Un film en un plan: Max et les Maximonstres

.

.

Max et les Maximonstre

Rares sont les films qui m’ont autant pris aux tripes que celui de Spike Jonze. La première fois que je l’ai vu au cinéma, j’étais fatigué et je me suis assoupi quelques minutes au milieu du film et me suis réveillé entouré par cet univers complètement fou, doux et sauvage. Ca m’a fait comme si on me racontait une histoire. La deuxième fois que je l’ai vu au cinéma, le film m’est apparu dans son ensemble, cette fois, j’avais dormi avant, et ce que j’ai vu a un peu changé ma vie. Pourquoi? Tout simplement parce que je n’ai jamais vu de film qui parle aussi bien de l’extrémisme des sentiments qu’un enfant peut avoir. Je n’ai jamais vu de film qui parle de l’enfance en montrant autant de conflit interne, le conflit qu’on peut vivre quand on est gosse: la solitude, le rejet, la frustration, le regard du monde adulte, l’imagination foisonnante de l’enfant avec qui personne ne veut jouer et qui trouve des compagnons parfaits qui se retrouvent au final à reproduire le schéma parental.

J’aurais pu prendre n’importe quel plan du film tant ils me parlent tous. Je regrette d’ailleurs de ne pas en avoir pris un avec Carol, le monstre à la voix de James Gandolfini qui me fout la chiale dès qu’il ouvre la bouche, mais celui ci pour moi est plus important.

En effet, au moment où cette séquence arrive, on a déjà vu Max vivre la solitude et le rejet de sa grande soeur et ses amis, on l’a vu foutre la merde chez lui et se faire gronder par sa maman.

Juste avant ce plan, le protagoniste arrive dans le bureau de sa mère qui bosse sur un truc urgent, s’allonge à ses pieds, et sur la fantastique musique de Karen-O & the Kids, sa mère demande à Max de lui raconter une histoire. Les plans sont resserés sur leurs visages et le cadre est assez étouffé pour montrer cette intimité.

Puis arrive ce plan, le souffle que prend Max avant de nous raconter une histoire parlant de vampire qui perd ses dents et est rejeté par ses pairs, le tout sous le regard attendri de sa mère.

Cette scène est centrale dans le film parce qu’elle va nous montrer un enfant parler de la manière dont il se sent sans aucun recul et en ayant recours à la fiction. Il ne raconte pas ses sentiments, il raconte une histoire. C’est une mise en abîme évidemment parce que Jonze et Sendak avant lui racontent aussi cette histoire qui se déroule devant nos yeux sans recul ou cynisme et nous parlent du panel de ressenti qu’on peut avoir.

J’ai vu le film une troisième fois à la maison, avec mon père cette fois, et ce dernier m’a dit à ce moment précis que ça lui a rappelé son enfance. Son enfance a eu lieu en Irak dans les années 50. Le film me rappelle mon enfance aussi, qui elle a eu lieu en France dans les années 80. De là à dire que la portée du film est universelle, il n y a qu’un pas. Je ne le ferai pas car je sais d’expérience qu’il n’a pas touché tout le monde, mais pour moi, Max et les Maximonstres est mon film préféré de ces dernières années, et ce plan comme plein d’autres du film y sont pour beaucoup.

Pour la peine, je vous fais des poutous.

Skreemer

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

Ca peut également vous intéresser:

Un film en un plan: Berberian Sound Studio" style=" background: transparent url(http://www.celluloidz.com/./wp-content/uploads/2014/12/berberian-sound-studio-3-150x80.jpg) no-repeat scroll 0% 0%; width: 150px; height: 150px; ">
Un film en un plan: Berberian Sound Studio
Analyse d'un film en un plan
Le Top de l'année 2014
C'est l'heure du bilan !
Un film en un plan: Bully (2001 - Larry Clark)
Un plan pour les unir tous

About Skreemer

Comme le dirait son bon pote Brassens, « Autrefois, quand j’etais marmot, J’avais la phobie des gros mots, Et si je pensais «merde» tout bas, je ne le disais pas… Mais Aujourd’hui que mon gagne-pain c’est de parler comme un turlupin, Je ne pense plus «merde» pardi ! mais je le dis. » En plus de tout ça, Skreemer a un goût certain pour la bagarre verbale avec les cons, les livres, les films et les bandes dessinées. Ses biscuits préférés sont les Hello Kitty à la fraise et il a toujours du Coca-Light et des clopes chez lui au cas où une demoiselle passerait. Par contre, il fait de longues phrases sans fin, avec plein de virgules dedans et n’aime pas les tomates. De plus, il est petit en taille et compense en utilisant du verlan.