Ce n’est pas une nouvelle en soi, mais le film d’Egoyan mérite l’attention ne serait-ce que pour ce seul point.

Enfarinées les séries TV et les soi-disant polars dénonciateurs qui pointent la corruption d’un doigt accusateur en se gargarisant avec les dommages collatéraux, le père Egoyan va vous expliquer tout ça autrement, et en matière de narration, c’est pas à lui qu’on risque de la faire. Je parlais de séries TV un peu plus haut, et c’est vrai qu’il y a des raisons d’en plébisciter certaines pour leur excellentes qualités d’écriture, mais je tiens tout de même à signaler qu’ Egoyan excelle absolument dans l’emploi de certains schémas narratifs, que certains critiques accrédités n’en finissent toujours pas eux de « re-découvrir » à chaque nouveau buzz. Le récit joue dans un premier temps à merveille de sa chronologie pour disposer personnages et enjeux, mais sans les relier pour autant -et ça prendra bien toute la première heure. C’est quand le puzzle se recompose que c’est là que ça commence à serrer au niveau du col de cravate. Une scène servira de transition vers la deuxième moitié du métrage, et c’est celle du discours de Rosario Dawson où l’on ne peut qu’assister impuissants à sa capture par le Grand Méchant Loup. Et c’est pas une petite scène, ça dure un brin. Le réalisateur nous avait pourtant bien prévenus dès l’ouverture du film qu’il allait arriver quelque chose à ce personnage-ci mais c’est scène à elle-seule, nimbée d’une aura toute hitchcockienne (« je vous montre où est placée la bombe, maintenant attendons qu’elle explose ») et dirigée avec tout autant de brio, cristallise tous les enjeux de la thématique : les obstructions judiciaires, les preuves qui disparaissent, ainsi que le sort qui attend ceux qui s’escriment à rendre justice. L’espace d’un instant, on se retrouve avec le même sentiment d’irréparable et de désarroi que dans le final du très réussi Territoires de Olivier Abbou (qu’il me semble bien plus pertinent d’évoquer ici, au lieu du Prisoners de Denis Villeneuve par exemple) un constat d’impuissance absolument total, tellement les dés sont pipés, où vraiment on se demande que faut-il qu’il se passe pour que ça change ? Qu’est-ce qu’il faut comme genre de flics ou d’institutions ou de dispositif pour faire tomber ce genre d’intouchables ?

Après ça, en ce qui concerne la résolution du twist, c’est juste romanesque et presque anti-réaliste au possible, au point qu’on a carrément reproché à Egoyan de manquer de recul. Pourtant c’est loin d’être un coup avec les tartines qui tomberaient toutes du côté où il y a pas de confitures, tout est parfaitement justifié et le déroulement se voudra très organique jusqu’à la fin, compte-tenu de tout ce qui avait été posé jusque-là, notamment le zèle parfois à côté de la plaque, parfois au contraire bien au milieu du flic interprété par Scott Speedman (mais le moins que l’on puisse dire c’est que jusqu’à la fin, les institutions policières en prendront pour leur grade) ou encore l’occasion d’une très chouette scène finale pour Ryan Reynolds en face-à-face avec les kidnappeurs. Ce qui n’a pas manqué de faire rire les détracteurs du film demeurera sans doute la question du lien, du souvenir du dernier instant entre Cassandra et son père avant l’enlèvement et qui parcourera le récit comme une vraie ritournelle (« ..plus qu’un gimmick »), pour mieux signifier sa valeur d’indice crucial – et au niveau méta, railler la structure narrative du récit, ainsi que ceux qui se concentreraient sur la trame davantage que sur le propos. Car si on va par là, la Palme du plus anti-réaliste de tous les « rebondissements » sera que la fillette aie survécu. Qu’elle aie des liens affectifs avec son père, très bien, passe encore, mais qu’elle puisse grandir aux mains de ses ravisseurs et servir de leurre pour le réseau, là y a de quoi tiquer. Mais sans ça, pas d’histoires, juste un sempiternel drame de plus.

THE CAPTIVE

Par certains aspects, il émanait du film une délicieuse impression d’assister aux nouveaux épisodes pas encore réalisés de la prochaine saison à venir de Twin Peaks, si par hasard elle était centrée sur cette fois, le démantèlement complet du réseau de prostitution de Jacques Renault. La faute probablement au  méchant  un peu excentrique incarné par Kevin Durand, et à cette redondance de blanc et de rouge qui au énième degré, peuvent évoquer la Black Lodge (ou Noël, mais c’est vraiment pas ce qui m’est venu à l’esprit, d’autant que la chambre de Cassandra avec ses installations caméras renvoie éminemment tant par la forme que par le fond, au lieu surnaturel où ira se perdre l’Agent Cooper). Surtout, on pouvait aisément faire un lien entre Laura Palmer et Cassandra, dans ce qu’elles ont étés toutes deux arrachées à l’enfance pour un monde tout de suite très adulte, sans réelle transition et qui immanquablement aide d’autant mieux à passer du statut de victime à celui de bourreau. On trouve ici une critique à peine dévoilée et tout aussi cinglante que celle de Lynch, sur cette frange du monde du travail qui promet dès l’enfance (c’est bien ça qui au final se révèle le plus glâçant, et s’avère très bien montré, l’érosion des barrières générationnelles à travers le rôle de Cassandra contrainte de jouer les entremetteuses) un monde bardé de paillettes pour mieux instrumentaliser l’individu. L’expression « on les prend au berceau » dans toute sa splendeur, avec en prime, le support inconditionnel de tout le confort moderne.

 

Nonobstant2000

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