Critique: Computer Chess

VN:F [1.9.22_1171]
Notez ce film
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Computer Chess

de Andrew Bujalski

Avec  Patrick Riester, Wiley Wiggins, Myles Paige,  Robin Schwartz,  Gerald Peary

USA – 2013 – 1h32mn

Rating: ★★★★★

computer chess

Computer Chess est la cinquième réalisation d’ Andrew Bujalski, considéré comme le « Parrain » du Mouvement Mumblecore, un nouveau courant cinématographique d’origine américaine, mais qui en fait sévit un peu partout dans le monde, sauf qu’on en parle encore très peu. Ce mouvement renvoie aussi bien à l ‘approche de John Cassavetes qu’à celle du Mouvement Dogme dans les années 90, se caractérisant en effet par des productions à très petits budgets avec des comédiens pas forcément tous professionnels, et une part assez importante laissée aux improvisations (les moyens employés sont autant une façon de renouer avec une certaine façon d’aborder le cinéma que d’aussi bien protester contre le système de financements) et ce fût donc sous ces auspices que fût réalisé Computer Chess, avec un traitement original d’à peine huit pages, et des comédiens amateurs recrutés uniquement sur la base de leurs connaissances en informatique. Bujalski délaisse cependant les sentiers du naturalisme habituels à ce genre de productions pour nous emmener non sans ironie quelque part dans les années 80, aux premières heures des recherches sur l’Intelligence Artificielle.

Computer Chess, c’est l’histoire du plus grand bouleversement que le monde ait connu, le basculement irrémédiable vers les futurs les plus dystopiques, les prémices d’un changement radical dans notre évolution, et qui comme les plus grands chamboulements, s’est produit à l’insu de tous, sur les plus improbables des champs de bataille. Quelque part dans les années 80 disais-je, en Californie, bien que personne n’en soit tout à fait sûr, au cours d’une convention où quelques sociétés de programmation viennent présenter leur tout nouveaux modèles, qu’ils mesureront les uns aux autres dans des joutes sans pitié autour de l’ échiquier. La tension est à son comble, un seul en effet aura ensuite le privilège d’affronter un adversaire humain. Tout est dit. Cet obscur hôtel miteux sera le théâtre de l’affrontement décisif entre l’Homme et la Machine, car cette année-ci n’est pas une année comme les autres. Au même moment et au même endroit que la convention se déroule à quelques portes seulement du tournoi, un stage de développement personnel, et dont l’interaction d’avec certains membres (dont quelques uns tout droits sortis d’une bd de Daniel Clowes) sera peut-être fatale pour les convictions de certains.

Le film s’ouvre comme un documenteur avec son déroulement en temps réel et ces blagues incompréhensibles. Le look de la plupart des comédiens achève de nous mettre définitivement dans l’ambiance, mais bien vite ce kitsch d’ apparât finit par avoir l’air de ce qu’il est, et certaines scènes ne tardent pas à déborder de l’auto-suffisance des personnages (ces fameux nerds qui n’ont pas besoin de s’ouvrir sur l’autre puisqu’ils sont déjà entre spécialistes, propension comportementale qui a gagnée à peu près tous les secteurs aujourd’hui) ainsi que du sexisme en vigueur à l’époque. Qu’importe le réalisateur poursuit son extension du Domaine de La Lutte (je cherchais une autre rime en « utte » mais ce serait déjà spolier le final, et non je ne dois pas) avec les after dans différentes chambres et bien vite le sujet de discussion qui revient entre tous, et tout à fait frontalement (et encore une fois, bravo à tous les comédiens « amateurs ») à savoir l’intérêt du gouvernement en ce qui concerne la récupération et l’emploi des recherches dans le domaine. Ensuite, c’est le pétage de plombs dans les règles. Convoquant le spectre de 2001 L’Odyssée de l’Espace à travers l’ordinateur qui commencerait à développer des émotions humaines, ce sont en fait les personnages qui commencent à bugger (passage du noir et blanc à la couleur , ainsi que quelques autres réjouissances dont je vous laisse la surprise) ou de faire les frais de la boîte de Pandore qu’ils ont ouvertes , faisant tomber le voile qui recouvrait tous les doutes: cut-off the crap, l’Homme n’a jamais cessé d’être une Machine.

Documenteur d’abord, puis rapprochement dangereux front contre front plus vrai que Nature entre fiction et réalité, et enfin recours à l’expérimental: Trois degrés de narrations pour une intelligence nouvelle à l’aube de son éveil. C’est un peu comme ceux qui vous disent que « La Vérité n’existe pas » et il y a de fortes chances que ce soit de sacrés menteurs. Mais bon, si on veut philosopher alors oui il n’ y a pas de Vérité avec un grand V mais plutôt « des vérités ». Cependant il me semble que plein de petites vérités mises bout-à-bout, ça en fait une grosse. Ici l’Art apparaît de nouveau comme notre porte de sortie, celle qui nous sauvera tous, c’est un bug erratique qui comme un cheval fou,etc.. Car à un moment il faut bien trancher : au milieu de ces conflits aux si grands enjeux, on ne sait plus très bien comment certains ont gagné, mais on sait comment d’autres ont perdu.

Computer Chess Est Grand.

Computer Chess Est Tout.

Computer Chess Peut Tout.

Nonobstant2000

Partager cet article
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • email

About Nonobstant2000

Le samedi soir il mange des chips. Pas de catch, pas de foot; si tu veux tu peux venir!