Critique: Prédestination

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Predestination

De Michael et Peter Spierig

Avec Ethan Hawke, Sarah Snook et Noah Taylor

Australie – 2014 – 1h37

Rating: ★★★☆☆

Les frères Spierig sont principalement connus pour avoir mis en boîte l’intéressant Daybreakers, thriller fantastique d’anticipation, qui fit son petit effet il y a de cela quelques années. Auréolée d’une petite aura culte, l’œuvre, après un fort agréable visionnage, c’est à n’en pas douter, se révélait très recommandable ne serait-ce que pour son concept scénaristique assez monstrueux, dont, malheureusement, la mise en pratique, les ambitions narratives et visuelles plus que louables, la peinture d’un univers foisonnant d’idées géniales, se trouvaient souvent sacrifiées sur l’autel d’un budget trop limité se faisant assez vite, beaucoup trop vite, sentir. Il n’en demeure pas moins que cette petite série B très maligne et remarquablement interprétée (rien que pour Sam Neil le jeu en vaut largement la chandelle !), transpirant la générosité, laissait augurer du meilleur pour les futurs projets des deux jeunes réalisateurs. Nous les retrouvons en 2014 à la tête de ce Prédestination, péloche de science-fiction toute aussi ambitieuse du point de vue de l’écriture que l’était Daybreakers en 2010 et toujours avec Ethan Hawke en tête d’affiche. Je vais, mon très cher lecteur, sciemment essayer de ne pas rentrer dans les méandres du scénario afin de te laisser le plus possible aborder la chose dans une optique de découverte ; indéniablement, le point fort de la chose, tu l’auras tout de suite compris, réside dans son écriture, c’est pourquoi, je me refuserai à tout spoiler qui pourrait te gâcher le plaisir d’où, très certainement, la relative brièveté de ce compte-rendu. Mais trêve de considérations méthodologiques, entrons de suite, si tu le veux bien, dans le vif du sujet.

Un agent spécial, qui fait partie d’une équipe de onze individus, possède la capacité exceptionnelle de voyager dans le temps pour traquer les criminels afin de les empêcher de commettre leurs méfaits. Sa prochaine et dernière mission consiste à se rendre à New York, en 1975, pour arrêter un tueur fou adepte des explosifs qui projette de faire sauter tout un quartier de la ville tuant un nombre incalculable de victimes…

Difficile d’en dire beaucoup plus sans prendre le risque de déflorer le mystère qui se joue au cœur du film. Comme nous l’avons dit plus haut, c’est dans le scénario, remarquablement écrit, que réside l’intérêt principal du métrage. Scénario peu original semble-t-il de but en blanc, mais dont le développement, quand bien même il ne sort pas véritablement des sentiers plus ou moins classiques de la thématique abordée, celle du voyage dans le temps, va s’avérer tout à fait pertinent et jubilatoire, les twists se déversant en cascade jusqu’à un climax, certes attendu au vue des précédentes révélations, forcément décevant si l’on considère le crescendo jusqu’ici parfaitement géré, mais suffisamment radical pour satisfaire nos méninges, suivant implacablement la mécanique par instant diabolique et vertigineuse du récit. Il est tout de même à noter que rares sont les essais sur le sujet qui touchent aussi bien le point névralgique et problématique des pérégrinations temporelles, le paradoxe spatio-temporel pour ne pas le citer, ouvrant l’espace de quelques secondes une sorte de gouffre logique dans l’esprit du spectateur absolument jubilatoire !

Du côté de la mise en scène, les Spierig s’en sortent encore une fois plutôt bien avec un budget toujours aussi limité lorsqu’il s’agit de livrer un travail de science-fiction ambitieux. Ils choisissent très intelligemment de suivre la voie de l’anti-spectaculaire, pas ou peu de numérique, séquences d’action délivrées au compte goutte, production design épurée, et s’appuient sur leur valeur sûre : le fond et les personnages qui s’y débattent. Néanmoins, ils n’en oublient pas la forme, la photographie et la lumière sont du plus bel effet et tire le meilleur parti de la simplicité des décors, offrent quelques cadres et plans inspirés, des scènes servies par un découpage et un montage dynamiques et très astucieusement pensés.

Du côté de l’interprétation, Ethan Hawke est comme à l’accoutumée parfait, mais c’est la belle, touchante et trop rare Sarah Snook (à l’affiche également de la jolie ghost story Jessabelle de Kevin Greutert) qui déboîte tout ! Je ne rentrerai pas dans le détail sous peine de trop en révéler sur son personnage, mais sache, mon ami, qu’elle y est pour beaucoup dans la réussite de Prédestination et ce à plusieurs niveaux…

J’ai été, je te l’accorde assez nébuleux en ce qui concerne la trame du nouveau-né des frères Spierig, mais je pense que tu comprendras dès les premières minutes du visionnage le pourquoi des pincettes dont j’ai usé. Cependant, que cette apparente abstraction ne te rebute surtout pas, Prédestination est une œuvre passionnante, truffé de défauts mineurs dont certains lui portent cruellement préjudice, mais tache d’en faire abstraction, laisse toi entraîner par le récit, un petit peu comme Daybreakers n’hésite pas à apprécier un bon moment de série B, certes un poil bancal, mais fabriquée avec un amour inconditionnel pour le genre qui transparait à chaque instant y compris les plus dispensables.

 

Naughty Bear

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About Naughty Bear

Esprit vengeur adepte donc de la loi du Talion enfermé dans une peluche : œil pour œil, dent pour dent de préférence marteau au poing (quand il n’a pas les mains occupées à manipuler des cartes à jouer)… tout cela en version nounours bien sûr ! Aimant humblement à philosopher sur toutes formes de monstruosités y compris la sienne »Je sais que je suis une bête, cependant j’ai le droit de vivre non ? »… tout cela en version nounours bien sûr ! Un scanner récemment effectué a pu révéler qu’il possédait en guise de rembourrage des pellicules plein la tête (hardcores si possible), l’écriture s’avère dès lors le seul et unique moyen de les exorciser. Avez-vous déjà vu un nounours armé d’une machette se confectionnant un masque avec le cuir ou plutôt le tissu de ses victimes ? Maintenant, oui.