Critique : A Most Violent Year

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A Most Violent Year

De J.C Chandor

Avec Oscar Isaac, Jessica Chastain, Alessandro Nivola, David Oyelowo, Albert Brooks, Catalina Sandino

Etats-Unis – 2014 – 2h05

Rating: ★★★★★

A Most Violent Year2

Proclamé prodige après seulement deux films, J.C. Chandor est de retour avec un nouveau volet de son œuvre anti-capitaliste. Chiffrés dans Margin Call, allégoriques dans All Is Lost, les ravages du libéralisme sont cette fois signifiés par cette année 1981, marquée par le taux de criminalité record atteint à New-York, poumon de l’industrie américaine. Au milieu de cette ville à fleur de peau, Abel (Oscar Isaac), Immigré mexicain hanté par le rêve américain, tente de faire grandir ses ambitions dans le business de l’exploitation pétrolière.

A Most Violent Year c’est d’abord, une délicieuse entourloupe où aucune promesse n’est tenue. Dès le titre du film, on nous promet une pétarade sans précédent, des meurtres, de l’action, du sang quoi ! Et bien non… Peau de balle ou presque. Le cadre jaunie, l’atmosphère crasse de la banlieue newyorkaise nous renvoient directement aux standards du polar américain des 70’s. Ca y est, on est dans French Connection, dans Serpico ! Non… Toujours pas. L’intrigue policière, on se la met derrière l’oreille. Non, Chandor réfute le cinéma Canada dry et utilise ces artifices pour créer une illusion de suspens et maintenir son spectateur sous tension. Une tension qui reflète ce qui bouillonne dans le cerveau d’Abel, entre ambition et écœurement. Le film emprunte les codes du polar, mais ne s’en sert qu’à de rares reprises. Notamment lors d’une impressionnante séquence de course-poursuite, qui vient rappeler que Chandor peut aussi nous en mettre plein la vue. Mais l’enjeu est ailleurs.

A Most Violent Year est une immersion fascinante dans une société en décrépitude, où tous les personnages sont rongés par leurs ambitions. Le film est sombre, très sombre, vérolé par la nature des personnages qui y sont dépeints. Au milieu de cette engeance, le destin d’Abel, arriviste immigré mexicain, semble évoquer Tony Montana. Il doit devenir un gangster. D’autant plus qu’il ne compte pour seuls soutiens, que son avocat peu scrupuleux (Albert Brooks), ressemblant étrangement à Sean Penn dans L’Impasse, et sa femme Anna (Jessica Chastain), avide de réussite et cousine éloignée de la Michelle Pfeiffer de Scarface. Difficile aussi, de ne pas penser à Al Pacino lorsque l’on découvre Oscar Isaac sous les traits d’Abel, ses regards appuyés et son jeu tout en persuasion. Mais encore une fois, Chandor se joue des codes pour mieux appuyer son propos. Abel se révèle être la seule note d’espoir du film. Une espèce d’anti-Tony Montana, qui se bat à chaque instant pour ne faire partie de ce système mafieux, pour ne pas devenir le gangster qui semble destiné à être.

Après deux bijoux, le troisième film de Chandor ne déçoit pas, ou presque pas. Seules quelques rares faiblesses scénaristiques et un propos un peu moins puissant que lors de ses précédents films, viennent légèrement ternir le tableau. A Most Violent Year demeure néanmoins d’une impressionnante beauté, portée par une mise en scène qui alterne avec brio, de lentes introspections psychologiques et des rythmes haletants. La réussite du film repose aussi, sur l’interprétation toute en retenue d’Oscar Isaac, qui retrouve après Inside Llewyn Davis, un rôle à sa mesure, tout en subtilité. Bref, A Most Violent Year est sans doute la meilleure façon de conclure cette année cinéphile.

Zelig

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About Zelig

Curiosité de la nature et énigme pour la science, Zelig possède la faculté de se fondre au décor en toutes circonstances. Les scientifiques se sont résignés à interrompre tous tests, jugés trop dangereux, lorsque « l’ homme-caméléon » s’est transformé en étron après avoir été trop longtemps exposé à un film de Christophe Barratier. Ce furent les deux pires minutes de l’existence de cet Zelig, qui pour tenter d’oublier, fut contraint de trouver refuge dans l’alcool. Reconverti pilier de bar bénévole, vous pouvez croiser cet étrange énergumène, au détour d’une virée nocturne.