Critique: Dumb & Dumber De

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Dumb & Dumber De

De Peter et Bobby Farrelly

Avec Jim Carrey, Jeff Daniels, Carly Craig

États-Unis – 2014 – 1h49

Rating: ★★★☆☆

DUMB & DUMBER DE

Imaginons quelques secondes que le yin et le yang aient une toute autre signification que celle que l’on connait. Imaginons que son côté noir symbolise l’intelligence suprême et son versant, le blanc, la débilité la plus profonde que l’on puisse atteindre, celle réservée à une élite capable de s’affranchir de tout dictat moral. Sans aucune nuance de noir pour les amender, Lloyd Christmas et Harry Dunne font office de maîtres du yang, à travers leur connerie congénitale mais aussi leur apport à l’univers de la comédie.

Quand Dumb et Dumber premier du nom sort en 1994 il marque un tournant pour la comédie US et fera office de référence évidente pour tout un sillon du genre qui s’y engouffrera, souvent inutilement, parfois judicieusement. A l’époque, les frères Farrelly deviennent les patrons, ils enchaînent quelques années plus tard avec Mary à tout prix et Fou d’Irène qui, bien qu’inférieurs, continuent d’explorer le yang. D’autres étaient déjà dans la place, tel Mike Myers avec Wayne’s World deux ans auparavant ou même Ace Ventura, porté uniquement par le talent de Carrey et sorti quelques mois avant Dumb et Dumber. Aussi fendarts qu’ils puissent être, ils ne tiennent pas aussi bien la note. Hélas, sans le talent d’un Jim Carrey pour imprimer la pellicule, certains se vautreront dans la facilité et surtout le manque flagrant de niveau, prouvant que jouer le débile représente un sacré challenge d’acteur. Parmi les recalés on citera volontiers Va te faire foutre Freddy de et avec un Tom Green dont le regard crétin ne suffit pas offrir un talentueux symbole de l’absurde, exemple type du film qui démontre que la crétinerie n’est pas un jeu des plus simplistes. Parmi les rares à avoir fait scintiller cette absence d’intelligence avec brio on trouve Steve Carell et son rôle de Brick Tamland, l’attardé de service, dans la série des Anchorman où il est le compère de cette autre abruti qu’est Ron Burgundy interprété par Will Ferrell. D’autres personnages hauts en couleur qui parsèment les productions Apatow sont de cet acabit, mais dans sa globalité ces longs-métrages ne s’inscrivent pas réellement dans la droite lignée de Dumb et Dumber. Cette remarque ne se fait pas à l’égard d’une quelconque qualité mais surtout d’une approche de la comédie qui diffère quelque peu. Apatow instaure, et privilégie même parfois, un sous-texte là où les Farrelly misaient uniquement sur le potache.

Bref, Dumb et Dumber n’a pas seulement gagné ses galons de part la nostalgie des nineties qu’il renvoie mais bel et bien par un duo d’acteurs au firmament, par un enchaînement de gags aussi furieux et crétins les uns que les autres et par une constance dans ce souhait de ne rien prendre au sérieux là où la comédie se soumet trop facilement au retournement de veste moraliste. A l’annonce de la mise en chantier vingt ans plus tard d’une suite réunissant la même équipe que ce soit devant ou derrière la caméra, difficile de ne pas sentir sa curiosité s’attiser à moins d’avoir perdu la part d’absurde qui réside en soi à la faveur d’un cynisme facile. Et pourtant il n’était pas non plus aisé de cacher une certaine perplexité quand aux risques encourus par une telle idée, surtout à la vue de la tournure prise par la filmographie des frangins Farrelly qui depuis de nombreuses années se sont bien assagis, Dumb et Dumber étant leur première œuvre et reste la plus anarchique et foutraque de leur carrière.

Alors qu’en est-il ? Dumb et Dumber To, réussite joviale ou réchauffé sentant le sapin? Et bien en l’état actuel, si l’on tient compte du faible pourcentage de crédibilité apporté à ce genre de projets (en France on connait le sujet : Les Bronzés 3, Les Trois Frères le retour, …) il est plus qu’appréciable de constater que le retour de Lloyd et Harry est gagnant à bien des niveaux. Alors non le film ne s’élève pas au niveau du premier (qui l’espérait, franchement ?) mais se révèle être une suite qui ne sombre pas dans la facilitée purement mercantile (Dumb and Dumberer ?). Ainsi, la scène d’introduction envoie valser d’un revers de manche, et ce en quelques minutes, les vingt années qui se sont écoulées sous couvert d’une vanne poussant au firmament la connerie que l’on puisse imaginer émaner de Lloyd. Ce type n’a aucune notion de l’instant passé ou futur, sa connerie se conjugue toujours au présent et cette suite s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, elle ne cherche jamais à provoquer autre chose que le rire. Point d’analyse à apporter, point de messages à déceler, les frères Farrelly l’avouent en interview : Dumb et Dumber De n’a aucune portée autre que celle de décoincer les zygomatiques. Certains y trouveront à redire, mais chacun se branle comme il peut. Ce qui ne permet jamais au film de rejoindre les cimes atteintes en 1994 reste entre autres la baisse évidente de spontanéité de l’entreprise. Dumb et Dumber était l’explosion de nouveaux talents, une bande originale pop rock en adéquation parfaite avec la légèreté sans prise de tête du film et la création de gags aujourd’hui devenus cultes. Dorénavant la formule est connue, la nouveauté n’est plus de mise et difficile d’y constater la même audace dans le travail honnête servi ici par les deux réalisateurs.

DUMB AND DUMBER DE

Cependant, qui dit suite dit bien souvent redite des réussites passées. Fort heureusement Dumb et Dumber De ne sombre pas totalement dans la réinterprétation facile et balisée. Il reprend certes divers passages ou personnages secondaires (la scène de rêve, le petit aveugle, …) mais n’en fait jamais une base cimentée du récit. Il ne faut pas oublier que si ces deux glands reviennent après tant d’années c’est aussi dans le but de contenter les fans en titillant leur nostalgie, leur faire remémorer les éclats de rires qu’ils connurent à l’époque où le film faisait parti des VHS à posséder. Ces clins d’œil sont donc bien présents mais ne se révèlent jamais trop appuyés ou trop envahissants. De plus, et aussi étonnement que cela puisse paraître  certaines redites semblent mêmes totalement justifiées. Par exemple cette scène où Lloyd utilise un spray buccale pour l’haleine dans le mauvais sens. En la réexploitant à l’identique, cette redite nous prouve encore davantage (bien qu’on le comprenne tout de même rapidement) qu’aucun des deux protagonistes n’a changé d’un iota. Vingt ans après rien n’a évolué, de l’appartement miteux de Harry, en passant par leurs fringues ou leur gestuelle. Le canevas scénaristique reste lui aussi similaire bien que moins soigné dans sa conception du road trip et dans les lieux choisis (la conférence scientifique n’a pas le charme d’Aspen).

L’autre choix des frères Farrelly semble être d’éviter le sempiternel « bigger and louder », marque de fabrique de nombreuses suites. Effet inverse qui en devient même presque étonnement regrettable par instant puisque aucune scène ne se hisse au niveau de gogolisme que pouvaient être la scène des chiottes ou de la tête de Pistache rattachée avec du scotch (bon, à côté de ça on a quand même un chat qui pète des plumes). Néanmoins, la retenue n’est pas de mise et les frères Farrelly s’amusent encore comme de grands gamins pour qui le raisonnable n’existe pas. Lloyd est à nouveau ce personnage qui sous ses traits humoristiques se révèle être une ordure aux relents racistes et pervers alors que Harry conserve sa naïveté. Les deux acteurs se replongent avec brio dans leurs rôles et les rires se mêlent même à une pointe d’émotion pour peu que l’on éprouve un certain attachement à ces deux visages. Et ainsi, deux décennies plus tard, les Farrelly, Jim carrey et Jeff Daniels parviennent à refaire scintiller ce yang qu’ils avaient eux-mêmes cristallisé.

Nico Darko

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About Nico Darko

Depuis sa rencontre nocturne avec un lapin géant lui prédisant la fin du monde s’il ne lui filait pas son portefeuille, Nico Darko a décidé qu’il était temps pour lui de se calmer sur une certaine boisson à base de malt et de houblon. Désormais, il se consacre à sa nouvelle passion pour les emballages alimentaires de marque péruvienne, mais il lui arrive aussi de vaquer à des occupations bien plus banales comme participer à des tournois de bowling avec son coéquipier Jeff Lebowski ou discuter littérature avec son ami Jack Torrance (dont il n’a d’ailleurs pas eu de nouvelles depuis l’hiver dernier).